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Billet de blog 8 avr. 2015

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"Droits Humains" VS "Droits de l'homme"

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En 1789, des hommes rédigeaient et votaient, en présence du roi, la fameuse "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen". Ce texte immédiatement illustré par le peintre Jean-Jacques-François Le Barbier, est devenu un emblème, une icône, un symbole de la République française, et même au-delà.

On a longtemps oublié que ce brouillon (le texte devait encore être amendé après le vote de la constitution puis a été conservé en l'état) oubliait la majeure partie de la société française. En effet, le "corps social" dont il est mention, ne comprend à l'époque ni les femmes, ni les esclaves (l'esclavage n'est pas aboli) qui ne bénéficient pas des droits des citoyens. La déclaration décerne donc des droits aux hommes au sens bien masculin du terme. Les femmes, à ce moment, sont encore des mineures, soumises à l'autorité du père ou du mari.

Or, une fois que les femmes ont acquis, au cours du XXe siècle, les mêmes droits que les hommes, toutes les langues ont adapté l'expression "droits de l'homme" qui sont devenus des "droits humains". L'anglais (Rights of man > Human Rights), le russe, l'allemand, l'espagnol, l'italien, le néerlandais, et même le français du Québec qui choisit l'expression "droits de la personne". La France résista à cette évolution, prétendant que les "hommes" représentent toute l'humanité et feignant d'ignorer l'histoire. Pour ne pas modifier cette habitude, on inventa un H majuscule, grammaticalement erroné et totalement hypocrite puisqu'il n'est pas employé dans les autres expressions où l'homme est censé représenter l'humanité: "l'homme a détruit la planète". On dit d'ailleurs "traite des êtres humains" et non "traite de l'homme", ce qui ne choque personne.

Il s'agit donc bien d'une résistance politique d'un groupe social dominant qui ne désire pas perdre ses privilèges. L'académie française, institution d'ancien régime et traditionnellement très machiste, est la meilleure avocate de ce non progrès et vient à la rescousse des conservateurs de la hiérarchie des sexes. L'image et le texte de 1789 sont devenus "sacrés" selon un mot de l'époque et donc, vérités révélées illustrées sous la forme des tables de la loi, elles deviennent intouchables, non modifiables. Il est assez surprenant de constater qu'à une époque où il est demandé aux tenants des différentes religions (l'une d'entre elles en particulier) d'amender leurs textes sacrés, les déclarations républicaines font l'objet du même conservatisme dogmatique, même s'il sacralise le mépris de la moitié de l'humanité.

Sandrine Mazetier, la vice-présidente de l'Assemblée nationale, a raconté, lors d'une récente cérémonie, comment des députés mettaient un point d'honneur à l'appeler "madame LE président" lorsqu'elle était au perchoir. Une de ses collègues italiennes lui a rapporté qu'il lui arrivait d'être appelée "Monsieur le président"... Corinne Bouchoux, sénatrice, a raconté le même soir comment il lui était impossible d'obtenir une carte du sénat avec la mention "sénatrice" au lieu de "sénateur". Ce qui provoque des scènes cocasses (mais aussi méprisantes) lorsqu'elle est contrôlée par un contrôleur de la SNCF par exemple.

Un amendement a été déposé par plusieurs députées, il y a moins de quinze jours, imposant l'expression "droits humains" au nom de "droits de l'homme" dans la rédaction d'une proposition de loi. Inutile de préciser que l'amendement n'a pas été retenu.

Le mouvement d'hommes pour l'égalité "Zéromacho" a donc adapté le texte original ainsi que l'image qui le porte. Quelques symboles ont été adaptés (la monarchie remplacé par un homme qui tend à la liberté un symbole d'égalité). Une cérémonie à l'Assemblée nationale a lancé cette nouvelle représentation placée sous l'égide du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCRfh) et sa présidente Danièle Bousquet. Des députées et sénatrices françaises y ont pris la parole, aux côtés de représentant-e-s du Québec et de la Belgique francophone, ou encore de l'historienne Eliane Viennot et de l'actrice Eva Darlan.

Dès aujourd'hui, plus aucune excuse ne nous empêchera de placer notre belle langue dans le concert des langues du monde qui ont validé l'égalité entre les femmes et les hommes. Les droits de l'homme sont morts, vivent les droits humains.

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