La police n'aime pas la musique arabe

Marseille, il y a quelques jours. Je suis au bout du vieux port où je fais voir à la caméra de l'émission "Metropolis" d'ARTE, la fameuse plaque de bronze commémorant la fondation de la ville par des Grecs. Des migrants donc...

Sur le quai des Belges, deux musiciens jouent des chansons arabes. D'une cinquantaine d'années, ils chantent magnifiquement en s'accompagnant d'un oud. Une trentaine de gens ont constitué un grand cercle pour les écouter. Il y a des femmes, des hommes, des enfants. L'air est doux. Un petit garçon handicapé exulte dans son fauteuil à côté des musiciens. On dirait presque un cliché avec ce soleil qui se couche derrière eux.

Mais tout à coup, la musique s'arrête. Le silence se fait et les spectateurs se regardent sans comprendre. Trois policiers à vélo viennent de rejoindre le cercle et fixent les chanteurs avec une haine non dissimulée. Du coup, le oud est posé sur la chaise et tout le monde attend. Rien ne bouge pendant plusieurs minutes. Puis, les trois représentants de l'ordre s'approchent des musiciens et leur demandent de les suivre. A la cantonade, ils annoncent avec un mépris affiché: "et c'est pas la peine de nous suivre". Personne ne comprend. Des habitants disent avoir déjà assisté à la même scène avec les mêmes musiciens alors que d'autres sont tolérés quand ils chantent en français. Un vieil homme dit "la police n'aime pas la musique arabe". Je ne peux m'empêcher d'ajouter assez fort pour que les fonctionnaires l'entendent "et le Front National n'est pas encore au pouvoir. Cela laisse imaginer..." Un des policiers m'entend et se retourne. Il me toise et ricane ouvertement.

Le silence se fait définitivement.

Le soleil s'est couché entre temps.

La nuit tombe sur le vieux port.

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