Les fermetures de sites

Les fermetures de sites se succèdent et mettent les salarié-es sur les routes en rallongeant les temps de transport et en désorganisant les vie de famille.

Ci-dessous des mails adressés par des salarié-es d'une agence commercial à Cahors (AVSC SOM) à la direction générale... Les "49" de Cahors se mobilisent pour arrêter le projet de transfert d'activité vers Montauban, soit 1 à 2 heures de routes supplémentaires quotidiennes.

Suit une lettre d'un expert mandaté pour une analyse des conséquences du projet de fermeture et qui alerte la direction.


De: MH AVSC SOM
Date d'envoi: vendredi 14 août 2009 17:41:49
À : WENES Louis Pierre TGPF

Cc: AD AVSC SOM; GD AVSC SOM

Objet: Communiqué spécial du 14/08/09
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Monsieur le Directeur Général Adjoint,

C'est avec le plus grand intérêt que je lis votre communiqué spécial. 20 suicides depuis 2008, cela commence effectivement à peser lourd et il est plus que normal que l'Entreprise s'inquièt et s'interroge sur ces actes.
Je pense à toutes ses familles en deuil et je suis extrêmement triste. L'être humain est fragile et notre entreprise aujourd'hui ne le ménage pas.
Pour ma part, je travaille sur le site de Cahors (AVSC SOM projet de délocalisation vers Montauban en cours) et j'ai fait jusqu'à maintenant tout mon possible pour m'adapter à différents métiers et faire en sorte de satisfaire au mieux nos clients. J'étais fière de travailler pour cette entreprise. Tout cela a été possible car j'avais une qualité de vie personnelle satisfaisante (choix du lieu de vie, achat d'une maison, possibilité de participer à la vie associative locale etc..)
Aujourd'hui on nous dit "oubliez tout ... et allez travailler à 70km de chez vous (Montauban)"
Si tout un chacun peut entendre que des évolutions sont nécessaires il n'en va pas de même lorsque 
sans aucune justification économique on nous demande ne nous rendre à Montauban (et plus loin dans les années qui suivront) pour effectuer des tâches que nous pouvons réaliser sur place dans des locaux appartenant à l'entreprise.
N'est-ce pas là une déstabilisation volontaire du personnel ?
A votre niveau cela paraît certainement anodin mais sur un salaire de 1 500
après 30 ans d'ancienneté perdre 400/mois en frais de transport, accumuler beaucoup de fatigue, ne plus pouvoir profiter de ses enfants c'est énorme. Il est impossible de dé corréler vie privée et vie professionnelle.

Lorsque quelqu'un souffre au travail, cela vient dégrader sa vie personnelle. Aujourd'hui les "49 de Cahors" souffrent.
Vous souhaitez diminuer les risques psycho-sociaux alors c'est le moment, cessez ces délocalisations que rien ne justifie et le "gagnant-gagnant" tant mis en avant sera au rendez-vous.

MH AVSC SOM
ADCR Cahors


De: RS AVSC SOM
Date d'envoi : mardi 18 août 2009 13:26:09
A: LOMBARD Didier PRESIDENCE; WENES Louis Pierre TGPF;
ZILBERBERG Konstantin RD-ILAB; BARBEROT Olivier RHCORP

Cc : AUDY Brigitte OPF/DTSO

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salarié à cahors vivant le projet de fermeture de site de cahors je tiens à vous dire mon mal être.

Par l'intermédiaire du SI, des médias vous semblez afficher votre attention aux souffrances des salaries sur le lieu de leur travail. La vie n est pas que vagues communiques d'excuses, la responsabilité doit s assumer par respect à ceux qui n ont pas ete entendu.

 

Vous créez des cellules d écoutes vous sollicitez des cabinets de soutien psychologique mais ne serait t il pas plus simple au lieu de faire semblant de vouloir guérir d arrêter de propager ce mal être dans I entreprise par le biais incessant de votre restructuration et délocalisation.

Je pense que vous devriez vous mettre à notre place vivre notre vie de tous les jours pour comprendre .car en effet avant, de moi même la vivre je ne comprenais I impact que pouvez avoir des décisions d entreprise sur mon état psychologique que cela la pouvait m atteindre autant, me démolir. Dans vos communiques vous dites que ce n est pas des licenciements ( certes on remercie nos clients, le travail de chacun de nous tous les jours pour contribuer aux dynamisme de ft) mais travailler en allant mal ce n est guère plus épanouissant. J ai plus de 20 ans à faire à ft je ne sais pas dans quelles conditions je vais pouvoir surmonter ces épreuves. Je ressent une énorme solitude blessure et humiliation de percevoir aucune écoute de la part de l'entreprise sur la tragédie que nous vivons.

Fermer un site pour envoyer les salaries faire 60km de plus par jour dans nos département ruraux amènent à faire une heure de plus par jour de transport rajoute à celui existant 90 km aller 90 km retour l'hiver avec les aléas de l'hiver (verglas nuit) aggrave les conditions de trajet et met notre vie en danger et cela on peux l'écrire au nom de tous les salaries que vous envoyé sur Montauban si on dois mourir sur la route cela sera à cause de France télécom nos familles le savent et redoutent les risques auxquels vous nous exposez. J ai 3 enfants ils ont besoin de moi et j ai besoin d eux.

Aucune justification valable de votre part, tous nos projets alternatif pour éviter cette mise en danger de chacun n'a même pas été examine par I exécutif de ft Par contre vous semblez vous engager à écouter toutes les alertes évitez d arriver à un drame en agissant avant et en arrêtant ces fermeture de site.

France télécom est une grande entreprise grâce à chacun d entre nous, une entreprise qui a ces salaries qui vont mal finira par elle aussi à aller mal .Pour protéger chacun d entre nous il faut que ft enlève les ornières qu' ont nos dirigeants pour changer leur politique d aménagement de l'entreprise en prenant en compte le facteur humain.


De: MNAVSC SOM
Date d'envoi : mardi 18 août 2009 10:24:24
A: LOMBARD Didier PRESIDENCE; WENES Louis Pierre TGPF;
BARBEROT Olivier RHCORP; ZYLBERBERG Laurent RHCORP/RSG

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Messieurs nos responsables,

Messieurs Lombard, Wenes, Barberot, Zylberberg et tous les autres,

 

Je lis ou j'entends, tous les jours sur l'intranet vos déclarations dans la presse, qu'elle soit écrite ou télévisée, notamment concernant les faits dramatiques que nous vivons avec les suicides de nos collègues , qu'il est facile d'écrire de vos bureaux bien distants sur tous nos problèmes dont vous êtes les seuls responsables !

M Wenes, comment pouvez vous déclarer concernant les suicides de nos collègues : que "autant de situations particulières, souvent liées à de grandes difficultés personnelles" , vous savez comme moi que ce sont nos conditions de travail et vos réorganisations incessantes qui font que nos vies personnelles s'en trouvent dégradées et que nous n'arrivont plus à gérer.

Vous pouvez mettre autant de psychologues et autres médecins du travail à notre disposition , tant que vous n'arrêterez pas vos projets d'évolution d'activités ou d'organisation (comme vous l'écrivez) qui ne se basent sur aucune justification économique (nos commissions économiques mandatées en CE le prouvent) mais qui ne servent qu'à éliminer du personnel (démission , suicides , retraite anticipée et autres) , OUI , à tour de rôle nous finiront un jour par ne plus avoir aucune issue et à envisager la seule possible pour certains...

Vous écrivez "ces drames vont être analysés en toute transparence" mais M Wenes , je ne possède certainement pas vos compétences mais que voulez vous analyser ?? il faut que France Telecom- Orange laisse les gens travailler comme ils le font, nos résultats sont excellents et malgré cela vous continuez de délocaliser nos activités , STOP , avant qu'il ne soit trop tard !

Concernée de plein fouet par vos réorganisations, sur mon site de Cahors (Lot), je trouve insolents les propos tenus par le responsable de la communication de notre DT Sud (M Levasseur) , qui dans les journaux se permet à deux reprises de déclarer "nous n'envoyons pas nos salariés à Bucarest mais à Montauban..." et "que les salariés s'estiment heureux , il ne s'agit pas de licenciements.......

Nous recevons ces propos comme une provocation , et une agression supplémentaire à ce que nous vivons actuellement , est ce que cela fait partie du "soutien managérial" dont vous parlez dans votre communiqué ??


Il ne suffit pas de faire des déclarations , il faut assumer les conséquences de vos décisions.

Mes enfants ont dû mal à comprendre que les bons résultats que l'on a obtenu à Cahors soient sanctionnés par une "mutation" à Montauban soit 2h de plus sur les routes, qui n'est pas un choix personnel puisque mon choix de vie est Cahors ............. comment leur expliquer de bien travailler à l'école ?

j'imprime mon mail , parce que ma fille m'a dit (naïvement !) :"... mais Maman parles-en à tes chefs .... ils comprendront ......

NM

FT/TG PFIOPFIDAT/DTS/AVSC SOMIDSCIACTIV+


 

Une expertise est réalisée par le Cabinet SECAFI :

 

Ce que les salariés concernés pensent des évolutions professionnelles :

Ils ont l'habitude de changer de métier (79%) et ils considèrent pouvoir s'adapter facilement à de nouvelles situations (62Z) Ils sont 79% à avoir déjà changé de métierdans les 10 dernières années, et la moitié de ceux-ci ont connu plus de 4 changements en10 ans.

Il se dégage de ces réponses le constat de salariés qui se disent attachés à leurentreprise (à 70%), qui ont investi professionnellement et sont ouverts au changement de tâches, mais qui ne comprennent pas pourquoi des tâches de back-office devraient être délocalisées alors que, par nature, elles peuvent être réalisées n'importe où et qu'ils sont particulièrement compétents pour les réaliser : ce site avait été qualifié en 2007 de « premier bock office de France ».

Un point très important, explicatif de la situation actuelle, est que les salariés ne croient pas (83%) à la pérennité du site de Montauban où on leur propose d'aller travailler.

Le questionnaire comportait une zone de texte libre où les intéressés pouvaient faire des commentaires. Beaucoup l'ont utilisée. Trois d'entre eux ont exprimé explicitement des pensées ou des projets suicidaires, et cela début septembre 2009, donc avant même le paroxysme de la pression médiatique sur le sujet.

Dans ce contexte, le dispositif de prévention classique mis en place tardivement est inefficace.

Les acteurs classiques de la prévention n'ont pas été associés au moment de l'élaboration de ce projet de transformation, ni lors de sa préparation ni lors de son annonce. Ils n'ont été sollicités qu'à partir du moment où la situation devenait difficile à gérer sur le site. Ils s'assimilent d'ailleurs volontiers à des pompiers venant tenter d'éteindre un feu.

La dégradation de la situation sur Cahors est aujourd'hui d'une telle intensité que les services de santé au travail n'ont plus de prise. Le médecin du travail, alarmé par la situation, a demandé l'intervention d'une cellule d'écoute afin qu'au moins les salariés qui le souhaitent puissent libérer leur souffrance par la parole. Néanmoins, force est de constater que le dispositif mis en oeuvre est peu sollicité par les salariés, ce qui les laisse aujourd'hui dans un quasi-vide préventif,

Au stade où en sont les choses, le problème de Cahors ne relève donc plus d'un renforcement des mesures d'accompagnement. La mise en place d'une navette par car ou la promotion du télétravail, qui sont des dispositifs qui peuvent être utilement mobilisés dans des situations moins critiques, ne correspondent plus à la dégradation de la situation et ne sauraient fournir de garanties suffisantes du point de vue de la réduction des risques majeurs que nous avons identifiés. La situation a été très mal engagée et accompagnée, depuis l'annonce désinvolte et officieuse de l'ancien Directeur Territorial en octobre 2008, suivie de l'absence totale d'arguments essayant de justifier le bien-fondé de cette décision dans les dossiers de consultation présentés, et à l'impossibilité de retrouver les voies d'un dialogue serein.

Par un courrier en date du 07 septembre 2009, Monsieur F, Inspecteur du Travail, a alerté la nouvelle Directrice territoriale sur les risques potentiels de ce projet sur la santé mentale des salariés. Ce courrier invite l'employeur à suspendre le projet en cours jusqu'à ce que des conditions acceptables en termes de santé soientrétablies. Il rappelle les obligations de l'employeur en matière de préservation de la santé mentale et physique de ses salariés (voir ci-joint).

Nous confirmons que le risque d'un passage à l'acte s'avère réel selon notre analyse de la situation. Ce risque existe à brève échéance, mais aussi de façon différée.

Face à ce constat, nous vous recommandons d'annoncer l'arrêt immédiat du projet.

Pour prendre une décision définitive, il conviendrait de reprendre l'ensemble du processus de changement depuis son origine.

Quel est le sens économique de ce projet? Les éléments présentés aux instances représentatives du personnel doivent permettre d'expliciter clairement la légitimité économique d'un tel projet. Le coût humain et social doit être mesuré en contrepoids des éventuels gains. Notre analyse montre que les salariés vont subir la situation de plusieurs façons (par les transports, par la fatigue, par le risque routier, par lad émotivation, par l'absentéisme, par le temps passé dans les trajets,...) mais à aucun moment ceci n'a été pris en compte dans l'étude comparative de la fermeture avec l'éventualité du maintien du site.

Un des points clés qui ressort de notre analyse est l'importance de construire l'avenir du site en lien avec les salariés qui en ont fait l'histoire et, ceci, dans le but de fédérer les personnels autour d'un sens partagé. Les conditions dans lesquelles se sont déroulés les échanges autour de ce projet n'ont absolument pas pris en compte cet élément. Sur la base de la garantie de pérennité du site, il est envisageable qu'un nouveau projet puisse être élaboré autour d'activités utiles. Des salariés remotivés et retrouvant ainsi une meilleure santé pourraient mettre en oeuvre les conditions d'une bonne efficacité pour l'entreprise

Nous restons à votre disposition pour tout échange sur la situation du site de Cahors. 1 octobre 2009.

 

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