La République, ses enfants et l’union sacrée

Mais que signifie cette injonction faite aux "musulmans" de se désolidariser de la barbarie ?

 

Il y a bien longtemps que notre République a rompu le pact et trie allègrement ses enfants, il n'y a qu'à voir qui habite où et qui travail dans quoi pour voir tout de suite de quoi je parle, mais je ne comprends pas cette injonction. Serait-ce que, d'un côté, nous aurions les blancs, innocents et légitimes et, de l'autre... tous les autres, a priori suspects et dont la légitimité resterait à démontrer, si possible les yeux baissés et dans un grand mouvement de désolidarisation pour ne pas dire de regret ?

 

Une injonction comme une assignation

 

Une assignation à rester où vous êtes. À ne surtout pas bouger. À continuer à vous taire. À continuer d'accepter. Tant qu'on n'aura pas fait la lumière. Mais la lumière sur quoi au juste ? Ces deux frères, ces deux assassins, avant d'être musulmans étaient nos enfants. Je veux dire les enfants de la République. Ils ne venaient pas d'ailleurs, ils n'ont pas été élevés ailleurs, dans une haine prétendue de la France, ils sont nés et ont grandi dans le Xe arrondissement de Paris, leur pays, notre pays.

C'est de notre échec et de notre responsabilité qu'il est question, pas d'un supposé danger venant de musulmans qui ne montreraient pas patte blanche. J'ai honte d'avoir à écrire des choses aussi évidentes et pourtant si nécessaires... Qui, hormis quelques-uns, a souligné le fait que la communauté musulmane avait payé, elle aussi, son tribu dans la perte du policier et du traducteur, probablement l'un et l'autre de confession musulmane ?

Incapable de voir en elle une communauté meurtrie dans sa chaire, on lui demande au contraire de se justifier.

 

Comment ose-t-on projeter ainsi nos propres incapacités, nos propres défaillances ?

 

Cette morale brandie au nom de la liberté est insupportable. Qui aurait l'idée de "nous" demander de nous désolidariser d'une justice qui viole quotidiennement le droit des étrangers en France ? Personne... ou si peu... or, ce ne serait pourtant faire preuve que d’un peu de justice.

Qui a proposé en son temps (il n'y a que quelques mois....) à la communauté juive de France de se désolidariser des crimes commis en son nom à Gaza ? Personne... ou si peu... or, là aussi...

 

Une défaite de la pensée

 

Ce degré zéro du sentiment d'appartenance, cette négation de la fraternité, cette défaite de la pensée est une défaite qui commence effectivement avant eux (voir à ce propos le très important article d'Edwy Plenel - http://www.mediapart.fr/journal/france/040115/l-ideologie-meurtriere-promue-par-zemmour), mais Zemmour et Houellebecq ont une lourde responsabilité dans ce qui risque ou va maintenant se passer : après l'injonction de se désolidariser des assassins, on fera donc le tri. D'un côté les bons (pour un temps...), de l'autre, les mauvais (on le savait, mais cette fois, ce sera confirmé !).

Qu'en fera-t-on ? Comme on n'osera pas leur proposer de porter l'étoile, leur proposera-t-on de porter le croissant ? À moins que ne soit plutôt retenue l'idée de "déportation" de Zemmour (je mets des guillemets car il paraîtrait qu'il ne voulait pas vraiment employer ce mot-là... Disons "déplacement massif" alors) ? Reste la proposition de Le Pen : rétablissement de la peine de mort...

 

Je ne suis pas Charlie

 

Cette boucherie est évidemment un drame. Comment ne pas le penser ? Ne pas le ressentir au plus profond de soi. J'ai été, moi aussi, bouleversé, stupéfait. Je le suis encore. Des hommes et des femmes sont mort pour avoir défendu une opinion (dont je ne partageais d'ailleurs pas toujours la forme), et c'est tout à fait insupportable. Mais il y a un "mais"... Je ne suis pas Charlie.

Témoigner de ma peine, de mon profond désarroi devant ce qui s'est passé, oui. Parce qu'effectivement, c'est moi que l'on a touché à travers cet acte. C'est moi en tout cas qui, comme des millions d'autres, a été atteint. Mais moi, je ne suis pas Charlie.

 Tant que le camp de Roms, installé à une rue de chez moi depuis des années, continuera de vivre au milieu des rats, je ne serai pas Charlie.

Tant que l'on continuera à considérer une incitation à la haine comme une opinion comme une autre, je ne serai pas Charlie.

Tant que l'on parlera de soumission ou de remplacement pour parler d'une fantasmatique invasion de la France, je ne serai pas Charlie.

Tant que l’on considérera que dire que l’on n’est pas Charlie revient à dire que l’on est du côté des assassins… je ne serai pas Charlie.

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