Patrice Beray
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Billet de blog 31 mai 2008

Des vivres pour Dominique Autié

Irréel. Le mot a connu des fortunes diverses dans nos colonnes ces jours-ci. Mais il s’applique pour moi à l’annonce de la disparition, si brutale, de Dominique Autié, éditeur et écrivain, qui, elle, pour irréelle, n’a rien d’imaginaire.

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Irréel. Le mot a connu des fortunes diverses dans nos colonnes ces jours-ci. Mais il s’applique pour moi à l’annonce de la disparition, si brutale, de Dominique Autié, éditeur et écrivain, qui, elle, pour irréelle, n’a rien d’imaginaire.

Il s’applique aussi à la façon dont cette annonce m’est parvenue – par retour de courrier électronique alors que j’écrivais à un ami que je savais malade, et encore et surtout à un être qui était devenu un pionnier de l’aventure Internet (son blog était un des plus courus sur la Toile, voire pour certains un signe de reconnaissance).

De l’écrivain, j’avais récemment aimé explorer les proses de La Galère espagnole et du Clavier bien tempéré. Nous venions alors tout juste de nous retrouver après des années, échangeant nos tropismes inversés (lui, l’homme du Nord s’étant égaré au Sud, et cet égarement était manifeste chez lui).

Les premiers temps de notre rencontre, c’était à Toulouse, au début des années 80. Dominique était aux manettes (et pour un bail) de la direction éditoriale de la maison Privat, fleuron de l’édition en région. En aîné qu’il était, il me parlait « métier » à grands pas (les siens) place du Capitole sur le chemin invariable de la rue des Arts, derrière le musée des Augustins. Comme l’an passé encore par mail, à ceci près qu’il était entre-temps devenu un pionnier de l’Internet : « (…) le blog, le site professionnel, l’ouverture du domaine à d’autres structures d’édition et de création s’inscrivent sur une sorte de fil rouge dont je discerne parfaitement le tracé : il s’agit d’anticiper la relève, d’assurer d’autres voies, d’autres méthodes de diffusion et de rayonnement à l’écrit (textimage, comme je le professe), et in fine au livre… » Car tout revenait au livre avec Dominique.

Ainsi, dans les siens, laissait-il loisible d’admirer cette présence à soi par l’écriture – ce qu’on dit en philosophie, mais là c’était sa « patte » même (ou sa griffe, lui, qui avait toute une théorie sur les portes qu’on devait tenir ouvertes pour les chats). Et c’était tout comme, à l’intérieur de ses pages, avec les motifs de chacun de ses récits : les motifs, vous savez, comme dans ces fabliaux du Moyen Age, où il n’est pas question d’un thème (par exemple, un adultère), mais d’un motif, par l’exemple, comme l’histoire d’un cœur arraché, proprement arraché, et que l’on se transmettait comme telle, sanguinolente, parce que tout autour, on savait qu’il en allait ainsi, parfois, des ratés du cœur et de la vie. Dominique appelait cela l’œuvre de chair

De même, voici comment il se proposait alors de me publier sur son site : « Sans doute l’avez-vous pressenti, vous convier sur Internet, c’est aussi une de mes façons de vous lire, d’entrer dans la chair d’un texte – comme cela m’arrivait lorsque je composais un texte au plomb, dans les sous-sols de l’Ecole Estienne, juste avant ma venue à Toulouse, à la fin des années 1970 : j’ai retrouvé, avec la programmation html, une part des joies fécondes et austères de la typographie au plomb, quand chaque lettre est un signe qui doit s’agencer matériellement dans le composteur, et que la ligne ne soit ni trop courte ni trop longue d’un cheveu ! »

Bon séjour parmi nous, Dominique, dans la Toile immaculée.

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