Distalité: la petite phrase très limite de François Hollande

Toutes les télévisions occidentales sont aujourd'hui branchées sur la prise d'otages de Bamako au Mali. On peut s'étonner d'un tel intérêt, alors que la presse européenne ne relate qu'en entrefilets les actes terroristes quand ils ne touchent que des victimes africaines. Celles-ci souffrent en effet de "distalité", caractère d'un membre qui se trouve éloigné d'un organe de référence. En français contemporain: ils sont loin et noirs, donc on s'en fout.

Mais aujourd'hui, les télévisions d'information en continu informaient continument depuis Bamako. D'où venait cet intérêt subit ?

 

Rien n'avait transpiré quand 94 personnes (sans doute beaucoup plus) sont mortes dimanche 20 septembre au Nigeria lors d'attentats à la bombe. Rien pour les 41 morts et 48 blessés du samedi 10 octobre lors d'une explosion terroriste au Tchad. Rien pour les trois attentats qui ont ensanglanté à nouveau le Nigeria, le vendredi 23 octobre et samedi 24 octobre, faisant au moins 58 morts et plus de 100 blessés. Rien pour les 15 morts sur un marché où deux jeunes filles de 11 et 18 ans se sont fait exploser le 18 novembre.

En tout, les attentats terroristes de Boko Haram ont causé la mort d'au moins 1 200 civils depuis début juin 2015, ce qui porte le nombre de morts parmi les civils à au moins 3 500 pour l'année 2015 seulement. On n'a pourtant vu nulle part dans le monde aucun monument éclairé aux couleurs du Nigeria, du Tchad ou du Mali.

Ce qu'aucun journaliste ne semble avoir remarqué, c'est la façon dont François Hollande a benoitement justifié cette différence de traitement dans le discours qu'il a tenu aujourd'hui à propos de la prise d'otages à Bamako. On l'a entendu dire: "Nous devons une fois encore tenir bon et montrer notre solidarité à l’égard d’un pays ami, le Mali. C’est d’autant plus important que dans cet hôtel de Bamako, il y a des touristes ou des responsables d’entreprises de nombreuses nationalités."

Je ne pense pas être mauvais esprit quand je lis, par prétérition, une justification de l'indifférence généralement affichée quand il s'agit de victimes africaines.

Décidément, la Françafrique n'est pas morte.

 

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