Un rêveur à charge (fable)

Le poète Ghérasim Luca (1913-1994) retourne le rêve contre le monde, qui le hante : c’est un rêveur « à charge ». Comme il est conté ici.

C'est un rêve. Le poète Ghérasim Luca hante les séminaires. Il s'invite. Son fantôme se dirige vers l'estrade. La salle est remplie de phonèmes aspirants, de morphèmes dont les rangs se sérialisent, puissant paradigme.

Du chœur s'élève un air repris à tue-tête : À la bonne chère de l'université, la langue est un plat qui se mange chaud... (Rires en moutonnement en direction de l'estrade.)

D'une travée, où l'on s'agite vers la sortie en brandissant des feuillets immaculés : Entendez-vous, le champ de l'écriture blanche, le champ... (Interjections : Chut ! Zut ! Assez !)

Du chœur, péremptoire, vers l'orateur muet : Ah mais ! proférez ! mais proférez !

Soudain, comme du haut d'un amphithéâtre, une vague : RRRÊVEURRR !

Courtois, le poète s'éveille et disparaît.

 

Son corps léger

est-il la fin du monde ?

c'est une erreur

c'est un délice glissant

entre mes lèvres

près de la glace

mais l'autre pensait :

ce n'est qu'une colombe qui respire (...)

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