Entre Medine et les nouveaux nazis. La guerre civile qui vient...

Un clip du rappeur Medine a récemment attiré l'attention par son propos pour le moins radical. Intitulé "pas laïk", il s'en prend, croit-il, à la laïcité dans un salmigondis intégriste qui pourrait prêter à rire si la situation n'était pas aussi tragique.

https://www.youtube.com/watch?v=E7B45h_lAEk

Depuis des années, nous sommes nombreux et nombreuses à nous demander comment font les jeunes dits "des banlieues" pour se tenir si tranquilles malgré la violence qui leur est faite. Racisme institutionnalisé, ghettoïsation de la pauvreté, violences policières (dont les contrôles au faciès). Deux méthodes ont jusqu'à aujourd'hui suffi à contenir cette jeunesse dans une tranquilité surprenante: la honte et la prison.

La honte de ne pas coller au modèle, celle de ne pas pouvoir consommer selon les injonctions à la mode, celle d'appartenir à une classe sociale ou de porter une couleur de peau qui fait peur. Cette honte a souvent dégénéré en une haine de soi conduisant toujours aux mêmes conséquences: drogue, alcoolisme, violence contre les siens.

D'autre part, la prison, en jetant "l'effroi sur les quartiers" (Foucault) a réussi à faire plier des populations qui n'en peuvent plus de tant d'injustices.

En 2005, lorsque les "émeutes" ont surgi dans certains quartiers pauvres de France, nous avons été nombreux-ses à prédire qu'il ne s'agissait que d'une répétition générale. Car non seulement les habitants révoltés ont eu la main légère en ne brûlant que quelques poubelles, voitures et commerces. Mais surtout, ils n'ont été entendu par personne. On envoya quelques émeutiers en prison pour l'exemple et on refusa toute lecture politique à leur révolte.

J'avais moi-même, durant l'ère Jospin, mesuré la gravité de la situation dans différents quartiers populaires d'Amiens-nord, de Marseille-nord ou de Lyon-nord-est. Pour un film (la Raison du plus fort), j'y avais passé beaucoup de temps à la rencontre de jeunes désespérés, terrorisés et bien éloignés de l'image qu'en donnait la télévision. J'observai leur quotidien sans travail, ni espoir d'en obtenir, la débrouille pour survivre, la culpabilisation permanente. Au tribunal de Lyon, je rencontrai des dizaines de jeunes passés à la moulinette de la comparution immédiate. Tous étaient issus des mêmes "galères". Tous cherchaient une voie pour vivre un peu mieux. Ou juste moins mal.

Nombreux étions-nous à prédire une révolte non politique des miséreux. Une violence aveugle et irrationnelle. Car on ne peut attendre des gens placés dans le désespoir autre chose qu'une attitude de désespérés. Je me souviens de magistrats conservateurs n'ayant jamais mis un pied dans un quartier populaire, humiliant des jeunes désoeuvrés en se demandant où tout cela pouvait nous conduire.

Mais entre temps, un autre phénomène est venu se greffer à la donne sociale. Le racisme de moins en moins acceptable socialement s'est masqué derrière la défense légitime de la laïcité. La haine des Noirs et des Arabes s'est grimée en "défense" contre les Musulmans, d'abord intégristes, puis tous les Musulmans considérés comme une cinquième colonne.

La question du voile a transformé en une semaine des milliers d'hommes en combattants pour les droits des femmes alors qu'on ne les a jamais entendus sur cette question ni avant ni après. Des laïcs sincères ont oublié la complexité de la situation. On a négligé le fait que lorsque l'on parlait de Musulmans et de Musulmanes, il s'agissait essentiellement de personnes issues des couches les plus pauvres et les plus dénigrées de la société. La lutte légitime ne s'organisait pas contre un clergé puissant, contre un pouvoir d'en haut mais face à des pratiques d'en bas. Du coup, au lieu faire de la pédagogie, les grands médias ont préféré, parce que c'était plus rentable, agiter les plus extrémistes des deux camps. 

En plus des violences sociales, économiques, racistes, policières, les Musulman-e-s des quartiers populaires devraient aussi accepter d'un coup une laïcité qui ne s'adressait plus qu'à elles et à eux. Car la chrétienté a, cependant, conservé toutes ses prérogatives dans les médias publics, les visites de ministres au Vatican, ses écoles, ses symboles et références en tout genre. Le discours a été reçu cinq sur cinq: il y aurait la religion tolérée et la religion intolérable. Une image du clip de Medine montre à ce propos une none catholique très voilée tenant un panneau "no burqa"...

Cette confusion se retrouve dans tout le clip qui mêle laïcs et racistes patentés: Franc-maçons et Caroline Fourest avec Morano et Copé. Il crie maladroitement une haine que nous avions prévue. Il hurle une colère aussi irrationnelle que nous l'avions crainte.

Aujourd'hui, des polémistes racistes popularisés par les grands médias (de service public) proposent la "déportation" les populations immigrées qu'ils considèrent comme "de remplacement". 

Nous allons donc nous retrouver entre, d'une part les "nouveaux nazis" (le terme s'applique ici parfaitement) et les exclus devenus fous (de dieu). Nous n'aurons pas à choisir un des deux camps. Seulement à subir deux folies qui s'affronteront parce que nous aurons été indifférents ou cyniques.

Si nous voulons éviter un tel échec, une pareille catastrophe, il nous reste à nous les blancs, laïcs, refusant tout racisme et révoltés contre les injustices sociales, à faire savoir que nous sommes là et que nous ne cèderons pas à cette folie qui nous emporte. Il nous faut résister et dire que nous n'avons pas peur de l'autre. Car nous lui ressemblons.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.