Pour la clarté des choix lors du 38ème Congrès du PCF

Après le vote, il n'y a pas de majorité pour appliquer l'orientation adoptée à 42%. L'existence même du PCF est en cause. Mais le vote a-t-il reflété un choix clair de stratégie? Pour qui veut que le PCF vive et impulse l'activité révolutionnaire, il est urgent d'intervenir dans les débats avant le Congrès pour aboutir à une orientation stratégique clairement majoritaire.

Pour la clarté des choix lors du 38ème Congrès

L'avertissement du « Manifeste » sur le danger de mort du PCF prend, après le vote sur la base commune, une signification sinistre. Il n'y a pas, en l'état actuel des votes et du texte actuel, de majorité pour mettre en œuvre le projet adopté par 42% ds communistes.

Mais tout est-il perdu ? Le vote reflète-t-il un choix conscient de stratégie révolutionnaire ?

Si j'en juge par la discussion dans ma section (Paris5), c'est loin d'être le cas. Dans cette section, qui a voté pour le "Manifeste" à 78%, tous les camarades, quel que soit leur vote, ont un attachement fort à l'existence et l'efficacité du parti communiste. Les arguments développés ont certes exprimé un mécontentement, une inquiétude liés aux résultats des élections présidentielle et législative. Mais les divers arguments employés ont été hétéroclites. Aucun n'a porté sur la question fondamentale du changement ou non de stratégie.

Un camarade a critiqué la structure en thèses du texte du CN, un autre a mis en cause « la direction », coupable de n'avoir pas su rassembler une majorité claire autour du texte du CN ; une camarade a exprimé son approbation totale des 20 premières thèses du CN, mais trouvait exécrable tout le reste, en contradiction avec le secrétaire fédéral (soutien du « Manifeste ») qui propose de reprendre intégralement dans le « Manifeste » les 5 propositions d'action de la thèse 22. Un autre a fondé son soutien au « Manifeste » sur son expérience des luttes de classe...en Suisse. Etc..

Il n'est pas trop tard pour clarifier nos choix stratégiques avant le Congrès. C'est une question décisive pour éviter l'affaiblissement irréversible du PCF, au moment où son apport pour donner une traduction politique progressiste majoritaire au rejet populaire de la politique de Macron est indispensable. Au moment ou toutes les conditions sont réunies, pour un renforcement important des luttes et donc du PCF , il serait tragique de se résigner à la paralysie, voire la disparition du PCF.

*Existe-t-il, oui ou non, par delà les votes différents pour la base commune, une forte majorité de camarades pour soutenir la perspective d'un dépassement du capitalisme par un mouvement populaire démocratique pacifique majoritaire, par les luttes et par le vote ?

*Existe-t-il, oui ou non, par delà les votes différents sur la base commune, une forte majorité de camarades pour reconnaître qu'il existe en France une diversité d'opinions progressistes de citoyen-nes qui se reconnaissent dans une diversité d'organisations politiques de gauche ?

*Existe-t-il, par delà les votes différents sur la base commune, une forte majorité de camarades pour reconnaître que dans les conditions françaises, la perspective d'une majorité autour du seul parti communiste est exclue pour très longtemps ?

*Existe-t-il une majorité de camarades pour reconnaître que le rôle immédiat et à long terme du Parti est d'oeuvrer à surmonter cette diversité et à unir les forces populaires dans les luttes et dans les urnes autour d'objectifs progressistes ?

*Existe-t-il une majorité de camarades pour reconnaître comme indissociables et urgente, contre le capital, la lutte pour le progrès social et la lutte écologique ? Le réchauffement climatique menace la survie de l'humanité à l'échelle d'une ou deux générations : il est vital et urgent d'en finir avec la domination des seigneurs de la finance.

*Existe-t-il une majorité de camarades pour soutenir l'objectif de conquêtes les plus nombreuses et les plus larges possibles de pouvoirs nouveaux, dans de multiples secteurs de la société, par les luttes et par les élections ?

*Existe-t-il une majorité de camarades pour penser que le rôle révolutionnaire du PCF est de catalyser l'unité populaire dans ces luttes, jusqu'à dépasser le capitalisme ?

*Existe-t-il une majorité de camarades pour penser que le PCF ne peut se passer d'alliances à gauche pour avoir des élus, des municipales aux législatives ? La condition expresse pour conclure une alliance est qu'elle garantisse un progrès pour les populations concernée. Un bon exemple est l'alliance PCF/EELV/PS à la Mairie de Paris. Un exemple a contrario est le refus de FI de soutenir la liste PCF/PS/EELV pour l'élection régionale en Ile de France : il a permis à la droite de gagner et à Pécresse de mettre en œuvre sa politique réactionnaire, au détriment des couches populaires.

*Existe-t-il une majorité de camarades pour penser qu'affirmer dans nos textes, comme le fait le « Manifeste », une prétention à l'hégémonie culturelle soit de nature à apaiser les craintes fondées sur la pratique historique de la dictature du prolétariat en URSS ?

* Existe-t-il une majorité de camarade pour soutenir la visée d'une Europe de peuples souverains et associés, une Europe démocratique de progrès social et écologique ?

*Existe-t-il une majorité de camarades pour constater que quand on lutte avec acharnement contre la classe dominante, on peut engranger des victoires, mais face à un adversaire qui a tous les pouvoirs, on peut subir des coups, enregistrer des défaites ? On peut subir des échecs pour une stratégie erronée, mais abandonner notre stratégie parce que l'on a subi des échecs, n'est-ce pas, aujourd'hui, signer la disparition irréversible du PCF ? Personne ne peut théoriser sérieusement que la stratégie de rassemblement ne peut être efficace à l'avenir sous prétexte qu'elle a jusqu'à maintenant eu des échecs

**Sur le choix de soutenir Mélenchon en 2017.

Rendre « la direction » responsable de l'affaiblissement du PCF lors des élections législatives de 2017, n'est-ce pas oublier la situation catastrophique de toute la gauche après le quinquennat de Hollande ? N'est-ce pas oublier le péril gravissime sur lequel le PCF a averti toutes les forces politiques de gauche, un 2ème tour présidentiel opposant Le Pen à Fillon ? Certes, il a pu y avoir des erreurs, des manques, dans notre campagne après le choix faiblement majoritaire (53%) de soutien à la candidature de Mélenchon. En particulier le choix d'un « soutien constructif et critique » s'est réduit à un soutien sans critique. Mais réunir près de 20% des voix sur un programme certes imparfait, mais globalement progressiste, n'est-ce pas un point d'appui politique pour l'avenir ? Doit-on rendre « la direction » coupable des postures hégémoniques de celui qui s'est retourné contre nous ? Qui peut affirmer que le choix de présenter un candidat communiste dans les circonstances catastrophique du piège de la présidentielle, une fois Mélenchon soutenu par 8% de l'opinion, ne serait pas apparu comme une initiative de division, signant irrémédiablement, par le PCF , l'impossibilité d'une candidature de gauche au 2ème tour ?

En fait, contrairement aux caricatures, « la direction » et les militants ont fait campagne pour le seul choix qui aurait pu aboutir à la présence de la gauche au 2ème tour de la présidentielle : une candidature unique PCF-FI-EELV-Hamon. Plutôt que d'en imputer l'échec à « la direction », ne faut-il pas s'en prendre aux dirigeants politiciens qui ont préféré jouer chacun leur partition, et qui ont mené à l'élimination de la gauche ?

Du Figaro à Mediapart, les commentateurs s'accordent pour observer que le résultat du vote sur la base commune est une victoire de Mélenchon : la défaite du CN et le repli identitaire du PCF, en l'état actuel de la base commune adoptée, renforceraient sa prétention à l'hégémonie.

Déjouer ce scénario catastrophe dépend de chacun de nous. Imposons lors des débats sur la base commune adoptée, le « Manifeste », des modifications majoritaires qui permettent au PCF d'exister et de rayonner, qui renouent avec sa raison d'être. C'est la seule façon de déjouer les pronostics apitoyés qui parient sur la mort du parti communiste.

 

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