Méditations italiennes

Les cercles dirigeants européens sont-ils disposés, pour préserver l'ordre social capitaliste, à coopter des alliances de forces réputées démocratiques avec l'extrême droite, moyennant quelques concessions de cette dernière pour rendre ces alliances plus présentables?

Méditation d'Italie

Méditons un peu sur les leçons d'Italie.

Ayant avalé quelques bouts de son chapeau, Matteo Salvini, dirigeant d'extrême droite, xénophobe, raciste et machiste, climato-indifférent, est maintenant membre à part entière d'une coalition hétéroclite avec le centre gauche, la démocratie chrétienne et la droite berlusconienne.

Marine le Pen ne s'y est pas trompée. Le message italien des milieux financiers dirigeants européens a été capté 5 sur 5. Ne voila-t-il pas qu'elle trouve tout à coup l'Euro tout à fait acceptable, Schengen une excellente idée, les idées de Darmanin parfaites, etc. , tout en professant son soutien à Génération Identitaire et en éructant contre les migrants et les immigrés...

On me dit qu 'ajouter à cela les sondages qui la donnent au coude à coude avec Macron en 2022, je tomberais dans le piège à voter Macron.

Voire. Aucun doute pour moi, Macron, éventuellement allié à la droite et la droite extrême façon Ciotti ou Morano, est de loin le meilleur cheval des milieux dirigeants français ou européens. Assurer leur domination avec une façade démocratique, un « Etat de droit » présentable aux yeux du monde est sûrement leur premier choix.

Mais qui nous garantit contre un « accident démocratique » ? La classe dirigeante, même si elle préfèrerait Macron, ne saurait-elle pas s'accommoder d'un néo-fascisme ripoliné pour l'occasion ? Le RN ne rate pas une occasion d'appeler à la haine entre différentes composantes des couches populaires salariées. A-t-il jamais, sauf pures proclamations démagogiques pour attirer les naïfs, signifié le moindre risque pour le grand capital ?

Il est dangereux de faire des prédictions, surtout sur l'avenir, disait un grand physicien... Je risque une question : quel serait l'effet dans l'opinion, deux ou trois mois avant l'élection présidentielle, d'un ou deux attentats djihadistes bien dégueulasses, bien révoltants, par quelques fascistes islamistes d'origines évidemment maghrébines ou africaines, conscients ou manipulés pour l'occasion ? La grande campagne sur l'islamo-gauchisme n'est-elle pas une bonne préparation d'artillerie pour convaincre l'opinion, bombardée par les media de Bolloré, Bouygues, Dassault, Pigasse et Niel, etc., que la gauche a de l'indulgence pour le terrorisme jihadiste ?

Un accident démocratique est-il exclu ? Mon sentiment est qu'on ne saurait en minimiser la probabilité.

Faudrait-il alors se résigner à voter Macron ? Non, mais il faut au contraire se prémunir dès maintenant contre le risque du duel Le Pen /Macron qu'on nous présente comme inévitable. On ne peut s'inscrire dans une posture politique qui laisserait aux entrepreneurs du CAC 40 et aux banques tout loisir, grâce à leur relais politiques, pendant encore cinq ans, pour démanteler ce qui reste des conquêtes sociales des 75 dernières années.

Non, la confirmation du chéri des banques ou l'accession au pouvoir du pire n'est pas fatale. Car un Président privé de majorité à l'Assemblée Nationale élue en 2022 verrait limité son pouvoir de nuisance, ou même paralysé.

Je ne vois qu'une stratégie pour prémunir les forces progressistes, et les couches populaires, contre ce choix que déjà récusent des millions de compatriotes : dès maintenant, devant l'émiettement de partis politiques de gauche à l'aveuglement et au narcissisme coupables, il faut déjouer le piège présidentiel en préparant dès aujourd'hui, activement, la mobilisation populaire pour faire des élections législatives de 2022 l'antidote le plus efficace, le plus progressiste possible face au virus des droites.

Quel parti révolutionnaire va-t-il prendre l'initiative ( par exemple dans une conférence nationale prochaine?), et lancer une initiative nationale d'adresse à toutes les forces associatives, syndicales, politiques progressistes pour que, dès maintenant, candidature présidentielle ou non, se réunissent partout, dans toutes les circonscriptions, les citoyens et citoyennes afin que la prochaine Assemblée Nationale voie siéger le plus grand nombre d'élus de gauche, sur le programme social, écologique, féministe, démocratique le plus avancé possible ?

Quel candidat à la Présidence rendra-t-il l'espoir en faisant de sa candidature, en plus des propositions de son parti, un appel obstiné, répété, à la mise en mouvement de nos concitoyens pour faire de l'Assemblée Nationale le pôle d'appui des forces démocratiques et progressistes de notre pays ?

 

 

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