115 ans et après?

Le 115ème anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l’État servira-t-il de prétexte pour initier un processus de révision de son texte ? Le projet de ‘’loi sur les séparatismes’’ rebaptisée ‘’loi confortant les principes républicains’’ n’en prendrait-il pas le chemin ?

115 ans et après ?

Le 115ème anniversaire de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l’État servira-t-il de prétexte pour initier un processus de révision de son texte ? Le projet de ‘’loi sur les séparatismes’’ rebaptisée ‘’loi confortant les principes républicains’’ n’en prendrait-il pas le chemin ?

D’abord est en jeu le principe même de séparation : l’État s’engage à ne pas s’immiscer dans les questions religieuses et les religions ne doivent exercer aucune tutelle sur l’État. Le projet gouvernemental propose à l’État de « garantir la transparence des conditions de l’exercice du culte », laissant entendre que celui-ci porterait désormais un regard sur son organisation.

Ensuite, la loi du 1er juillet 1901 sur la liberté d’association1 semble également visée par le projet. En effet, les modifications proposées (« contrat d’engagement républicain », imputation possible à l’association des agissements de certains de ses membres) brideraient cette liberté. Rien n’empêche l’État de saisir la justice quand des associations commettent délits ou crimes (violences, incitation à la haine…). Assujettir leur existence au respect de valeurs ‘’officielles’’ limiterait considérablement la liberté d’association. Autre chose est le subventionnement public des associations qui relève de la responsabilité des collectivités sollicitées !

Dans le contexte actuel de remise en cause et de limitation des libertés individuelles et collectives conquises entre 1880 et 1905 (libertés de la presse, de constituer des syndicats, de s’associer, de conscience), le texte contre les ‘’séparatismes’’ ne règlera aucun problème, tout comme l’arsenal juridique renforcé contre le terrorisme ne l’a pas éradiqué. Les lois de circonstance méconnaissent souvent les textes antérieurs. Par exemple les articles 25 à 36 de la loi de 1905 définissent déjà avec précision la police des cultes. De même l’addition dans le projet de loi contre les ‘’séparatismes’’ d’un article sur ‘’la haine en ligne’’ et qui fait suite à la décapitation de Samuel Paty2 n’ajoute-t-il pas à la confusion alors que des textes en vigueur condamnent l’incitation à la haine comme la loi de 1881 sur la liberté de la presse ?

Combattre le racisme, combattre l’extrême droite musulmane

S’il faut combattre l’islamisme comme les autres intégrismes religieux criminels, l’action diplomatique nationale ou internationale ressemble à un renoncement. Les états, soutiens et commanditaires de cet islam dévoyé et violent qui subordonne la loi civile à la loi religieuse, sont connus : Iran, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite… pays où vient de se tenir le G 20. Mais cette lutte résolue contre l’extrême droite religieuse pèse peu face au commerce des armes ou du pétrole.

La montée des extrêmes droites accompagne celle d’extrêmes droites religieuses avec un islam politique très actif. Plus de 300 attentats commis depuis 2010 ont fait incomparablement plus de victimes dans les pays de tradition musulmane que partout ailleurs dans le monde. Penser que ‘’l’islamisme’’ n’a que des causes nationales (pauvreté, histoire coloniale, discriminations, racisme - avérés et à combattre) est une erreur d‘analyse. « Chaque pays où se développe l’extrême droite musulmane cherche à comprendre ce mouvement en fonction de facteurs locaux ; mais ces explications ne fonctionnent pas dans le pays voisin, qui pourtant souffre également de l’intégrisme armé. »3

L’attentat devant les anciens locaux de Charlie-Hebdo, la décapitation de Samuel Paty, l’assassinat de trois fidèles à Nice mais aussi de quatre personnes en Autriche, les nombreux attentats en pays de tradition musulmane s’inscrivent dans cet agenda politique mondialisé pour battre en brèche la liberté d’expression et de conscience, la laïcité ou la démocratie vues comme des hérésies inconcevables.

À cet égard, la conception anglo-saxonne de la sécularisation s’apparente plus à la liberté religieuse qu’à la liberté de conscience. C’est une interprétation de la laïcité de plus en plus développée par des organisations politiques ou syndicales qui essentialise l’appartenance confessionnelle et y assigne des populations. Elle fait le lit de fondamentalistes qui savent en user.

Seuls la séparation du politique et du religieux établie par la loi de 1905 et le lien entre combat laïque et combat social ouvrent la voie vers une lutte résolue contre les régressions politiques et religieuses.

1L. 1er juill.1901, art. 2 : "...les associations de personnes pourront se former librement sans autorisation, ni déclaration préalable..."

2communique-18.10.20-la-barbarie-contre-la-laicite.pdf (creal76.fr)

3http://www.siawi.org/spip.php?article24034

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