Trump défie le monde à s'émanciper des USA

En rejetant l'accord de Paris, Trump fait plus pour l'émancipation des peuples de la planète que ne pourrait le faire des élections portant la gauche au pouvoir dans la plupart des pays. Le Monde est-il capable de saisir l'opportunité que lui offre le président US pour s'émanciper du modèle actuel ? Le veut-il vraiment ? C'est possible. Trump en offre l'occasion.

1. L'accord de Paris ne vaut pas grand chose juridiquement si on ne l'invoque pas par les voies de droit qui permettent de lui conférer une valeur normative que le texte ne contient pas.

Trump ne fait que tirer parti du travail d'Obama

C'est l'administration Obama qui a pesé pour que cet accord de Paris soit non contraignant et révocable. Cet accord est une déclaration d'intention, du "saft law".

Tout n'est pas aussi négatif.

La  valeur normative du "saft law" peut s'affirmer à travers l'invocation d'autres instruments juridiques internationaux contraignants (cf. par ex. CEDH GC Demir et Baykara).

Une autre piste serait d'invoquer l'accord de Paris, au même titre que pour la Déclaration universelle des droits de l'Homme, comme une coutume internationale en considération du très grand consensus des Etats des Nations-Unies. Le droit reconnaît une valeur contraignante à la coutume internationale (mais les USA ne reconnaisse pas la suprématie du droit international - voir infra)

Voir s'il existe un  précédent juridique en matière d'environnement depuis qu'existe  la  Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques

Trump a donc  profité de la faiblesse de l'action minimaliste de l'administration Obama (voir également en matière de régulation financière, de respect de la vie privée, etc.)

Ce n'est donc pas Trump qu'il faut critiquer en premier et la solution dépend des plaideurs à défendre efficacement l'écologie.

 

2. Trump offre l'opportunité de développer un nouveau paradigme des relations internationales qui n'est pas pris en compte. Et c'est dommage.

Je n'entends pas de commentateur évoquer l'opportunité du rééquilibrage de la diplomatie et de la politique mondiales que vient de provoquer Trump.

Un rééquilibrage qui se ferait non pas contre les USA, mais sans les USA.

  • Ce pays a chosi de se mettre en marge du choix de la communauté internationale (194 pays ont signé l'accord de Paris).
  • Travailler sans les USA permet de développer et d'affirmer un autre modèle qui peut répondre à l'attente de citoyens etatsuniens qui aimeraient que la politique de leur pays change et évolue par une plus grande prise en compte des droits sociaux, par ex.

Le très large consensus international de l'accord de Paris est -  si tant est que l'adhésion traduise un engagement international sérieux des parties (ce qui n'est pas démontré) - l'occasion d'initier une politique internationale qui s'emancipe du souci des échanges, du profit et de la croissance - facteurs de pollution - au prétexte que "Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts" ; mais d'un bien-être général (cf. l'ouvrage de Mme Torre Schaub à la Sorbonne sur " le bein-être et le droit")

Une telle évolution replacera les dirigeants dans leur fonction politique plutôt que dans cellede représentant de commerce (cf. les ventes d'armes par ex.). Cette substitution du commerce international à la politique internationale peut expliquer en partie la décrédibilisation de l'action politique et du "dégagisme" qui s'est exprimé. L'électeur ne différenciant plus le politique de la com', du marketing, du commerce à l'ère du jetable.

Sans remonter très loin dans l'histoire, le  monde divisé savait vivre sans l'autre partie il y a trente ans. Il n'est donc pas inenvisageable que le Monde puisse se développer sans la tutelle des USA.

Ce monde ne se fera non pas contre quelqu'un - réduire le problème à Trump est réducteur, cela écarte les questions de fond propres aux US. Trump ne fait qu'exprimer une conception juridique qui n'a rien de nouveau ni de surprenant.

Les USA n'ont pas été moteur au niveau international des droits humains.

Les USA sont un pays qui ratifie le moins des accords internationaux et fait prévaloir le droit de ses Etats fédéraux sur ses engagements internationaux (même quand il s'agit de la vie d'une personne, voir CIJ affaire Lagrand c. USA).

La politique de Trump illustre le peu d'importance que  les USA portent au respect de la hiérarchie des normes - le dernier quinquennat n'a pas été non plus un exemple - au sommet de laquelle se trouve le respect de la dignité humaine, consacré par l'article premier de la Charte européenne des droits fondamentaux.

Le rejet de l'accord de Paris illustre cette divergence entre le droit anglo saxon et le droit dit continental (voir les problèmes que cela a posé avec la présence du Royaume Uni dans l'UE). Une divergence n'est pas une incompatibilité (le droit anglo saxon est dualiste alors que le droit continental est moniste).

Il n'y a  rien non plus d'étonnant à ce que les USA rejette un accord international alors qu'ils ont déjà saboté des organisations internationales.

Ils l'ont fait, par exemple, pour la SDN, ce qui a favorisé la seconde guerre mondiale, et pour la CPI pour s'exonérer des crimes qu'ils commettent au nom de la "démocratie" (les USA ont signé le traité de Rome mais ne l'ont pas ratifié, la question est de savoir s'il peuvent retirer leur signature : normalement non, selon le principe de bonne foi du droit internationnal des traités).

Le rejet de l'accord de Paris par les USA est un nouveau départ à la diplomatie mondiale, si elle est capable, si elle a la volonté, le courage d'abandonner le confort que lui offrait le leadership US (c'est la même question que pose Trump à propos de l'OTAN).

Trump fait n'importe quoi parce qu'il n'a personne en face de lui. La question que pose son comportement est :

Le Monde est-il adulte ?

(Idem pour la France à propos de la montée du FN).

Où sont les autres Etats ? Où est l'UE ?

C'est un aspect important du débat pouvant stimuler de nouvelles collaborations susceptibles d'amener les USA à revoir leur position et à construire un modèle de société internationale plus conforme à la diversité de la communauté internationale (société et communauté n'ayant pas la même signification en droit et en théorie générale du droit international).

Trump pose le défi au Monde à se construire sans les USA,  se développer de façon équilibré et pluraliste. Peut-être que la déclaration UE-Chine prévue pour aujourd'hui en sera une des amorces.

Tout n'est donc pas négatif si on sait se saisir de cette opportunité pour promouvoir une  autre vision, "un autre monde".

Trump défie le Monde de démontrer qu'il sait se débrouiller sans les USA. Mais voilà, qui le veut, vraiment ?

 

 

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