CONTRIBUTION POUR DEMAIN

Nous sommes communistes et nous le disons: nous sommes inquiets. Ce qui suit se veut une incitation à la réflexion...Si ce qui suit est entendu comme la contribution politique de militants qui n'ont rien abandonné mais qui "avouent avoir vécu", nous aurons atteint notre but.

POUR CONSTRUIRE UN MONDE NOUVEAU, RETROUVER LES CHEMINS DE L’ESPOIR .

(Par OLIVIER GEBUHRER et PASCAL LEDERER)

* Nous sommes communistes et nous le disons : nous sommes inquiets. Ce qui suit se veut une incitation à la réflexion. Nous ne voulons pas de la réédition d’un scénario catastrophe. Les luttes sociales, écologistes , féministes sont indispensables. A elles seules, aussi importantes qu’elles puissent être pour la construction de la conscience collective, elles ne conduiront pas à créer l’alternative nécessaire. Nous ne voulons ni d’un gourou ni d’une promenade en solitaire. La réinvention nécessaire des partis politiques n’a pour nous rien en commun avec une dissolution dans une méta organisation aux contours fumeux. Si ce qui suit est entendu comme la contribution politique de militants qui n’ont rien abandonné mais qui « avouent avoir vécu », nous aurons atteint notre but.

I

1)L’angoisse, les tensions de tout ordre du confinement, vont progressivement laisser place aux hommages publics, à l’expression des souffrances liées à la perte d’êtres chers, au travail de deuil et aussi à l’espoir de la renaissance à la vie de notre pays. Ce moment devra être respecté.

2) Pendant la période terrible qui a frappé toute l’humanité, à divers degrés, tous les peuples du monde auront fait la cruelle expérience de la logique du profit contre l’humain. Elle provoque drames, conflits meurtriers et catastrophes impliquant des souffrances de tout ordre. Elle se montre incapable de répondre aux défis nouveaux qui décident de l’avenir de l’humanité comme de la planète.

Le coronavirus n’est pas la cause de la crise de civilisation dont nous sommes témoins, il en est, avec la crise climatique, l’un des révélateurs.

3) Aujourd’hui, toutes les attentions, les colères légitimes sont focalisées sur les systèmes de santé au sein desquels la France, malgré les coups portés depuis trois décennies se montre malgré tout capable de résister grâce au dévouement, à l’héroïsme de nos personnels soignants et au maintien des missions de service public. On redécouvre ainsi l’indispensable nécessité d’un service public de santé, échappant aux lois du marché, englobant toutes les dimensions y inclus celles liées au médicament.

4) Le droit à la santé, comme d’autres droits nouveaux (droit à l’éducation, à la culture, à un environnement sain, au sport, droits nouveaux,d’intervention, d’organisation professionnelle et syndicale…. ) devront être proclamés « biens communs de l’Humanité » et trouver leur traduction institutionnelle.

5)Dans tous les secteurs d’activité vitaux, le rôle des femmes s’est montré crucial. Préparer demain suppose une reconnaissance nationale complète de leur rôle dans une société où l’humain doit primer.

Mais si la focalisation actuelle sur les aspects sanitaires est compréhensible elle ne saurait dissimuler le fait que c’est l’ensemble des constituants d’une civilisation qui est convoqué.

Cette épreuve s’appuie sur plusieurs dimensions entrelacées : sanitaire, écologique, sociale, internationale.

6) La gouvernance mondiale devra être revisitée profondément à partir de ces dimensions. En particulier, l’ONU comme toutes les organisations mondiales qui en dépendent, devra être mise en mesure d’effectuer des missions trop longtemps tombées en déshérence. Ses résolutions, notamment celles qui sont relatives au respect des droits fondamentaux des peuples du monde, devront être mises en œuvre sans délai et l’ONU doit en recouvrer tous les moyens. Notre pays a le devoir impératif de s’y impliquer.

7) Les engagements planétaires relatifs aux mesures visant à préserver l’humanité de la catastrophe climatique devront être renforcés et mis en œuvre avec détermination, contrôle démocratique et évaluations régulières sans préjuger d’autres mesures importantes qui pourraient à la fois voir le jour et correspondre à des exigences majoritaires.

8) Tirer toutes les leçons de la pandémie s’impose à tous et à toutes. C’est particulièrement le cas des dirigeants de l’Union Européenne et c’est évidemment celui de ceux de notre pays. Certaines déclarations, dont celles de Emmanuel Macron, semblent aller dans ce sens. Comment nos compatriotes pourraient -il y être insensibles ? Des déclarations de cette nature ont toutefois vu le jour dans un passé récent sans que les actes ne suivent ….

Nous sommes lucides : à nouveau, les voix des plus acharnées à détruire les fondements des services publics, à renforcer les pouvoirs sans partage des banques et des compagnies d’assurance sur notre vie, à détruire l’environnement, à préserver coûte que coûte profits des actionnaires et flux financiers spéculatifs, se font entendre quotidiennement : telle est l’expression des premiers responsables. Leurs propos, jusqu’à ceux entendus aux Etats Unis d’Amérique, à la limite de la monstruosité, s’acharnent à préparer l’opinion à des cures nouvelles et dévastatrices d’une austérité sans fin. En France, ces dispositions ne peuvent que s’accompagner d’autoritarisme renforcé, d’atteintes profondes aux droits et libertés fondamentales, de xénophobie, de discriminations sociales et racistes. Nous n'en doutons pas : le pouvoir actuel cherche les moyens d’un renouvellement de son mandat acquis déjà une première fois dans des circonstances exceptionnelles, mettant en pleine lumière les terribles effets de l’absence d’alternative à gauche.

*II)

1) Nous l’affirmons : on ne construira pas un monde réellement nouveau en se pliant aux exigences des forces « qui n’ont rien compris et rien appris ».

2) Le rôle de la BCE doit être le financement direct des Etats et non du système bancaire. Les traités de libre-échange, tel le CETA doivent être dénoncés. Les règles d’airain des traités européens, particulièrement celles qui prétendent régir l’endettement public, la concurrence, le commerce, d’autre part le rôle du FMI et de la Banque Mondiale devront être profondément modifiés pour répondre aux immenses besoins des populations. L’annulation de la dette publique en Afrique notamment est une exigence immédiate.

3) Evoquer le rôle central des services publics ne suffit pas. Les considérer comme une charge, un coût, et les réduire à une fonction régalienne est l’antipode de la réponse indispensable à la crise dont le système de santé, après bien d’autres et avec d’autres, a été le révélateur.

Ils doivent être les moteurs comme les garants de l’intérêt commun. Ils doivent garantir le statut des personnels qui les servent, en en faisant des citoyennes et citoyens à part entière disposant des droits nécessaires à l’accomplissement de leurs missions, sans subordination à la raison d’Etat. Ils doivent disposer des moyens stables et récurrents d’assurer la totalité de leurs missions.

4) Pour les forces de progrès, les forces de gauche, les forces qui se réclament d’une transformation sociale au service de l’Humain, le défi est historique.

Aucune de ces forces ne peut imaginer être seule en mesure d’assurer l’alternative politique dont le besoin se fera sentir de façon aiguë. Aucune de ces forces ne peut prétendre, seule, à disposer des solutions à mettre en œuvre pour ouvrir à nouveau la perspective des « Jours heureux ». Mais toutes peuvent et doivent y contribuer. Ensemble.

5) Même alors qu’elles y seraient prêtes, et cela urge, même alors qu’elles seraient disposées à abandonner les querelles byzantines, les chapelles et les egos, leur mise en commun nécessaire, essentielle, n’y suffira pas.

6) Tout nous semble imposer de créer les conditions d’une puissante vague d’initiative populaire et démocratique. Tout nous semble imposer que nos compatriotes trouvent, dès le « jour d’après », les lieux de confrontation, de contribution, de décisions qui jusque-là dans toutes les expériences antérieures ont fait si cruellement défaut. Investir tous les lieux de communication permis par les moyens numériques s’impose. Ils ne sauraient remplacer les échanges directs ni faire oublier la fracture numérique qui prive nombre de nos compatriotes des couches les plus populaires d’expression individuelle et collective.

7 )« S’unir, s’exprimer, confronter pour construire du commun » doit devenir impératif pour toutes et tous.

8) Que faire ? Que proposer qui ne soit pas la réédition cocasse et tragique d’un passé fût-il glorieux ? Que dire de nouveau qui ne soit pas la source de nouveaux échecs, de nouvelles illusions et désillusions ?

Personne ne part de rien. Etudier mieux ce qui a été la caractéristique de grands moments ou d’initiatives malheureuses est, nous semble-t-il, la première des exigences. Il ne manque pas d’expressions pour se référer au CNR à titre d’exemple. Sachons distinguer le contenu de l’étiquette. La droite politique et les forces qu’elle représente sortaient de l’Occupation affaiblies ou discréditées. Les éléments d’un courant de droite sociale s’étaient affermis dans la Résistance à l’occupant nazi. L’idée d’une reconstruction nationale était très largement majoritaire. L’idée d’une « voie française au socialisme » s’était manifestée par un éditorial fracassant au Times. Aucune de ces caractéristiques ne se retrouve dans la situation actuelle où la dimension nationale est indissolublement liée aux aspects mondiaux et européens et où le courant social de la droite politique en France n’existe plus qu’à l’état de trace. Les dangers qui menacent l’existence même de l’Humanité comportent celui que représentent les forces de l’obscurité fasciste qui relèvent la tête, mais ce qui domine c’est la menace de l’anéantissement nucléaire et celle de la catastrophe climatique. Le désarmement nucléaire global est à l’ordre du jour comme l’est la réduction drastique des émissions de gaz à effets de serre.

9) Si, comme nous l’avons dit, tout nous semble imposer de créer les conditions d’une puissante vague d’initiative populaire et démocratique et donc d’en créer les lieux d’expression, de confrontation et de décision dans la plus grande variété possible, comment les concevoir ?

10) Nous pensons devoir aller au-delà de souhaits vagues et formuler quelques principes directeurs.

11) Dans ces lieux nouveaux, les militantes et militants organisés s’y exprimeraient avec la volonté d’accepter les conditions du débat public démocratique. Importantes, leurs contributions ne sauraient revêtir par avance aucune autorité de principe. Partout, la règle reconnue et acceptée devrait être l’autorité de l’argument, l’expression d’une volonté largement majoritaire.

12) Les courants et sensibilités qui aspirent à des transformations profondes du système social, économique, politique, ont, ensemble des points communs et des différences, voire des désaccords. Les premiers ne sont pas plus importants que les seconds. Leur nature n’est pas la même. La diversité des approches ne crée pas par elle-même une dynamique populaire nouvelle, son moteur est constitué du travail respectueux de cette diversité.

13) Il nous semble, dans cet esprit, que toutes les forces disponibles, associatives, syndicales, politiques, citoyennes, devraient être convoquées : collectivités territoriales de gauche et écologistes, élus de gauche et écologistes départementaux et régionaux pourraient mettre locaux et moyens à disposition de ces lieux citoyens nouveaux, y apporter leur expérience en tant que de besoin.

14) Ne serait-il pas, dans ce même esprit, envisageable de constituer au niveau national, un Conseil National citoyen – ou toute autre forme assurant les mêmes missions – comportant à la fois, dans des proportions à déterminer, forces politiques, associatives, forces de l’économie sociale et solidaire, féministes, et syndicales d’une part, citoyen(nes)s non organisé(es)s de l’autre ?

15) Cette structure nationale ne se substituerait pas aux formations politiques existantes, qui gardent leur personnalité propre et leur capacité d’initiatives.

16) Les débats du Conseil National Citoyen doivent être publics, avec pouvoir d’animation locale. Il devra avoir pour première tâche de stimuler, collecter et diffuser les expressions populaires locales avec le souci majeur d’ateliers législatifs, c’est-à-dire l’écriture des fondements de textes à vocation législative.

Fédérer, impulser, rassembler, telle devrait être sa mission à l’antipode d’enjeux de pouvoir.

17) Au vu d’expériences passées, la constitution du Collège citoyen revêt une importance toute particulière. Votation citoyenne à partir des lieux locaux, désignation par les assemblées citoyennes régionales, tirage au sort …, toutes les modalités peuvent être envisagées si prévaut l’expression majoritaire de la volonté de s’impliquer dans le travail commun.

De telles initiatives seraient, à notre sens, en mesure, de façon offensive, de battre en brèche le scénario catastrophe mûrement réfléchi visant à sauver les ressorts d’un système, le capitalisme, qui moins que jamais ne peut prétendre assurer un avenir pour les humains et la planète. Nous vous convions à y réfléchir avec nous.

 

 

 

 

 

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