Un temps déraisonable

Ce billet s'interroge sur les causes de ce que je perçois comme une dépression de masse dans notre pays. Au delà du Covid, il semble que les perspectives de désunion de la gauche en 2022 pèsent lourd. Le PCF devrait selon moi affirmer sa détermination à agir pour que la gauche gagne en 2022, sur un programme progressiste.

                                                                        Un temps déraisonable

Dans son rapport lors du Comité National du 5 septembre, Frédéric Boccara parle « d'une sorte de sidération, d'attentisme »  dans l'opinion.

Dans son bloc-notes du 5 septembre, Jean-Emmanuel Ducoin écrit que « le pays semble de plus en plus colérique et/ou désabusé...Comme si la France s'affaissait cruellement...Que restera-t-il bientôt de la France ? » Parle-t-il vraiment du Tour de France ?

Autour de moi, beaucoup de gens expriment une sorte de mélancolie, de pessimisme, de déprime...

J'ai une explication. Que faut-il en penser ? Certes, nos concitoyens et concitoyennes sont inquiets de la pandémie...Ces vaccins qu'on annonce et qui n'arrivent pas...Ces contaminations qui repartent à la hausse... Mais ne faut-il pas prêter attention à la désespérance politique qui monte, elle aussi?

Le PCF a raison de dire qu'il ne faut zapper ni les élections sénatoriales, ni les départementales ou les régionales. Utiliser les élections pour faire connaître et soutenir les propositions du PCF, ça n'en vaudrait pas la peine ? Gagner des élus, des bribes de pouvoir pour défendre les populations, évidemment c'est important. Les élections sont un moment politique utile, incontournable, dans notre stratégie de rassemblement populaire majoritaire, à travers toutes les formes de lutte pacifiques.

Mais nos compatriotes savent bien que le pouvoir, lui, vise la mère de toutes les batailles, celle qui déterminera en 2022, sans doute pour cinq  années supplémentaires le cours de nos destins... La République continuera-t-elle, et nos vies avec, à s'effilocher sous les coups de griffe et les mâchoires des seigneurs de la finance? Ou bien allons nous rallumer les étoiles?

Isoler la perspective des élections départementales ou régionales de celle de l'élection présidentielle serait, selon moi, une politique de Gribouille.

Les prétendants Jadot, Piolle, Mélenchon, et d'autres, semblent ne penser qu'à leur chapelle. Et du côté du PCF, une ambigüité désolante. La présidentielle, on en parlerait plus tard...L'important c'est les luttes. Pour l'emploi, bien sûr. Pour le climat, c'est urgent, c'est évident.

L'urgence des luttes permet-elle de la déconnecter des conditions de leur développement ? Nos compatriotes descendront-ils en masse dans la rue pour la Sécurité Emploi-Formation (SEF) s'ils sont convaincus que quoi qu'il arrive leur choix sera dans un an et demi entre le pire et le détestable? Si la désespérance politique gagne ?

Faut-il laisser à Olivier Faure et au PS le drapeau du rassemblement en 2022, seul capable d'éviter le choix Le Pen/ Macron ? L'ambigüité de la direction communiste sera-t-elle un coup de plus porté à son influence? Il faut combiner luttes populaires et la recherche obstinée des conditions de la victoire, aux régionales et aux présidentielles sur un programme social et écologistes qui porte un coup au capital,

On parle de donner envie de voter aux abstentionnistes. Croit-on les convaincre en leur offrant la division  à gauche?

J'ai toujours trouvé la proposition de SEF juste, intéressante, révolutionnaire. Dans son rapport et ce n'est pas toujours le cas dans les positions récentes du PCF, Frédéric Boccara mentionne aussi à juste titre, les couches de salariés intellectuels, les ITC, la recherche, même s'il oublie la recherche fondamentale.

Mais dans ce rapport, qui veut faire de la SEF, pour aujourd'hui et pour demain l'alpha et l'omega de l'action du PCF, il y a des manques : la lutte contre le réchauffement climatique, les luttes féministes... Six millions de fonctionnaires, leurs emplois et leurs statuts attaqués ? A peine effleurés....Surtout, il manque la considération des conditions idéologiques, adaptées aux luttes politiques concrètes, celles qui peuvent déclencher, catalyser, la mise en mouvement des masses de travailleurs et travailleuses. Des propositions sans lesquelles toutes les propositions révolutionnaires resteront des vœux pieux.

Bien sûr le PCF doit se faire entendre. Bien sûr il est légitime de chercher à créer les conditions d'une candidature communiste en 2022. On a bien vu aux municipales, ici et là, aux sénatoriales, des convergences politiques cristalliser sur une tête de liste communiste pour une municipalité, des élus au Sénat. On a vu aussi les défaites de la droite aux municipales grâce aux rassemblements de gauche où les communistes jouaient tout leur rôle. Est-il exclu que les forces progressistes coalisées soutiennent un candidat d'union en 2022 qui soit communiste ? En tout cas, un candidat communiste garantirait le respect de toutes les composantes, de toutes les sensibilités, de toutes les structures diverses réunies. Examinons si les conditions pour cela seraient réunies.

En tout état de cause la gauche aura besoin d'un candidat capable de la porter à la victoire.

Le PCF ne pourrait-il pas stimuler les luttes, redonner des perspectives et inciter à l'action dès maintenant en affirmant haut et clair son absolue détermination de travailler à une victoire des forces progressistes en 2022 ? De toutes les forces progressistes, politiques, syndicales, associatives, rassemblées sur un programme de rupture avec les politiques qui nous accablent depuis près de quarante ans ? Soyons clair : la détermination du PCF doit être proclamée. Il faut aboutir à un contenu de progrès porté par un candidat fiable, démocrate indiscutable, engagé devant le peuple à respecter le programme et à rendre le pouvoir aux élus du peuple.

Le piège institutionnel mis en place en 1958 contre la démocratie, aggravé en 1999 par l'inversion du calendrier électoral : voilà les conditions concrètes de la lutte politique dans notre pays. Le rôle du PCF ne peut pas être d'entretenir l'ambiguïté sur les perspectives qui peuvent mobiliser, ou au contraire, décourager l'élan populaire.

N'est-ce pas au PCF de prendre clairement, le premier, cet engagement ? A-t-il d'autre raison d'être que sa mise au service des forces populaires ?

Voila qui pourrait déclencher la volonté d'agir, y compris celle de se mobiliser pour des victoires progressistes aux élections à venir avant 2022.

 

Le printemps 2022 sera-t-il celui du temps des cerises ou l'annonce d'un été meurtrier?

 

 

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