Choses vues dans le train

Drôle de monde. Bordeaux. Je descends du TGV et cours vers ma correspondance. J’ai oublié de composter mon second billet. Pour une raison inconnue, le train attend tout au bout d’un très long quai vide. Il faut marcher plusieurs minutes en se hâtant pour y parvenir à temps. J’arrive tout juste en me demandant comme je ferais si j’étais un peu handicapé. Ou simplement âgé.

Le type qui a décidé de ça n’y a sans doute pas réfléchi.

En montant dans le train, je tombe sur le contrôleur à qui j’annonce que j’ai oublié de composter. Il prend mon billet, y perce un trou avec sa poinçonneuse. Puis un autre. Puis un autre. Puis un autre. Puis un autre. Cinq gros trous bien visibles pour être certain que je ne me fasse pas rembourser, une fois le voyage effectué. Au moment de récupérer mon billet, je tends la main mais le contrôleur le conserve et sort un stylo de sa poche. Il sort aussi son téléphone pour regarder l’heure.

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Je vide mon gobelet de café et j’observe au fond des miettes du biscuit que j’y ai trempé plus tôt. Je regarde ces petits poissons plus longuement que je ne l’aurais fait si je n’avais pas à tuer ces quelques secondes. Au retour à la surface, je trouve mon contrôleur qui a écrit plusieurs mots illisibles suivis du numéro du train, de la date, de l’heure et de sa signature, sortir un petit tampon de son sac et l’appliquer sur le carton.

Je récupère le tout en contemplant ce long et méticuleux travail administratif dont l’utilité ne me saute pas aux yeux. Je présume que tout cela a plus à voir avec la psyché du type en uniforme qu’avec un quelconque règlement. Quand je relève les yeux, un autre contrôleur me frôle et sort du train, suivi d’un type un peu gros avec une veste en jeans . L'homme insulte le contrôleur et s’en va. Le contrôleur descendu sur le quai se met à l’applaudir ostensiblement en le regardant partir.

Puis il remonte dans le train et dit à l’autre en riant : « il n’avait pas sept euros pour payer son billet ».

Drôle de monde.

 

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