Lettre ouverte à M. le Maire de Saint-Hellier

Le journal Paris-Normandie du 26 décembre révèle dans son édition du Pays de Bray « qu’une crèche préparée en secret » a été installée « sur le parking de l’église du village », donc en un lieu public. L’un des fabricants de cette crèche déclare : « Il faut marquer les bonnes traditions pour les croyants et les non-croyants ».

Lettre ouverte à M. le Maire de Saint-Hellier                                  le 27.12.2020

 

Le journal Paris-Normandie du 26 décembre révèle dans son édition du Pays de Bray « qu’une crèche préparée en secret » a été installée « sur le parking de l’église du village », donc en un lieu public. L’un des fabricants de cette crèche déclare : « Il faut marquer les bonnes traditions pour les croyants et les non-croyants ».

Or, la crèche est un symbole religieux évident puisque mettant en scène la naissance de Jésus « fils de Dieu ». Ce qui réunit la population quelles que soient ses convictions, religieuses ou non, c’est le principe de laïcité énoncé dans une loi républicaine qui a 115 ans ! C’est la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 qui établit la liberté de conscience et garantit l’exercice des cultes. Elle exige la neutralité des pouvoirs publics et précise en son article 28 : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions. » Cette exigence légale de neutralité n’est pas respectée à Saint-Hellier, elle le serait si la crèche se trouvait dans l’église ou sur un terrain privé. Plusieurs jugements de tribunaux administratifs l’ont rappelé (crèche au Conseil général de Vendée, à l’Hôtel de ville de Melun ou à la gare de Villefranche de Rouergue). Si l’avis du Conseil d’État du 9 novembre 2016 autorise l’installation de crèches, elle y met des conditions, notamment en matière de prosélytisme et « de l’existence ou de l’absence d’usages locaux ». Il semble bien que ce soit une première à Saint-Hellier où l’on ne peut donc justifier d’une tradition.

Monsieur le maire, avez-vous été avisé de cette installation en un lieu public et quel a été votre avis ou décision ? Si les tenants d’une autre religion ou conviction souhaitaient procéder à une installation dans un endroit public pour manifester leur croyance ou préférence, quelle serait votre décision ?

 

Dans l’attente de votre réponse, veuillez croire en l’expression de mes sentiments laïques et républicains.

Le 27 décembre 2020

Le président du Comité de réflexion et d’action laïque de Seine-Maritime – CREAL76

Francis VANHÉE

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