Mon analyse des élections municipales du 28 juin 2020

J'analyse les traits importants, selon moi, du résultat des élections municipales du 28 juin 2020

Mon analyse des élections municipales 2020

Quelques éléments d'analyses perso sr le résultat des élections municipales

*la question de l'abstention record est cruciale. J'y reviendrai plus loin.

Les résultats des listes dirigées par un communiste sont en demi-teinte au second tour : Le PCF a perdu des villes (la plus importante étant Saint Denis) ou le PS a refait le coup qui avait réussi à Voynet à Montreuil : battre un maire sortant PCF avec les voix de la droite. D'autre pertes PCF (Arles, Aubervilliers, Bezons, Choisy-le -Roi) seront à analyser. L'échec du candidat PCF au Havre mérite une mention spéciale (voir plus loin).D'autres villes ont été gagnées Bobigny, Corbeil-Essonnes (saluons le long combat de Bruno Piriou!), Villejuif et d'autres.

  •  Un trait marquant est la conquête par des listes d'union de la gauche, avec participation PCF, à Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Marseille (au moins en nombre de votes) et la ré-élection d'Anne Hidalgo alliée au PCF, avec le ralliement d'EELV au 2ème tour. Les media célèbrent une déferlante écologiste, mais cachent soigneusement que, grâce aux efforts du PCF pour le rassemblement de la gauche et des écolos, non seulement LaREM a subi un échec sévère, mais des élus PCF sont maintenant associés à l'exécutif de certaines des plus grandes villes de France, comme à Paris avec le PS d'Anne Hidalgo. Aucune des grandes villes conquises par la gauche n'aurait pu l'être sans une alliance large de toutes les forces progressistes et écologiques, avec participation communiste. Les progrès communistes ont tous été obtenus lorsque la politique d'union des forces progressistes et écologiques sur un contenu social et écologique a été poursuivie et affirmée. On peut regretter – et c'est inadmissible sur le plan d'une information honnête par les media publics ou la presse écrite – que cet aspect important du résultat des élections ne fasse pas apparaître ce succès du PCF. Mais la réalité s'impose malgré toutes les déformations médiatiques : le PCF, outre les villes où il détient la mairie, est associé à la gestion de la plupart des plus grandes villes de France.

  • Un élément additionnel est que la conquête des plus grands villes de France par une alliance d'EELV avec les forces de gauche contribue à renforcer l'ancrage à gauche de l'écologie ; les courants écologistes qui s'efforcent d'attirer l'écologie vers la gestion loyale des affaires de la grande bourgeoisie sont affaiblies. Comme le dit Julien Bayou : « l'époque ou l'écologie venait avant le social est révolue ».

     Le cas du Havre semble spécifique : symboliquement, à travers la candidature du premier ministre, c'était, face à une liste dirigée par un  communiste, la question du pouvoir qui était posée. Il semble que malgré sa pratique d'alliance et de travail citoyen, malgré la campagne remarquable menée par le PCF, la perception n'a pas été assez claire, par les électeurs, de l'affirmation nationale éclatante de la politique d'union du PCF. La bataille politique et idéologique du PCF doit être intensifiée pour populariser son objectif de participation au pouvoir comme partie prenante d'une alliance majoritaire  de forces progressistes et écologiques, sans aucune hégémonie, dans le respect de l'autonomie de chaque partie prenante. Sans doute, le mouvement de soutien à Philippe a bénéficié d'une mobilisation de toutes les forces réactionnaires, de sa projection médiatique, etc.; mais la perception du choix stratégique du PCF pour l'alliance de toutes les forces associatives, syndicales, écologiques, politiques pour un exercice démocratique du pouvoir a été et est insuffisante. On peut penser que cette faiblesse n'a pas permis de balayer les méfiances et les résistances face à la candidature PCF, au Havre, face au premier ministre. On peut penser que plusieurs échecs du PCF, la perte de plusieurs villes par le PCF le 28 juin auraient pu être évitée si la perception de notre politique sur ces questions avait été plus claire.

     Il reste que seule la politique de rassemblement des forces de gauche et écologistes, sur des contenus correspondant aux intérêts des couches populaires a permis les succès enregistrés le 28 juin.

C'est une leçon à méditer pour la suite : toute expression qui pourrait être interprétée comme une atténuation de notre politique de rassemblement doit être bannie.

La question cruciale de l'abstention. La majorité des citoyens n'est pas allée voter le 28 juin. On rencontre des jeunes, révoltés par la politique macroniste, après celle de Hollande et de Sarkozy, qui pensent que les élections de servent à rien, que seule la lutte armée aurait un sens. L'idée que les élections sont un moment incontournable d'une stratégie de conquête pacifique du pouvoir a reculé parmi nos concitoyens, en particulier ceux et celles qui souffrent le plus du pouvoir du grand capital. La lutte de classe sous toutes ses formes, moins la guerre civile, est la seule stratégie révolutionnaire capable d'éviter l'écrasement sanglant par les forces de répression du grand capital d'une révolte populaire armée. Elle implique l'importance du moment électoral. Non comme instrument décisif de conquête du pouvoir, mais comme moment de validation démocratique d'un aboutissement victorieux des luttes du mouvement populaire conscient et majoritaire.

Si l'on accepte ce point de vue, comment ne pas conclure à l'urgente nécessité de chercher tous les moyens de mettre en mouvement ces forces populaires aujourd'hui abstentionnistes. Si les forces progressistes n'y arrivent pas, ces masses pourraient être captées et détournées par un démagogue charismatique, ou par  les sombres agents de la régression sociale et politique la plus dangereuse. C'est ce que permet l'élection du président au suffrage universel direct, avant les élections législatives.

Des initiatives nouvelles sont nécessaires ; on peut penser à un appel par les forces progressistes les plus décidées, à former des comités populaires pour le progrès écologique et social , partout ou c'est possible. Ils élaboreraient des projets au plus près des gens, avec la participation citoyenne la plus large, et viseraient à mobiliser le plus largement possible nos concitoyens. Ces comités s'appuieraient sur l'expression nationale la plus pluraliste possible – asociative, syndicale et politique – autour d'objectifs généraux permettant la mise en oeuvre d'un projet nouveau de progrès écologique et social.

Le temps nous est compté pour déjouer le piège institutionnel de l'élection présidentille.

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