Analyse de la discussion lors du CN du 12 décembre

les citations d'interventions lors du Conseil National du PCF le 12 décembre montrent que trois lignes sont en discussion pour la présidentielle et les législatives de 2022

A propos du Conseil National du 12 décembre 2020

Je discerne dans la discussion passionnante lors du CN du PCF le 12 décembre trois lignes principales, qui ont des recouvrements et des différences. Je les appellerai les lignes a, b, c.

Toutes s'inscrivent dans la visée communiste du dépassement du capitalisme. Elles diffèrent par les moyens à mettre en œuvre dans les conditions politiques concrètes à venir.

Ci dessous des extraits (verbatim) de diverses interventions, puis quelques commentaires perso.

I les enjeux

Les 3 lignes diffèrent d'abord par l'énoncé de ce qui constitue, pour chacune, la ou les questions principales :

a)comment répondons-nous à l’urgence sociale et à la colère du monde du travail ? Quelles sont les véritables leviers pour répondre à l’urgence climatique ? Comment allons-nous nous attaquer au mur de l’argent et reprendre le pouvoir à la finance ? Et donc comment allons-nous mettre la démocratie au coeur de notre projet, une démocratie redonnant du pouvoir aux citoyens et donnant de vrais pouvoirs aux salariés ?

b) Nous devons travailler en ayant à l'esprit les questions qui sont dans la tête de millions de Français. La première d'entre elles que nous semblons éluder pour le moment: à quoi peuvent servir ces échéances pour un changement de politique et de majorité ? Ce changement politique est-il souhaitable ? Quel changement est-il possible ? Existe t il un chemin crédible pour y parvenir ? Lequel et quel est celui que nous proposons? En somme quelle est la proposition politique d'ensemble que nous voulons porter devant les Français pour répondre à leur attente de changement en 2022 ? Travailler la réponse à ces questions, c’est à mes yeux la bonne manière de donner du sens à notre campagne, et à une candidature communiste si nous la décidions

c)Le grand enjeu de la période à venir, c’est de marquer la situation politique par nos propositions radicales et réalistes et notre projet. Pour répondre à la crise, il s’agit de commencer à dépasser le capitalisme, notre projet en indique des voies. Il est absolument nécessaire de le porter dans le pays face à la crise, répondant au désarroi et à la colère

II Présidentielle

a)la situation de notre pays, l’ampleur des crises auxquelles il est confronté, le besoin du monde du travail, de la création, de la culture de voir porter leurs colères et leurs aspirations, appellent à une candidature communiste à cette élection qui, qu’on le veuille ou non, structure le débat politique dans la 5eme République. Et j’ai la conviction que le courant révolutionnaire, émancipateur, a même un devoir d’être pleinement présent dans le débat démocratique des 18 prochains mois, pour qu’une alternative crédible, radicale, s’attaquant aux racines des crises, se confronte aux logiques ultralibérales, social-libérales ou réactionnaires et les fassent reculer.

b) Concernant les élections de 2022, nous avons besoin d'un débat approfondi. Nous ne pouvons limiter le débat à la seule question de savoir s’il faut ou non un candidat communiste à la présidentielle...Travailler la réponse à ces questions,(voir partie I) c’est à mes yeux la bonne manière de donner du sens à notre campagne, et à une candidature communiste si nous la décidions.

c)Concernant une candidature communiste, certains ici ont dit « un candidat ok, mais quid du rassemblement ? », d’autres ont dit « pas de candidat communiste à la présidentielle, pour favoriser le rassemblement »... la vraie question c’est d’avoir un débat sur le contenu d’une politique, sur un projet...Elle (la conférence nationale, ndlr) devra, à mon sens, traiter décision d’une candidature, projet et propositions, équipe politique de campagne, choix du/de la candidat.

III Législatives

a)Montrons dans ce cadre quelles sont les premières mesures qui s’inscriraient dans cet objectif et changeraient toute suite et très concrètement, la vie de millions de salariés et de familles. De ce point de vue, l’élection législative doit être appréhendée au même niveau, pour faire élire et réélire un maximum de Député.e.s communistes. Faisons de la conférence nationale le lancement également de la campagne législative, avec partout où nous le pouvons, la désignation de nos candidat.e.s. dans le même mouvement. C’est la condition aussi pour mener, le moment venu, le dialogue avec toutes les forces de gauche et écologiste, soucieuses elles aussi de faire élire et réélire des parlementaires. Personne ne gagnera seul ! Une candidature à la Présidentielle ne suffit pas à construire des majorités pour gagner des élu.e.s aux législatives.

b)Notre objectif doit rester clair : nous voulons travailler au rassemblement de toutes ces forces afin de construire avec elles une solution politique, pouvant déboucher sur un pacte de majorité, mettant en oeuvre une politique nouvelle. C’est ainsi que nous donnerons de sens à une candidature à l’élection présidentielle, et plus encore du sens aux élections législatives, à la nécessité d’élire le maximum de députée-s communistes.

c)L’élection présidentielle, c’est une bataille de projet, de radicalité, d’apport d’explications et d’une posture. Nous devons y aller pour marquer la vie politique. C’est très différent des législatives de ce point de vue, où il s’agit de connaître le plus de monde dans une circonscription, d’écouter, d’être en empathie. Mais ne nous y trompons pas : marquer la présidentielle avec nos idées, notre démarche et notre parti conditionnera grandement notre réussite des élections législatives

IV) Les alliances

a) Le courant libéral de la social-démocratie aura son candidat, la FI également. Dans un tel paysage, je pense que le PCF doit assumer de présenter le sien ou la sienne. Ce n'est pas un obstacle au rassemblement, en particulier pour les législatives. Au contraire, faisons-en un atout pour élire des parlementaires communistes plus nombreux et pour des succès de la gauche dans le plus grand nombre de circonscription possible.

b) Ce serait un très mauvais de faire un choix par défaut en déclarant par exemple que nous irons à la présidentielle parce que la division à gauche est bloquée et inéluctable.

Nous devons au contraire procéder à une analyse précise du rapport des forces, des blocages et des évolutions possibles : si un chemin vers un changement de politique et de majorité est désiré par des millions de Français, quelles sont dans le pays les forces disponibles pour se mobiliser vers un tel changement ? Je pense aux forces politiques bien sûr, mais aussi aux forces citoyennes qui s'engagent régulièrement dans des mobilisations très diverses

Toutes ces forces, il nous faut les identifier, les nommer, et travailler à entrer en dialogue avec elles, pour mieux cerner les potentiels, en même temps que nous devons comprendre ce qui fait obstacle à une perspective de changement de politique pour être utile à lever ces obstacles.

Notre objectif doit rester clair : nous voulons travailler au rassemblement de toutes ces forces afin de construire avec elles une solution politique, pouvant déboucher sur un pacte de majorité, mettant en oeuvre une politique nouvelle. C’est ainsi que nous donnerons du sensà une candidature à l’élection présidentielle, et plus encore du sens aux élections législatives, à la nécessité d’élire le maximum de députée-s communistes.

c)Il va falloir aider nos concitoyens à y voir plus clair : une gauche qui fait de la taxation des riches l’alpha et l’oméga de la politique, ça ne va pas. Une gauche qui considère le « social » comme un accompagnement pour faire passer le reste, par exemple l’écologie, c’est une gauche qui n’a rien compris aux forces qui empêchent de relever le défi climatique et écologique, qui ne comprend pas au rôle du travail humain, ni des services publics. Une gauche qui ne parle que de la France et n’a pas un projet pour l’Europe et pour le monde, est à côté de la plaque, y compris pour changer les choses en France ! Une gauche qui ne parle que de nationalisations, sans parler de pouvoirs des travailleurs et de critères de gestion opposés à ceux de la rentabilité financière, c’est une gauche qui n’a pas compris les échecs de la gauche plurielle ou de 1981-82. Une gauche qui parle de la finance et de la taxer plutôt que de se saisir des banques pour un tout autre crédit, c’est une gauche qui ne fera qu’écorner cette même finance....il est difficile de ne pas avoir une impression de grand écart entre affirmation communistes et surplombs incessants des alliances au détriment de l’avancée de contenus, et du nécessaire débat sur les contenus pour les faire avancer..

V)Le programme

a)voir la section I) les enjeux

b) ...quelle est la proposition politique d'ensemble que nous voulons porter devant les Français pour répondre à leur attente de changement en 2022 Le congrès, lui, a besoin d'entreprendre, pour un horizon qui va bien au-delà de 2022, un travail plus ample sur l'analyse du moment historique dans lequel nous nous trouvons, pour remettre sur le métier, 100 ans après la naissance de notre parti, le chantier du communisme dans les conditions nouvelles de cette période. Pourquoi, alors qu’un changement de société est à l’ordre du jour et correspond à une aspiration grandissante, notre parti et ce qu’il représente est il aussi affaibli ? Cette question mérite à nouveau du temps de travail, de la réflexion, et l’implication maximale de tous les communistes.

c) 5 axes majeurs de notre projet :1) Une Sécurité d’emploi et de formation pour une autre relation au travail, et une nouvelle production écologique et sociale 2) Un essor nouveau des services publics. 3)La démocratie 4)Le monde. Pour une autre mondialisation, de paix, de partage, de culture commune, de développement des biens communs. 5)La liberté, la dignité. Pour une société de l’émancipation

(les différents axes sont détaillés dans l'intervention originale).

VI)Mes commentaires

Je vois dans ces 3 propositions a, b, et c deux propositions nettement différentes (b etc) et une proposition intermédiaire, qui me semble manquer de cohérence.

Deux propositions, (a et c) décrivent, de façon moins détaillée pour a que pour c un squelette de programme du PCF. Le danger de cette démarche est de créer des béances programmatiques. Par exemple ni a ni c n'ont un mot pour les aspirations féministes. Le principal animateur de la proposition c ne dit  rien  sur le réchauffement climatique Ce manque est-il un oubli accidentel, ou un choix théorique ? Il faut remarquer qu'en 2017 le texte de la tendance « Manifeste etc. » présentait le même manque, corrigé dans le texte final du 38ème congrès par la discussion collective.

La proposition b propose d'élaborer un programme en partant des aspirations des gens, en débattant avec les forces diverses représentatives des couches sociales intéressées au changement progressiste pour déterminer un programme unificateur possible et  capable de réunir une majorité.

La proposition b est la seule qui pose la question de ce qu'il est possible de réaliser comme changement à l'occasion de la présidentielle. Elle considère que le rassemblement visé par le PCF doit inclure touts les courants politiques, syndicaux, associatifs. Il faut examiner si et comment l'élection présidentielle peut mener à un changement de politique et de majorité. La situation politique ne peut être considérée comme figée, il faut prendre en compte prioritairement les aspirations populaires au changement, analyser les blocages, les possibilités de changement, les conditions de la bataille pour rassembler ; elle propose d'agir pour faire bouger les lignes, de discuter avec toutes les forces qui veulent changer de politique, de travailler à un pacte de majorité avec le maximum de ces forces pour une politique nouvelle. Le pacte de majorité concerne présidentielle et législatives. C'est en fonction de ces questions et des réponses apportées que la décision d'un candidat PCF, ou pas, à la présidentielle peut être posée.

La proposition c considère que le rassemblement doit se faire autour du PCF. Elle écarte toute alliance avec d'autres forces, toutes incapables de s'opposer au capital. Le PCF détient seul les propositions indispensables. L'élection présidentielle est un moment de pédagogie pour faire connaître les propositions PCF au peuple. Le dépassement du capitalisme selon cette proposition est à la fois à l'ordre du jour et rejeté à un avenir non défini. La présidentielle est perçue comme servant à améliorer la conscience populaire de la nécessité des propositions PCF, à un renforcement du PCF . Ce dernier serait la condition d'une prise du pouvoir (sans alliances?), mais pas à l'ordre du jour de la présidentielle. Le PCF dispose des connaissances, notamment économiques, pour changer ; la candidature PCF, indispensable, est un outil nécessaire pour les faire connaître. La question du rassemblement n'est pas conçue comme une dialectique des rapports entre les différentes catégories sociales, leurs courants idéologiques, et les formations politiques dans lesquelles elles se reconnaissent. La proposition assez détaillée de programme du PCF fait le silence sur les aspirations féministes, et la seule mention de l'écologie, au détour d'une phrase, est plutôt critique. Ces deux absents étaient ceux du texte alternatif « Manifeste etc . » en 2017 (adopté ensuite comme base commune) et fortement amendé das le texte final du 38ème Congrès. Or ces carences du texte initial rappellent que si le PCF a souffert de retards dans la prise en compte d'exigences nouvelles dans la lutte contre le capital, exigences qui lui ont été apportées par le mouvement social, le mouvement féministe et celui contre le réchauffement climatique. Considérer que le PCF détient seul la vérité, et que la question est celle de la pédagogie renvoie à la conception du parti guide, un pas en avant des masses, conception dont l'histoire a démontré les limites et les dangers.

La proposition a semble hésiter entre deux conceptions :  un parti guide, détenteur de la vérité, ou un parti immergé dans le peuple « comme un poisson dans l'eau », soucieux de lui être utile ? Elle parle de répondre à la colère sociale, elle pose la question de répondre à l'urgence climatique, elle parle de premières mesures pour changer la vie de millions de salariés, elle parle d'alliances pour les législatives « le temps venu » ; elle se concentre ensuite sur la question de « prendre le pouvoir sur la finance », sans suggérer de méthode pour ça. La situation de division actuelle des forces de gauche est considérée comme insurmontable, et justifie une candidature PCF à la présidentielle ; la proposition veut partir des aspirations populaires, mais considère que la présidentielle serait une tribune pour faire connaître les propositions communistes de changement radical, à réaliser sans doute plus tard. Elle insiste sur le lien entre campagne du candidat PCF à la présidentielle à la campagne pour les législatives.

Elle énonce : »le courant libéral de la social-démocratie aura son candidat, la FI également. Dans un tel paysage, ... le PCF doit assumer de présenter le sien ou la sienne. Ce n'est pas un obstacle au rassemblement, en particulier pour les législatives. » On peut penser (c'est mon cas) que la présentation d'un candidat ne peut manquer de stimuler des divisions, surtout si elle s'annonce comme irrévocable.

Autres thèmes de la discussion : la proposition a été faite d'ajouter la question des législatives à l'ordre du jour de la Conférence nationale. Plusieurs interventions ont insisté sur les législatives.

Si certains intervenants considèrent que la candidature PCF à la présidentielle est nécessaire, d'autres l'ont considérée comme nuisible aux objectifs du PCF, d'autres (notamment la proposition b) que la question ne pouvait être tranchée sans débat de fond sur les objectifs, leur possibilité de réalisation lors de la présidentielle, sur les forces en présence, les évolutions politiques possibles, et etc..

La question du rôle du PCF a fait l'objet d'interventions divergentes, comme le montrent les citations suivantes :

*Notre vocation en tant que communistes est avant tout de changer le cours des choses et non pas de s’inscrire dans une démarche de témoignage.Face aux urgences dont je parlais et qui mettent dans la rue des centaines de milliers de personnes -alors qu’il devient de plus en plus difficile de manifester- l’espoir d’un changement ne sera pas porté par une candidature communiste.

*Notre identité communiste ce sont bien évidemment nos valeurs, nos propositions mais c’est aussi notre capacité à permettre à notre peuple de trouver un chemin pour sortir d’une situation aussi préoccupante et, dans le contexte actuel où les forces de l’extrême droite progressent à grands pas,je pense que le seul chemin à construire c’est celui du rassemblement et c’est ce qui est attendu par ceux qui sont aujourd’hui en lutte.

*Un point qui va beaucoup peser dans la préparation de l’élection présidentielle et dans celle du congrès : les élections législatives...il est très important de faire élire davantage de députés communistes mais l’objectif principal de notre stratégie électorale ne peut pas se limiter à défendre notre place dans les institutions de la Vème République pourrissante. Cela donne donc une tout autre signification à l’élection présidentielle. Loin d’être un mauvais moment à passer en attendant les législatives, elle peut être un moment décisif pour proposer à nos concitoyens de transformer la défiance en résistance et le ressentiment en action pour des changements révolutionnaires...Quand nous menons notre campagne emploi sur le terrain, on sent que nous sommes au coeur des préoccupations des gens quand nous parlons d’éradiquer le chômage. C’est-à-dire une perspective politique révolutionnaire : sécuriser les êtres humains, pour leur permettre de conquérir de nouvelles libertés, dans le travail mais aussi dans la cité avec un essor sans précédent de la démocratie jusque dans l’entreprise, dans les relations entre les genres, les sexes et les générations, dans la vie culturelle et artistique.

*Nous devons donc concevoir l’élection présidentielle comme un moment tactique, au service d’une stratégie, au service des mobilisations populaires et des différentes échéances qui se trouvent devant nous. Nous le devons sans être pour autant indifférents au résultat de celle-ci, tant il structure la vie politique et les rapports de force.

*je ne comprends pas que ce qui est vrai en 2021 ne le soit plus en 2022. Qu’en 2021, face à la crise c’est rassemblement, et en 2022 face à la crise c’est l’affirmation du PCF....j’ai relevé trois conceptions différentes de cette candidature, trois objectifs et je peux vous dire qu’ils sont contradictoires. 1/ Témoigner de ce que nous sommes, dans une visée d’affirmation et d’identité, une candidature pour montrer que le PCF existe 2/ Faire gagner la gauche en rabattant nos voix du 1er tour vers le candidat social démocrate au second tour, ... 3/ Mettre un candidat dans la balance pour peser sur le rassemblement des forces de gauche et l’obtenir. Il faut clarifier ces lignes, elles sont inconciliables.

*...même si bien sûr candidature et propositions communistes apporteraient les bonnes réponses à la situation, ne pensons pas qu’il y aurait une automaticité entre les difficultés vécues par les gens , les mobilisations et le vote communiste. Enfin où se trouve notre démarche de rassemblement qui est dans notre ADN ?

*A propos de la présidentielle, je voudrais dire que rien n’est naturel

• Ni un quelconque candidat

• Ni le fait d’avoir ou de ne pas avoir un candidat communiste

• Ni le fait que d’avoir un candidat communiste permette de faire grandir les idées de transformation et de rupture avec l’ordre capitaliste (LO présente un candidat à chaque élection sans avoir une quelconque influence ensuite).

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