Ici, les fleurs de la poésie algérienne

Plus qu’une anthologie, c’est un véritable « précis » de la poésie algérienne de langue française qu’a dressé Samira Negrouche en réunissant à l’enseigne des éditions de l’Amandier onze auteurs dont les plus anciens sont nés dans les années 1930, et les plus jeunes, nés au début des années 1980, ont connu l’école algérienne contemporaine arabisée.

Plus qu’une anthologie, c’est un véritable « précis » de la poésie algérienne de langue française qu’a dressé Samira Negrouche en réunissant à l’enseigne des éditions de l’Amandier onze auteurs dont les plus anciens sont nés dans les années 1930, et les plus jeunes, nés au début des années 1980, ont connu l’école algérienne contemporaine arabisée.

Précis de la poésie algérienne, car elle-même poète, Samira Negrouche s’est pleinement impliquée, motivant ce tableau intitulé Quand l’amandier refleurira pour en extraire une contribution essentielle à la création contemporaine. Tout d’abord, bien sûr, en motivant ce livre par le fait d’armes, d’appropriation qu’est l’expression française de ces poètes algériens : il n’est alors que de la brandir comme ce « butin de guerre » cher à Kateb Yacine pour en retracer aujourd’hui « une généalogie algérienne ouverte et libérée », selon les mots mêmes de Samira Negrouche.

C’est cette voie dégagée par les œuvres fortes de prédécesseurs algériens – Mohammed Dib, Tahar Djaout, Jean Sénac, dont répondent ici les présences de Malek Alloula, Habib Tengour, Hamid Tibouchi (donnant de surcroît de superbes encres pour ce volume) –, tout aussi curieuse des poètes français et arabes, qui ouvre ce parcours de découvertes vers Mohamed Sehaba, Youssef Merahi, Hamid Nacer Khodja, Yamilé Ghebalou.

 © Hamid Tibouchi © Hamid Tibouchi

À un autre aîné, Djamal Amrani, disparu en 2005, et qui dut endurer toutes les épreuves traversées par son pays, de la guerre contre l’armée coloniale française jusqu’à la dernière guerre civile des années quatre-vingt-dix, il revient de clore ce livre par les vers emplis d’espoir « Ici, quand l’amandier / refleurira ». Vers néanmoins suspendus à la coupe qu’efface le titre donné à l’ouvrage livrant d’un seul tenant cette promesse dans l’avenir : Quand l’amandier refleurira.

« Ici », car c’est aussi de cette Algérie actuelle qu’il est donné d’entendre quelques voix de la toute nouvelle génération. Celle de Samira Negrouche, dont le lyrisme ne tait rien des souvenirs « vécus », de ceux qui hantent au point de sembler précéder l’existence même : « partir c’est /encore la vie / derrière soi ». Ou bien : « [...] tu croyais le soleil /intarissable / tu n’avais pas vu : /la lanterne est froide ».

Il y a aussi Amine Aït Hadi (né en 1982), « membre actif de la secte des éboueurs de l’âme et des sans étoiles fixes S.E.F. » :

« Mon corps est ma demeure,
Quand je l’habite mon ventre est une pièce modulable

Une Alice Carroll, un gant de cuir, une mosquée, un

manoir lubrique.

Sa tige est ma maison, mon domaine, mon dôme, mon château.

L’hôte des grands soirs, le Versailles de mes entrailles

L’invitation au monde. »

Et enfin Mohamed Mahiout (né en 1984), « qui doit beaucoup aux toupilles de lui avoir appris la géométrie et aux clous de l’avoir initié à l’art » :

« Suite
Au sommeil des égorgés
Le croc 3 onguiculé
Caresse nos mentons
Dans un soyeux ordre d’appel

Tenu à mi-eau
Pour garder la tête haute
Et mieux observer la chute

Qu’est-ce que cela
Veut dire ? »

Une question que l’on va désormais devoir partager avec ces poètes, au plus près, ici, tant leurs voix parvenues nous sont déjà familières, autant que peut l’être un « archipel d’oasis insoupçonnables ».

Quand l’amandier refleurira – Une anthologie de poètes algériens contemporains de langue française établie par Samira Negrouche, avec des encres de Hamid Tibouchi, coll. « Accents graves/Accents aigus », éditions de l’Amandier, 60 p., 10 euros.

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