Dérive de toute la social-démocratie française?

La dérive de Manuel Valls ou Jean-Paul Huchon fut certes amorcée par Emmanuel Macron lui même ministre de Hollande. Peut-on en conclure que le courant social-démocrate français s'est tout entier converti au libéralisme? La base sociale de la social-démocratie existe toujours et fait face à la crise du capitalisme.

Le PS n'en finit pas de payer la déception populaire devant les politiques libérales, appliquées déja par Mitterand après 1983, poursuivies par tous les gouvernements de droite ou de gauche sous direction socialiste jusqu'au quinquennat Hollande. Ce dernier, avec Macron comme comme ministre, poursuit la politique de Sarkozy!

L'appel de Valls et Huchon à voter Pécresse aux régionales de 2021 illustre cette dérive, et cette collusion idéologique avec la droite.

Peut-on pour autant en déduire que cette dérive est celle de tout le PS? Peut-on considérer que le PS de Faure et celui de Hollande  sont comme bonnet blanc et blanc bonnet? Plus fondamentalement, peut-on en déduire que la social démocratie a déserté avec armes et bagages pour rejoindre la droite ou la macronie?

La chose est loin d'être évidente. La question nouvelle depuis quarante ans à laquelle se heurte la social démocratie organisée est la crise du capitalisme. Cette social-démocratie organisée est constituée de diverses formations: PS bien sûr, mais aussi EELV, Génération-s, Gauche Démocratique et Sociale, FI , Place Publique, ou Nouvelle Donne. Ce qui la caractérise c'est à la fois de représenter des couches sociales diverses salariées, intellectuelles ou non, des retraité-e-s, etc., qui toutes aspirent à vivre mieux, et à des réformes progressistes. Renforcement des services publics, augmentation du pouvoir d'achat, construction de  logements abordables, taxation des riches, environnement et climat, , alimentation saine, école publique de qualité, Université accessibles à tous, sécurité sociale renforcée, féminisme,  éradication du  chômage, transports publics bon marché et fiables,libertés démocratiques sécurité, etc..

Le problème de toutes les variantes de la social-démocratie est qu'aucune de ces réformes ne peut être mise en oeuvre, à l'époque de la crise globale du capitalisme, sans heurter, d'une manière ou d'une autre, les intérêts fondamentaux du capital. De la lutte pour le climat, contre le patriarcat, aux mesures économiques et sociales, toute réforme progressiste s'en prend à un aspect ou un autre du pouvoir du grand capital.  Les moyens mis en oeuvre par ce dernier pour faire échec à tout ce qui porterait atteint à la recherche effrénée de profit sont le déchaînement de la lutte idéologique, les atteintes aux libertés, les diversions visant telle ou telle catégorie sociale de boucs émissaires, les musulmans, les migrants, les chômeurs, les quartiers populaires, les minorités sexuelles, etc..  , tout ce qui peut nourrir la division entre catégories sociales dominées, tout ce qui peut obscurcir la nécessité de s'en prendre, d'une manière ou d'une autre aux intérêts fondamentaux du grand capital et de son secteur dominant actuellement, le grand capital financier.

C'est pourquoi, tant que ne grandira pas dans l'opinion publique, la nécessité de mesures efficaces comme la nationalisation de très grandes banques d'affaires mises sous  contrôle  démocratique, l'augmentation significatives des droits des salariés dans les entreprises, la constitution de pôle industriels publics eux aussi gérés démocratiquement dans des secteurs clé, etc., on verra fleurir des formations politiques se réclamant plus ou moins du progrès social, de l'écologie, qui promettront des réformes progressistes sans se donner les moyens de les mettre en oeuvre.

Est-ce à dire que la prépondérance actuelle des illusions social-démocrates dans l'opinion, quelle que soit la couleur dont elles se parent, rend inutile ou illusoire toute convergence politique du courant révolutionnaire organisé  avec la galaxie social-démocrate? Sûrement pas, car seul un rassemblement populaire suffisamment puissant porté par des exigences progressistes aujourd'hui largement partagées  est capable de porter un coup politique à la couche sociale dominante très minoritaire et à ses appareils politiques ou idéologiques. Seul ce rassemblement peut déclencher le murissement des conditions idéologiques et politiques propres à assurer  un affaiblissement  suffisant et suffisamment durable pour un processus qui rallume les étoiles..

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