Des sénateurs socialistes aussi aiment la prostitution

Ils se passe de drôles de choses au Sénat où la misogynie est toujours à l'oeuvre. La loi sur la prostitution a été une seconde fois retoquée par les sénateurs en commission hier. A la grande joie d'un certain nombre d'élus socialistes du Palais du Luxembourg qui ne cachent pas leur plaisir de prendre une revanche sur les femmes de leur parti.

Ils se passe de drôles de choses au Sénat où la misogynie est toujours à l'oeuvre. La loi sur la prostitution a été une seconde fois retoquée par les sénateurs en commission hier. A la grande joie d'un certain nombre d'élus socialistes du Palais du Luxembourg qui ne cachent pas leur plaisir de prendre une revanche sur les femmes de leur parti.

Après un va-et-vient entre les deux assemblées, le texte sur l'abolition de la prostitution revient une dernière fois au Sénat. Et les sénateurs s'apprêtent à voter un texte idéal pour les proxénètes et les "clients" de la prostitution: les femmes prostituées pourront être mises sur le trottoir sans que rien ne l'empêche et les clients pourront jouir de l'exploitation de celles-ci en toute impunité.

Mais le plus étonnant est ce qui s'entend dans les couloirs de l'institution. En effet, il n'est un secret pour personne qu'un certain nombre de sénateurs (et de députés) cultivent la culture de la prostitution. En un mot, ils fréquentent des femmes prostituées, y compris dans leur bureau. Les huissiers appellent les "nièces" ces femmes qui se présentent à l'accueil pour un rendez-vous avec tel ou tel élu. La tradition est ancienne. Les anecdotes nombreuses et scabreuses...

Or, pour certains élus socialistes, la loi serait portée par des femmes (ministres, députées, sénatrices, anciennes députées...) qui leur forcent la main. Ils tiennent donc l'occasion de se venger de ces "gonzesses qui font chier" (sic) et de pouvoir profiter en paix des joies de l'exploitation sexuelle, loin de leur femme restée dans leur circonscription. La proximité de certains élus socialistes avec l'inénarrable DSK n'est un secret pour personne. La culture misogyne est toujours bien présente dans les deux assemblées et les discussions au bar des deux cafeterias ne volent pas toujours très haut à l'heure de l'apéro. Des assistantes parlementaires conseillent d’éviter le bureau de tel ou tel élu pour échapper à du harcèlement sexuel.

 

Une vengeance des "machos" s'organise donc dans le groupe socialiste du Sénat. Certains ne cachent pas leurs intentions. Ils vont tout faire pour saboter la loi. La testostérone est montée d'un cran hier au Palais du Luxembourg. Et ce front masculin devrait nous faire réfléchir. A titre d'exemple, alors que des représentants de la Manif pour tous ont été reçus par des ministres en exercice, le président du groupe socialiste au Sénat, Didier Guillaume, farouche défenseur du statu quo sur la prostitution n'a, non seulement, jamais accepté de recevoir le collectif de 60 organisations abolitionnistes, mais son secrétariat n'a même jamais répondu aux demandes de ses délégué-e-s. Un mépris affiché en guise de réponse.

Il est vrai que la loi est massivement portée par des femmes. Et pour cause. Elles sont parfaitement placées pour connaître les conséquences de la violence sexiste, y compris en politique. Najat Vallaud-Belkacem, Maud Olivier (AN), Catherine Coutelle (AN), Danelle Bousquet (Haut Conseil à l'Égalité), Marie-George Buffet (AN) et beaucoup d'autres ont milité pour que cette loi voie le jour, soutenues par une myriade d'associations essentiellement féministes et donc de femmes. Et quand des hommes comme le député de droite Guy Geoffroy ou le mouvement Zéromacho (qui rassemble des hommes de 53 pays) militent aux côtés de ces femmes, c'est au nom de principes éthiques: l'égalité femmes hommes, le refus de la marchandisation du corps des femmes, etc.

Tout ce que détestent certains sénateurs socialistes qui veulent ostensiblement prendre leur revanche en se plaçant du côté d'élus libéraux qui estiment que tout se vend, tout se loue, y compris le sexe des femmes. Cette situation fait penser à celle de 1974, quand Simone Veil portait la proposition de loi sur l'IVG. De la même manière, un front machiste avait grassement milité contre cette loi portée par des mouvements de femmes. Les rares élues de l'époque ont raconté la violence  misogyne qui avait cours. La haine des femmes (qui leur prennent leur place) dont cette loi était le symbole a motivé des attitudes dont certains élus n'ont pas eu à être fiers.

Cette situation se rejoue aujourd'hui dans les couloirs des deux assemblées. Des hommes de gauche (et quelques-uns à droite) ont choisi d'être dans le camp de l'égalité et de l'abolition de l'exploitation du corps des femmes. Et, comme toujours, l'une ou l'autre femmes ont inexplicablement choisi la proximité avec les promoteurs de la domination masculine.

Mais avant ce dernier vote au Sénat, les langues se délient, le machisme décomplexé s'exprime. Le sort de la loi dépend de l'évolution de ce front idéologique.

 

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