L'abstention signale un trouble de l'élection

La politique n'excite plus grand monde. Ce désamour défie dès à présent le 4°pouvoir pour 2022. Il l'interpelle sur sa nécessité à se mobiliser sur les programmes et s'émanciper du marketing politique, de la communication, de " la tyrannie des bouffons ". Critiquer les idées et vérifier la pertinence des propositions. Ce n'est pas traité à la hauteur de son importance.

Entendre un candidat se convaincre d'un avenir politique national en mobilisant difficilement 15% des inscrits d'une région - et non sur tout le territoire national - donne une image pathétique de la vie politique et interroge sur le dynamisme démocratique. L'absence de la majorité dans les résultats finit d'inquiéter sur le sérieux et la légitimité du pouvoir.

L'importance de l'abstention alerte et montre que les deux tiers de l'électorat s'en fiche des candidats - et donc, par anticipation, encore plus des candidats à la candidature. Les chroniqueurs devraient donc peut-être éviter de trop commenter cet aspect.

Réduire l'enjeu des élections à une lutte d'ego, ou une battle rhétorique, méprise le processus électoral.

La personne candidate n'est pas l'essentiel de la politique. Prétendre le contraire aboutit à faire de chaque élection un plébiscite. La personnification de la fonction est une conception désuète du pouvoir, incompatible avec une démocratie du 21° s. Ce modèle est déjà condamné à l'échec pour 2022 : " Plus de 70 % des Français ne veulent pas du duel Macron - Le Pen ". Le risque d'abstention au second tour est donc déjà connu.

Les partis et les programmes sont beaucoup trop absents ; alors que les partis politiques sont l'élément essentiel de la vie politique d'une démocratie, selon Hans Kelsen.

Les partis politiques ont vocation à être le creuset des programmes. Sans programme, un candidat est inutile.

Ce sont donc les programmes qui sont importants à connaître et qu'il faut commenter en priorité.

Chaque parti doit être en mesure d'avoir un programme et en démontrer la pertinence, en permanence, car la démocratie ne se résume au jour des élections, ni à la campagne électorale.

L'abstention aux régionales montre qu'une conception superficielle de la politique, réduite à un concours de tout à l'ego, a vécu.

L'entretenir - par paresse ? -  contribue au succès de mauvais candidats. C'est contraire à l'intérêt et au bien-être général qui sont le but et le sens de la politique et l'objectif d'une société démocratique moderne.

Des présidents de la république plus mauvais que leur prédécesseurs et qui méprisent ce but et cet objectif lassent l'électorat.

Le dernier s'est improvisé une candidature 2.0 sur le thème du président philosophe. en affirmant que le programme n'est pas important.

Une telle déclaration aurait du le disqualifier.

La presse ne l'a pas critiqué pour cette manifestation de son mépris pour le processus démocratique. Il signalait son illégitimité avant même d'être élu.

Au contraire, ces médias l'ont fait élire, avec, comme résultat, un pays en voie de liquidation judiciaire.

Ils lui témoignent déjà leur mansuétude à le voir se représenter avec un bilan humain et social catastrophique (des dizaines de milliers de morts, une société au bord du soulèvement, ...).

Ils savent pourtant à quel résultat insurrectionnel mène une politique sans parti politique ni programme.

Conscients de ce risque, les journalistes doivent proposer une information synthétique en temps réel de l'état du pays ; ce que permet l'open data (data.gouv.fr , INSEE, ...) et comme le fait Covidtracker pour l'épidémie.

Ils doivent aussi  exiger dès à présent des partis politiques la publication de leurs programmes.  Ces programmes ne s'écrivent pas dans les dernières semaines qui précèdent l'élection (ce n'est pas sérieux sinon).

Un tableau en temps réels de la situation économique permet d'apprécier la pertinence des propositions et des commentaires. Il est à craindre sans cet outil et une couverture médiatique critique que la prochaine élection présidentielle ne soit pas mobilisatrice.

Il n'est pas possible de blâmer l'abstention des citoyen.ne.s quand ils sont privés de l'information utile et déterminante pour le vote.

2022 n'est pas plus un enjeu de pouvoir qu'un défi au quatrième pouvoir à remplir efficacement sa fonction d'information, de chiens de garde.

Le résultat des prochaines présidentielles sera l'arbitre. Il donnera le niveau du souci démocratique à s'attacher à délivrer une information de fond critique ou confirmera l'inertie d'un modèle superficiel à rapporter et valider des postures qui fabrique la tyrannie des bouffons.

Le compte à rebours est lancé.

Mise à jour :

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Dans " La Fabrication du consentement ", Noam Chomsky analyse les mécanismes de production des savoirs légitimes dans la presse des pays libres. Paru en 1988, son ouvrage propose un cadre de réflexion, basé essentiellement sur les questions de capital et de propriété, pour penser les medias.

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