Lettre ouverte à M. Nicolas Hulot

Cette lettre à Nicolas Hulot lui suggère de nommer clairement ce «modèle économique qui n'est pas la solution, mais le problème». Elle suggère quelques pistes pour une action «en grand» pour l'écologie, le social et la démocratie

Lettre ouverte à Nicolas Hulot

par Pascal Lederer, Directeur de recherche honoraire au CNRS.

 

Dans votre adresse à la jeunesse, vous l'exhortez à agir pour la transition écologique, à s'adresser « aux politiques » pour qu'ils fassent les choses en grand. Vous dites à juste titre : nous n'avons plus le temps, si on n'agit pas tout de suite, ce sont les enfants d'aujourd'hui qui affronteront les catastrophes du réchauffement climatique.

 

M. Hulot, vous êtes la personnalité préférée des Français; votre démission du gouvernement Macron-Philippe a été un électro-choc pour des millions de concitoyen-ne-s.

Vous dites qu'il faut changer de « modèle économique », qui n'est « pas la solution, mais le problème ».

Vous le savez, vos paroles peuvent déclencher des actes, mettre en mouvement de grandes forces; dans la jeunesse, mais pas seulement. L'anxiété devant les avertissements du GIEC étreint nos concitoyens au delà de la jeunesse, même si c'est la première concernée. Vous demandez à cette dernière qu'elle exige « des adultes » des mesures économiques, sociales, politiques, à la hauteur.

En même temps, M. Hulot, allez vous au bout de votre pensée ? Vous dites garder de bonnes relations avec M. Macron, vous lui parlez, votre estime pour lui est entière...

Mais pensez vous sérieusement que ce Président et ce gouvernement aient la moindre intention de s'en prendre à ce « modèle économique », à sa logique qui nourrit le dérèglement climatique, à ces décisions économiques et politiques prises chaque jour qui en sont la cause ?

Pourquoi ne pas dire qu'il faut s'en prendre « en grand » à la logique de l'accumulation financière de profit à court terme ? Ce  « modèle économique » n'a-t-il pas un nom, une réalité écrasante ? N'est-il pas temps de nommer ce « modèle » dont les lobbyistes murmurent à l'oreille du Président ? Qu'attendez vous pour mettre en accusation le système capitaliste, prédateur des humains et des ressources de la planète ?

Oui, la mobilisation de la jeunesse est une excellent nouvelle ! Mais « les adultes » sont-ils véritablement l'adversaire qu'il faut lui désigner ?

Que pensez vous d'exiger, par exemple, la prise de contrôle démocratique de ces grandes banques qui financent encore et toujours la production des combustibles fossiles, parce que cela rapporte gros? La Société Générale et la BNP, deux banques d'envergure mondiale, si on les soustrayait aux investisseurs privés, pourraient enfin financer des productions utiles et écologiques ; encore faudrait-il pour cela que les salariés y aient un rôle décisif. Voilà une mesure « en grand » qui signalerait enfin une politique économique nouvelle, démocratique et efficace contre le réchauffement climatique !

Le GIEC, vous le savez, dit que la transition écologique a besoin, à côté des énergies renouvelables, d'un développement du nucléaire civil. Vous dites que le nucléaire produit des déchets radioactifs à long temps de vie. Face au temps qui manque – à peine quelques années – pour éviter que le réchauffement du climat ne dépasse les deux degrés, est-il raisonnable d'invoquer contre le nucléaire les temps longs des déchets radioactifs ? Les solutions existent, et la recherche pour les sécuriser davantage est indispensable. Mais l'urgence n'est-elle pas plutôt d'une maîtrise publique totale et démocratique de la filière nucléaire, sans sous traitance privée ?En quoi la fermeture prématurée de Fessenheim va-t-elle diminuer les émissions de GES ? Et le ferroutage, n'est-il pas urgent de l'imposer?

 

L'ambition écologique, l'ambition sociale, et l'ambition démocratique ne sont-elles pas à réconcilier ?

 

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