Paris, la métropole et ses multiples facettes

La loi sur la nouvelle étape de la décentralisation est en préparation. Elle sera bientôt soumise au débat parlementaire. Si les propositions du gouvernement ne sont pas encore fixées définitivement, nous savons d’ores et déjà qu’elle prévoit d’aborder de manière spécifique la question de la métropole parisienne mais aussi la métropole lyonnaise et marseillaise.

La loi sur la nouvelle étape de la décentralisation est en préparation. Elle sera bientôt soumise au débat parlementaire. Si les propositions du gouvernement ne sont pas encore fixées définitivement, nous savons d’ores et déjà qu’elle prévoit d’aborder de manière spécifique la question de la métropole parisienne mais aussi la métropole lyonnaise et marseillaise. Les propositions mises sur la table pour cette dernière sont fortement contestées par une mobilisation importante d’une diversité de maires, de présidents d’EPCI des Bouches-du-Rhône. Dans le Rhône, la proposition de Gérard Collomb, président du « Grand Lyon » et Michel Mercier, ancien président du conseil général, de création d’une « Euro - métropole » séparée du département, est contestée et de nombreux élus demandent l’organisation de débats publics.

Qu’en est-il pour la métropole parisienne ?

Après le comité syndical  de Paris Métropole du 17 décembre dernier, quelques voix, peu nombreuses, se sont élevées pour demander au gouvernement d’imposer une « gouvernance » à la région capitale parce que les élus de Paris Métropole auraient été incapables de se mettre d’accord sur une proposition commune. Selon celles-ci, « la solution » serait dans le dogme de la communauté urbaine unique de plusieurs millions d’habitants. La méthode : « agrandir Paris », comme au temps du second empire. Circulez c’est réglé !

Il y a dans cette posture un énorme mépris pour le travail effectué, au sein de Paris Métropole, par des dizaines d’élus locaux franciliens de sensibilités diverses, pour la parole des 3 000 personnes qui ont participé aux 20 débats publics organisés par des collectivités dans leur diversité et pour les 10 000 internautes.

Et pourtant cette démarche représente le plus grand débat démocratique sur la question de la gouvernance de la métropole parisienne en lien avec le projet nécessaire pour répondre aux besoins de citoyens (expérience certainement unique dans le monde). A l’heure où la loi se construit, nous ne pouvons et nous ne devons pas accepter de le ranger au rayon « inutile » bien au contraire il doit nous permettre d’avancer pour celle-ci.

Loin de moi de croire que le processus de Paris Métropole est sans défaut, et comme beaucoup, je préférerais que cela avance plus rapidement parce qu’il y a urgence pour le quotidien de nos concitoyens pour une métropole solidaire et durable. Mais je suis persuadé que le chemin emprunté est le bon pour continuer à travailler pour une gouvernance acceptée par une large majorité d’acteurs.

La force de la démarche, c’est qu’au sein de Paris Métropole, chacun compte pour un et a la même légitimité, la même visibilité que tous pour donner son avis. Cela a permis que la métropole dans sa complexité soit abordée à partir des multiples territoires et expériences qui la composent. Le « fait métropolitain » n’est pas décrété, il est construit à travers la connexion de la diversité des regards et des paroles qui le vivent. Un parti pris qui a permis à de nombreux élus dans la diversité de leurs engagements territoriaux, politiques, institutionnels de ne pas être spectateurs et d’être en confiance pour contribuer et pour accepter le jeu de la confrontation et du travail avec d’autres pour avancer ensemble. Et si quelques un sont restés campés sur leurs certitudes exprimées depuis plusieurs années, d’autres, les plus nombreux, confient avoir « bougé ». Bien sûr, des divergences persistent mais plus nombreuses sont les des convergences qui se sont affirmées. Certaines se sont concrétisées dans le « socle commun » du Livre vert rendu public en juillet dernier, d’autres se sont affirmées par la suite.

A mon sens, le refus collectif d'un statu quo consistant à être la métropole la plus riche d’Europe et dans le même temps celle où se creusent les inégalités sociales et spatiales représente une avancée importante pour poursuivre le chemin ensemble. Appuyé en cela par l’idée que l’attractivité économique est intiment liée à des conditions d’existence dignes et justes pour tous quelque soit son lieu de vie dans la métropole.

Il serait contreproductif et dangereux de nier l’attachement à la commune, de ne pas s’appuyer sur les dynamiques de projet de territoires, d’oublier l’aspiration d’appartenir à un lieu qui compte, de ne pas renforcer la « polycentralité » si fortement exprimée dans les débats.

Inscrivons-nous dans ces aspirations, dans ces envies largement partagées pour inventer un processus de gouvernance originale dans lequel chacun se retrouve.

D’ailleurs, certains en prennent acte, je pense notamment à la dernière contribution du MEDEF qui, abandonnant sa posture de la communauté urbaine unique, fait des propositions dignes d’intérêt.

 La coopération entre territoires, entre institutions, s’invite comme méthode de travail pour affronter les défis communs au point que les notions de « coopérative de villes », de « coopérative de coopératives » ouvrent les portes pour la première à un nouveau dynamisme de l’intercommunalité et pour la seconde à une instance métropolitaine « multi-scalaire » construite sur d’autres bases que l’absorption des uns par un plus grand.

Il y a dans cette démarche une mise en relation entre la dynamique interne des territoires et leur responsabilité pour avancer vers les enjeux d’une métropole solidaire et durable. Ne soyons pas naïfs, elle ne fait pas disparaître les divergences, les options politiques différentes d’un coup de baguette magique mais elle permet de faire bouger des lignes par la mise en confrontation et en interconnexion de la diversité des réalités métropolitaines. Chacun est responsable du tout.

La démarche oblige à sortir de la posture simple du « pour » ou « contre » tel schéma de gouvernance, elle oblige à s’inscrire dans une construction commune pour répondre aussi bien à des défis concrets, je pense notamment au logement, à la solidarité financière, mais aussi à l’architecture de la gouvernance coopérative dont nous avons besoin, acceptée par tous dans son périmètre et dans sa méthode de travail.

Nos « défenseurs » de la communauté urbaine unique doivent se rendre à l’évidence : tout passage en force serait synonyme de blocage. Celle-ci ne pourrait être que la création de nouvelles frontières en gravant dans le marbre la séparation en couronnes, si souvent contestée, de la région capitale. 

Il faut donc poursuivre le processus engagé par Paris Métropole. La question de la loi n’est  pas de fermer le débat mais de créer les conditions de le poursuivre en lui permettant d’avancer en achevant notamment la construction d’intercommunalités de projet sur l’ensemble de l’Ile-de-France, tout en fixant l’objectif de la création d’un pôle métropolitain multipolaire et solidaire en prenant en compte la spécificité de la région capitale.

Patrick Braouezec, président de la CA « Plaine Commune », 1er Vice Président de « Paris Métropole »

 

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