Réflexions sur les élections européennes

Quelques réflexions que m'inspirent le résultat des élections européennes en France (2019)

Réflexions sur les élections européennes

Le résultat confirme la responsabilité du gouvernement Macron/LaREM dans la montée de l'extrême droite. Avec deux années au pouvoir avec tous les leviers et instruments de pouvoir, La politique de Macron amène le RN à renouveler à peu près son score de 2014. L'ultra libéralisme nourrit le FN.

Une deuxième observation concerne la FI. Soutenue par le PCF, elle faisait 19,5 % en 2017. Réduite à elle même, elle se retrouve à 6,6%, à égalité avec le PS/PB. FI perd 1070 000 voix par rapport au 1er tour des législatives de 2017, soit 43% de ses voix. Certes, elle a contribué à empêcher l'élection de députés communistes au Parlement Européen. Mais elle a la lourde responsabilité, d'avoir, avec sa politique hégémonique, avec ses structures sans démocratie, sa direction autoritaire, sabordé les possibilités de rassemblement des forces de gauche.

EE-LV, a capitalisé sur l'émergence récente de la conscience de l'urgence climatique. Son score de 13% est dû en particulier à une opinion publique et une jeunesse, en plein éveil sur ces questions, qui ont sous estimé le danger du virage à droite de EE-LV. Yannick Jadot a clairement fait savoir aux dirigeants de la grande finance et aux actionnaires principaux des grands groupes industriels, avec sa posture « ni droite ni gauche », qu'il ne leur voulait aucun mal. Ainsi, Le mouvement supposé lutter pour l'écologie n'a pas de proposition pour affaiblir et contrôler les forces sociales principales responsables du réchauffement climatique. On peut parier sans grand risque que bien des électeurs de Jadot aux européennes seront amèrement déçus...

Les résultats du PCF sont un grave revers. Il nuit aux forces populaires et à leur capacité à combattre les dégâts sociaux et environnementaux causés par les intérêts capitalistes dominants La campagne a certes révélé le talent de Ian Brossat, nouvelle personnalité politique communiste appréciée largement à gauche. Depuis six mois, le PCF a été assez largement visible. Le mérite de la campagne a été de mobiliser largement les militants. Mais on doit s'interroger sur le résultat politique que représente son score de 2,5%. et 566 330 voix, soit 0,2% et 49200 voix de moins qu'au 1er tour des législatives de 2017. [Ce résultat national contraste avec le progrès du PCF à Paris (3,7% en 2019) sans doute dû à l'activité depuis 2014 des élus communistes et de Ian Brossat au Conseil Municipal de Paris]. Ni l' excellent porte parole, ni les efforts militants, n'ont pu compenser les erreurs politiques de la campagne. Le PCF issu du 38 ème Congrès, traumatisé par la posture anticommuniste de Mélenchon, et le résultat des législatives de 2017, a fait l'analyse qu'il lui fallait être visible. De fait, et il faut s'en féliciter, Ian Brossat et le secrétaire national du PCF ont été assez visibles dans les media. Mais perdre 3 députés au PE ne nous rendra pas plus visible, cette perte est un coup porté à notre capacité d'influer, entre autres, sur les politiques européennes, sans compter le coup porté à nos ressources finnacières. En 2014, dans le cadre d'une politique qualifiée au 38ème Congrès « d'effacement », le PCF avait élu 3 députés au Parlement Européen.

1) Au cours de cette campagne, le capital politique historique du PCF comme moteur du rassemblement populaire, et donc des forces politiques de gauche, a été dilapidé, au point que l'électorat le plus proche du PCF le blâmait à égalité avec FI ou EE-LV ou Génération.spour le manque d'unité à gauche. Vouloir le rassemblement des forces démocratiques autour du PCF est une sérieuse erreur. Le PCF peut et doit être le catalyseur du rassemblement sur un contenu progressiste. La direction du PCF a-t-elle sérieusement cherché à établir une liste commune avec Génération.s ? On a laissé au PS avec Glucksman et Larrouturou le mérite d'un rassemblement de diverses forces de gauche...

2) Le PCF a cessé d'apparaître comme parti le plus déterminé à lutter contre le fascisme . La critique juste et nécessaire de la politique de Macron a par contre délaissé la critique du RN. L'affirmation de notre politique d'accueil des migants l'a été en critiquant Mme Loiseau, ce qui était juste, mais sans mettre en cause le RN.

3) Depuis le 38 ème Congrès , le PCF a délaissé la prise en compte des intérêts des couches salariées à forte qualification professionnelle, pourtant durement attaquées par la politique de Macron. Réclamer la revalorisation des salaires des seules catégories C de fonctionnaires est une grave erreur. S'il est juste de se présenter en défenseur des infirmières, des postiers et des chômeurs,le PCF ne peut délaisser les couches de salariés qualifiés(cadres, techniciens, ingénieurs, professeurs, personnels de l'ESR, etc. ) qui sont elles aussi victimes du capitalisme en crise. De ce point de vue, la réponse à la Conférence des Présidents d'Université (CPU) qui les traite en ennemis de classe ne va pas aider notre travail auprès des personnels de l'ESR.

4) Le PCF est le seul parti qui prend en compte la simultanéité de la crise du capital et de la crise climatique ; le seul qui prend en compte l'imbrication de ces deux crises, la nécessité de combattre en même temps le réchauffement climatique et le pouvoir des grands groupes capitalistes. Mais la campagne n'a pris que tardivement en compte, et de façon peu audible, la crise écologique et la lutte contre les Gaz à Effet de Serre (GES). En réalité, non seulement la défense du mix énergétique incluant le nucléaire n'a jamais été faite, mais il y a eu ambiguïté sur la « sortie du nucléaire », alors qu'on ne peut prétendre lutter contre les émissions de GES sans l'apport du nucléaire civil.

5) L'élection européenne aurait dû être l'occasion pour le PCF de développer des propositions positives capables de susciter la mobilisation pour une Europe de progrès social, écologique et féministe, respectueuse des souverainetés nationales. Notre discours a longtemps été trop limité à la juste critique des traités. On a laissé au PS/PB le slogan « donner envie d'Europe écologique et sociale »

Les dangers de la politique de Macron, du niveau dangereux de l'influence du RN, exigent une analyse sans complaisance des défauts de nos orientations au cours de cette campagne, et des corrections indispensables pour y remédier. La base électorale actuelle, notre potentiel militant et nos élus doivent permettre de mettre en oeuvre une politique qui vise au rassemblement des forces populaires sur un contenu progressiste.

 

 

 

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