Réacs de tous partis, unissez-vous !

La volonté politique d'avancer vers l'égalité entre les femmes et les hommes s'inscrit généralement dans une pensée plutôt à gauche. Mais la réaction conservatrice et la stratégie de protection des privilèges masculins s'observe malheureusement chez des hommes de tous bords. En voici un parfait exemple.

Laurent Bouvet (fondation Jean Jaurès) avait vivement réagi dans le Figaro à la campagne lancée par Zéromacho sur le thème "Droits humains" plutôt que "Droits de l'homme". Il traitait cette initiative d'idiote et de naïve. Or voici qu'à un autre bout de l'échiquier, le magazine néo-conservateur (pour ne pas dire d'extrême droite) Causeur, lui donne raison par la plume d'un certain Jean-Paul Brighelli. Celui-ci attaque la pétition du collectif "Droits humains" qui soutient la même idée que Zéromacho.

Sur un ton différent, les arguments sont parfaitement identiques. Causeur y ajoute simplement l'homophobie dont il déborde.

"Savent pas que l’homme dont il s’agit dans la déclaration des Droits, c’est homo, l’être humain justement. Homo, pourtant, ça devrait leur plaire, à tou-te-s !"

Ne comprenant pas que l'initiative vient également d'hommes, il remplace le "naïf-idiot" de Bouvet par "toutes les pétasses sans humour". C'est moins classe mais aussi révélateur.

En résumé, la même idéologie réactionnaire trouve à s'exprimer dans ce refus de l'égalité quand il s'agit de soi-même. Il faut conserver les symboles ("Droits de l'homme") car de toute façon l'homme (masculin) représente toute l'humanité, femmes comprises. Pour les deux auteurs, dénoncer l'injustice millénaire faite aux femmes, c'est créer du communautarisme. Les femmes seraient une sorte de minorité visible.

La ficelle est bien connue. Les mouvements masculinistes ont expérimenté cette rhétorique depuis plusieurs décennies. Ils défendent un "universalisme" en omettant d'observer qu'il est androcentré. Les revendications des femmes sont donc reléguées à la marge, comme une exception portée par une "communauté".

"Ça me va très bien, moi, les Droits de l’homme et du citoyen. J’aimerais juste qu’il y ait plus d’hommes, et plus de citoyens, au lieu d’avoir une France en puzzle éclaté de communautés communautaristes." 

D'autre part, le détournement par le "communautarisme" (les deux auteurs emploient ce mot) enfonce le clou du "toutes les femmes sont dominées sauf la mienne". Ces idéologues du conservatisme masculin estiment que le seul combat qui vaille, c'est celui pour la femme de l'autre, l'étranger, le pauvre, le Musulman, le Noir, celui des classes populaires-classes-dangereuses. Leurs femmes à eux (compagnes, collègues, soeurs, concitoyennes...) n'ont vraiment rien à réclamer puisqu'elles ont la chance de ne pas vivre sous Daesh. Cette attitude permet à Bouvet ou Causeur de passer pour des défenseurs de l'égalité entre les femmes et les hommes sans jamais avoir à se remettre en question en tant qu'hommes et en propageant une propagande culpabilisante pour ceux qu'ils dénoncent dans un grand amalgame. La méthode est habile mais elle est connue.

On peut remarquer que les deux auteurs revendiquent leur position féministe. Celui de Causeur allant jusqu'à rappeler qu'il a milité au MLAC, Bouvet rappelant à qui veut l'entendre qu'il est aussi très égalitaire.

"Feraient mieux de demander l’application des Droits au Moyen-Orient — les islamistes de Daesh ne font pas le détail et les décapitent tou-te-s, les chéri-e-s (ou de militer contre) voile / burqa / tchador, rayer les mentions inutiles, dans les couloirs des facs et des hôpitaux. On ne peut pas revendiquer l’égalité avec les matous et accepter que des femmes soient mises en état de minorité visible par leurs grands frères ou leurs maris."

Ainsi, les dérives religieuses d'une minorité de Musulmans devient une occasion de protéger des inégalités où des auteurs masculins et bien à l'abri, se sentent confortablement installés.

Habile et efficace. Le FN est à 30%...

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.