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Billet de blog 12 oct. 2015

Le Sénat trafique un témoignage pour refuser l'abolition de la prostitution

Ceci est à peine crédible et a échappé à l'ensemble de la presse. Le Sénat, dans son refus d'entendre des arguments à propos de la pénalisation des clients de la prostitution, n'a pas hésité à trafiquer le compte-rendu de la parole d'un expert suédois sur l'efficacité de cette loi dans son pays... Zeromacho l'a révélé sur son site.

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Ceci est à peine crédible et a échappé à l'ensemble de la presse. Le Sénat, dans son refus d'entendre des arguments à propos de la pénalisation des clients de la prostitution, n'a pas hésité à trafiquer le compte-rendu de la parole d'un expert suédois sur l'efficacité de cette loi dans son pays... Zeromacho l'a révélé sur son site.

Rappel des faits.

La commission spéciale du Sénat a auditionné le Suédois Simon Häggström, inspecteur chef de la brigade anti-prostitution de Stockholm et témoin capital pour juger de quinze années d’application de la loi pénalisant les clients-prostitueurs dans son pays.

Or, le compte rendu de son témoignage au Sénat, essentiel pour mesurer les effets de la mesure tant discutée, est totalement trafiqué pour en effacer les idées principales. Heureusement, une vidéo permet de s’en rendre compte… et de comparer avec le compte-rendu distribué aux sénateurs et sénatrices.

En résumé :

Les trois arguments centraux pour s’opposer à la pénalisation des « clients » sont

  • la mise en danger des personnes prostituées que la pénalisation aggraverait encore
  • le déplacement de la prostitution en dehors des villes ou à l’étranger
  • l’impossibilité de trouver les « clients » contrevenants et de prouver leur culpabilité

L’inspecteur Häggström démonte ces arguments par l’exemple suédois et c’est justement là que ses propos sont coupés ou déformés.

Les éléments du témoignage qui ont été mutilés :

Premier argument : l’inspecteur affirme (vidéo à 30’) :

« Les femmes prostituées disent que la Suède est un pays plus sûr que les autres. Beaucoup ont vendu du sexe avant, dans d’autres pays européens, et elles disent que les Suédois qui viennent les voir ont très peur, parce qu’ils savent que la police les recherche, et savent qu’il faut qu’ils se conduisent bien parce que s’ils se conduisent mal, la femme peut appeler la police sans être punie, sans encourir aucune pénalité.»

Or le compte rendu du Sénat édulcore fortement cette information capitale en traduisant comme suit :

« Inversement la Suède passe pour un pays plus sûr pour les femmes prostituées, notamment parce qu’elles savent qu’elles peuvent se plaindre à la police et que les clients le savent aussi.»

Le propos essentiel de l’inspecteur Häggström est totalement réduit. Finie « la peur » des clients, escamotée leur attitude moins agressive, envolé le témoignage des femmes prostituées ! Il ne reste qu’une vague impression : à l’étranger, « la Suède passe pour… ».

Deuxième argument (22′) :

L’inspecteur nous dit à propos des mythes répandus : « Une critique est que la loi conduira les clients vers d’autres pays : c’est en partie vrai, car 70 % des clients disent que leur achat précédent s’est fait dans un autre pays. Mais c’est la preuve que la loi marche parce que les Suédois n’osent pas acheter du sexe en Suède. C’est pour cela qu’il faut que plus de pays adoptent cette législation ou une législation similaire. »

Parfaitement logique. Or le compte-rendu donné à la commission déforme le propos et opère un retournement de sens :

 « Les clients déclarent à 70 % que leur précédent achat de services sexuels avait eu lieu à l’étranger, mais cela ne doit pas dissuader un pays d’agir comme il lui semble juste »

On a effacé la « preuve que la loi marche», fait disparaître les « Suédois qui n’osent pas acheter de sexe » et surtout enlever cette incitation des autres pays à « adopter cette législation ou une législation similaire ».

A la place, chaque pays doit « agir comme il lui semble juste ».

Troisième argument (16’35 ») :

Un mythe a été répandu en France sur la future loi : il serait impossible de prouver la culpabilité des « clients » de la prostitution.

L’inspecteur témoigne du fait que : « 8 clients sur 10 admettent le crime immédiatement sur les lieux d’arrestation. Sans même que nous ayons eu à les conduire au poste de police. ».

Le compte rendu traduit : « Le client peut reconnaître les faits ».

L’argument est, pour le moins, amoindri. On voit ainsi comment, comme cela a déjà été démontré, des membres masculins et plus âgés du Sénat s’opposent, parfois malhonnêtement, à une mesure qui favorise l’égalité femmes hommes et combat la marchandisation du corps des femmes…

A suivre cette semaine au Sénat.

Pour vérifier par vous-même :

Vidéo de l’intervention de M. Simon Häggström, chef de la brigade anti-prostitution de Stockholm, Suède :

http://videos.senat.fr/video/videos/2014/video22850.html

Compte rendu donné par la commission spéciale du Sénat :

http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20140519/cs_prostitution.html

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