La culture du journalisme comme un acte intime

N'ayez crainte, je ne vais pas évoquer Aristote et sa fameuse notion d'acte. Je ne m'égarerai pas d'ici. Car cet aparté concerne la dimension humaine, sociale, politique de ce journal participatif. C'est donc avant tout un aparté de lecteur participatif, d'un acteur comme un autre du journal.

N'ayez crainte, je ne vais pas évoquer Aristote et sa fameuse notion d'acte. Je ne m'égarerai pas d'ici. Car cet aparté concerne la dimension humaine, sociale, politique de ce journal participatif. C'est donc avant tout un aparté de lecteur participatif, d'un acteur comme un autre du journal.

N'étant pas journaliste, ni de formation, ni de métier (de par mes activités éditoriales), je n'ai aucune gêne à dire que j'aime ce métier qui est le leur, aux journalistes, qui consiste, à bien y regarder, à ajouter de la vie à la vie. Comme sur le fil des choses : au fil de ce temps qu'est l'actualité. Et souvent sur le fil du rasoir.

Car on peut discuter, et opposer, l'actuel et le présent. On doit même. Mais il n'en demeure pas moins que c'est une activité bien plus que séduisante, sur le papier, que celle d'informer comme on vit au jour le jour. Parce que comme le dit si justement Benjamin Fondane, la vie, c'est ce vécu « imminent », qui va arriver, qui arrive. Un vécu qu'il faut au moins reconnaître comme tel, si on veut se donner une chance de l'appréhender aussi comme un créatif et non simplement un passif à régler entre soi et soi.

Au travers des idées générales, des valeurs, des pratiques, sur lesquelles repose une culture (peu ou prou partagées par la collectivité), il y a aussi que la culture est un acte. Et un acte d'appropriation intime, qui est le fait de chacun. C'est tout l'enjeu (prometteur) d'un journal participatif que de s'en faire l'écho, sans exclusive. On comprend aussi, en passant, pourquoi certains lecteurs ne supportent pas que le Président Sarkozy s'approprie la mémoire des fusillés pour l'exemple de la Grande Guerre. Et on comprend aussi, du même coup, pourquoi, il a le droit de le faire en tant que personne (ce qu'il est, même si, bien sûr, la question doit être posée, simultanément, prioritairement sans doute, dans sa situation actuelle, sous l'angle de la lecture politique de son statut d'homme d'Etat).

C'est donc bien, me semble-t-il, cet acte intime d'appropriation, omniprésent dans le journal, reproduit par chacun, qui le fonde à être un vrai journal participatif. Pour ce qui est du journal même (des journalistes), certains champs d'investigation, parce qu'ils posent des problèmes de société, sont sans doute plus à même d'aller dans le sens de cet « acte intime », bouclant la boucle en quelque sorte de Mediapart. C'est particulièrement perceptible quand des problèmes en apparence mineurs ouvrent sur une dimension humaine et sociale (là le mariage d'un couple de nationalité mixte, ici le cas des couples divorcés, ou ailleurs encore dans les témoignages sur Mai 68). C'est alors toujours de l'intime, à la force de l'acte écrit, qui se teinte d'affect, de cette affectivité qui est la couleur fondamentale de la vie, si à même de se mélanger (comme on dit des couleurs) des uns aux autres. C'est alors que cette écriture du journalisme (et pas seulement des journalistes, on l'aura compris) doit trouver la juste distance. De celles qui n'éloignent pas, mais bien au contraire rapprochent. Autrement dit, à l'affect d'une situation associer l'intellect d'un Autre. Et vice versa. Alors, peut-être, chacun soulèvera dans ce grand chapiteau un coin de ce qui fut, de ce qui est sa mémoire « première » : ni plus ni moins que la vie telle qu'elle lui fut narrée, telle qu'elle s'écria et telle qu'elle s'écrira.

Dessin © Damien MacDonald

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