Coronavirus, humanité capitalisme

Les mesures prises par le président Macron pour combattre l'épidémie de coronavirus sont utiles et efficaces, mais prennent-elles en compte complètement les intérêts populaires face aux menaces d'hécatombe? Le président reste fondamentalement celui des riches.

Coronavirus, humanité, capitalisme

La crise du Covid-19 a ceci de radicalement nouveau qu'elle rend visible aux yeux de tous que toute vie sociale est directement menacée, en tout cas profondément perturbée, lorsque la vie de millions d'humains est menacée. Pendant la première et deuxième guerre mondiales, les massacres de soldats (14-18) et de civils (39-45) avaient déjà fait émerger parmi les populations les plus touchées et les plus menacées, la conscience que des modifications profondes de l'organisation sociale étaient nécessaires pour préserver leur existence et leur droit à un avenir humain.

Ce qui est nouveau dans la crise actuelle c'est que dans les conditions de la mondialisation, les intérêts des peuples, et parmi eux l'intérêt essentiel qu'est le droit à la vie, rejoignent temporairement, au moins en partie, les intérêts des forces capitalistes dominantes. Car comment accumuler le profit, mener la guerre économique pour accaparer le meilleur taux de profit, si la production même des conditions de la vie matérielle des peuples est en danger ?

En période normale, le capital vise à approvisionner les salariés au plus bas prix, afin de payer la force de travail le moins cher possible. Les dépenses de santé sont réduites pour faire des économies, les retraites sont rognées, etc., les oppositions d'intérêt entre couches sociales dominantes et couches dominées sont de plus en plus apparentes à un plus grand nombre, etc..

Mais Covid 19, comme le montre la stratégie « d'immunité de groupe » (choisie tout d'abord par Boris Johnson, par exemple), aboutirait à des millions de mort pour la seule Grand Bretagne. Si la vie de millions de salariés est menacée à brève échéance, et ce dans tous les domaines de la production comme, donc, de la vie sociale, la nécessité de sauvegarder les vies devient fondamentale. La différence fondamentale d'intérêts entre exploités et grand capital ne disparaît pas, mais il s'établit temporairement une communauté d'intérêts entre la volonté de survie des dizaines de millions d'humains menacés par la peste, et la volonté des industriels, des investisseurs, des financiers, de disposer de la base indispensable de toute création de richesse : la force de travail des humains dominés. La vie sociale, quelle qu'elle soit, a besoin d'humains et d'une force de travail sociale capable de produire les conditions matérielles de sa survie, de sa reproduction et de son développement.

Aujourd'hui, le président des riches en France, (comme en Italie, comme en Chine, en Corée du Sud, ou ailleurs) finit par prendre en compte la réalité de la menace qui pèse sur l'ensemble des Français. Il prend des mesures spectaculaires et exceptionnelles qui, temporairement, tant que l'épidémie n'est pas jugulée, correspondent à l'intérêt général : celui de la grande masse des citoyens qui aspirent à vivre leur vie, et aussi celui des patrons du CAC 40, qui ont besoin de salariés vivants pour faire fonctionner leurs machines, leurs moyens de production, de transport et de distribution. On voit en Grande Bretagne, même un Boris Johnson, féroce en temps normal pour les exploités, commencer à abandonner sa posture d'indifférence pour les millions de morts que sa stratégie d' « immunité de groupe » laissait prévoir. Le roi de l'immobilier au pouvoir aux USA se voit obligé de prendre en compte l'indignation de tout ce que les USA comptent de gens un peu informés. La survie politique des détenteurs du pouvoir, en France ou ailleurs, et peut-être même la survie du capitalisme lui même dépend de leur capacité à prendre les bonnes décisions pour faire échec à la mort de masse.

Le président Macron, donc, prend des mesures utiles pour enrayer la catastrophe sanitaire, et on doit mettre en œuvre les mesures qu'il préconise. Peut-on lui reprocher de prendre des décisions concernant la vie économique, la survie des entreprises ? Indiscutablement, il faut que persistent les activités productives indispensables à la survie immédiate des humains : énergie, alimentation, transports, hôpitaux, etc..On avait vu en 1968 la CGT, lors de la grève pendant plusieurs semaines de 16 millions de salariés, prendre en charge l'organisation de la production indispensable à la vie sociale. Les salariés de l'énergie, des télécommunications, de transport de produits agricoles vers les villes, etc., tout grévistes qu'ils étaient, assuraient les conditions de vie du reste du peuple.

Mais pourquoi faut-il que la décision de fermer les usines Peugeot et Renault aient été prises par les actionnaires principaux, et n'ait pas été imposée par le pouvoir politique ? C'est que le président Macron reste le commis – intelligent mais fidèle – des grand groupes du CAC 40 et des milieux financiers. Rien n'a été fait pour limiter le pouvoir des actionnaires sur les grandes entreprises. Vont-ils se convertir, grâce au Covid-19 en défenseurs de la vie et des intérêts salariés ? Poser la question, c'est y répondre.  Il faut certes concilier la nécessité d'une lutte efficace pour freiner et stopper la maladie, et celle de maintenir l'activité productive indispensable à la survie du peuple. Mais manifestement, la production d'autos n'est pas indispensable dans les circonstances actuelles. Pourquoi continuer à compromettre, par exemple, la santé des travailleurs des chantiers navals, ou de l'industrie aéronautique en y maintenant la production? On voit bien l'intérêt des actionnaires, mais doit il primer sur l'impérieuse nécessité de protection des salariés ?

Une mesure efficace pour protéger la vie des millions de salariés de la grande industrie eut été, en plus des mesures prises, de donner des pouvoirs nouveaux aux CHST qu'il faut rétablir, des grandes entreprises, de donner la majorité aux élus salariés dans les CA, et de permettre aux salariés eux même de définir les conditions de leur protection et de les mettre en œuvre dans le respect des nécessité de la survie sociale. Macron ira peut-être jusqu'à nationaliser des entreprises menacées de faillite, mais il serait très surprenant qu'il accepte d'instaurer la démocratie dans leur gestion, ces droits nouveaux qui les protégeraient les salariés plus efficacement que les décisions des investisseurs, qui leur donnerait le pouvoir de décider au mieux pour leurs intérêts vitaux et ceux de la société.

Il sera temps, une fois l'épidémie jugulée, de prendre la mesure des dommages infligés au peuple français par la politique d'économies sur le service public de santé depuis quinze ans, la suppression de milliers de lits, le départ de centaines d'infirmiers et d'infirmières aux salaires insuffisants, etc.; politique poursuivie par le gouvernement Macron, sourd aux demandes des grévistes hospitaliers depuis un an.

Pour autant ce serait une erreur, au nom de la lutte des classes, de refuser la mise en œuvre des mesures certes insuffisantes, mais justes et utiles prises par le président de la République;  ce serait en commettre une autre d'attribuer ces mesures à une soudaine conversion du gouvernement et du président à la prise en compte fondamentale des intérêts populaires.

Macron peut prendre, face à la menace mortelle du Covid 19, des mesures temporaires d'intérêt général, mais il reste le président choisi par une étroite couche sociale dominante. Il ne va pas cesser d'avoir comme guide, fondamentalement, la défense des intérêts de ces derniers.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.