Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

230 Billets

2 Éditions

Billet de blog 3 déc. 2021

Le discours présidentiel de Théraneau

« C’est à la République de faire sa Révolution et c’est à son bras le plus puissant d’agir. Je veux bien sûr parler de l’école, et en particulier de nos meilleures écoles, celles que le monde entier nous envie. Rappelez-vous, (...). Il fut même un temps où l’Ecole Nationale d’Administration formait des serviteurs de l’Etat et non des banquiers ! » (Alice et le Maire - Nicolas Pariser)

Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Alice et le Maire raconte la rencontre d'un vieux Cyrano contemporain (à moins qu'il ne s'agisse de Christian) - Théraneau, maire de Lyon - en panne d'inspiration et dont le cabinet, dans la perspective d'une ambition présidentielle, fait appel à une jeune Roxanne - Alice, normalienne - pour réveiller son inspiration et son enthousiasme par des notes sur tous les sujets qui l'inspirent.

Les rôles du Cyrano d'Edmond Rostand sont inversés.

Le film se termine - presque - sur la rédaction d'un discours, son point d'orgue, qui rappelle également Ruy Blas :

« Il ne suffit pas de dire que nous allons lutter contre le monde de la finance comme si ce monde était une armée abstraite, sans soldat, sans division. Cette armée est concrète et de quoi, de qui est-elle faite ? Par exemple, ici, en France ? La réponse est simple. Simple mais terrible. Le monde de la finance, ce sont nos enfants. Oui, les enfants de la République. Je vais même aller plus loin : ce sont nos meilleurs élèves, ceux-là même que notre école républicaine a révélé, accompagné, instruit, élevé jusqu’à l’excellence. »

« Ceux que l’on appelait encore autrefois, un peu naïvement, "l’élite de la République". Ils étaient hier scientifiques, ingénieurs, professeurs, médecins, architectes, généraux. Aujourd’hui, ils se pressent, dès leur vingtaine, aux portes des plus grandes banques et des plus grandes entreprises financières. Mes amis, mes camarades, qu’avons-nous fait de nos enfants ? »

« Qu’avons-nous fait de nos enfants? Des plus brillants d’entre eux, de ceux qui auraient dû mener notre pays vers le progrès social, vers une solidarité plus profonde et plus efficace? Pour paraphraser Mario Vargas Llosa: "A quel moment, la France s’est-elle foutu en l’air? " A quel moment, son école a-t-elle retourné la République contre elle même? A quel moment a-t-elle fabriqué ce nouvel individu, sans attachement national, sans sentiment de solidarité avec son prochain? Quand a-t-elle enfanté ce citoyen du Monde qui part travailler dans toutes les City, tous les Wall Street et qui paye de moins en moins ses impôts en France ? »

« C’est à la République de faire sa Révolution et c’est à son bras le plus puissant d’agir. Je veux bien sûr parler de l’école, et en particulier de nos meilleures écoles, celles que le monde entier nous envie. Rappelez-vous, il fut un temps où les écoles d’ingénieurs formaient des ingénieurs et non des banquiers. Rappelez-vous, il fut un temps où les écoles de commerce formaient des entrepreneurs et non banquiers. Il fut même un temps où l’Ecole Nationale d’Administration formait des serviteurs de l’Etat et non des banquiers ! »

« La droite va nous dire: on ne peut pas se passer de la finance. Nous avons plus que jamais besoin d’emprunter de l’argent. De toujours plus emprunter. Peu importe s’il n’y a plus d’argent, si le système économique est à bout de souffle et ne produit plus de croissance. Aux meilleurs d’entre nous de trouver des moyens toujours plus risqués de fabriquer l’argent dont nos économies boursoufflées ont besoin... »

« Peut-être, le temps des chemises françaises fabriquées en Chine pour un euro est-il révolu. Celui des pots de yahourts fabriqués à 3000 km des yahourts eux-mêmes appartient-il au passé. Peut-être est-il temps de rendre le fonctionnement de nos sociétés, de nos économies plus simple, moins fou, plus juste, plus décent. Ce doit être cela la gauche aujourd’hui ! Peut-être est-il enfin venu le temps de l’instruction pour tous, de la responsabilité, de tous, et … de la modestie. »

Un autre extrait :

GAUTHIER (un ami d'Alice avec qui elle s'entretient et qui lui parle de son épouse artiste)

C’est la contrepartie de sa lucidité. De son rapport extrêmement étroit à la vérité. Elle ne se raconte pas d’histoire. Alors, elle nous laisse un peu sur le chemin de temps en temps. Je ne sais pas si c’est la folie qui lui fait voir la vérité ou si c’est la vérité qui la rend folle. (…)

Prolonger :

Texte de l'intervention à l'Assemblée de Beaufort dans le film d'Henri Verneuil " Le président "

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Discriminations
En Haute-Loire, au « pays des Justes » : la rumeur et les cendres
Le village de Saint-Jeures, réputé pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre, n’est pas épargné par l’islamophobie. Quand Yassine, un jeune chef d’entreprise à son aise, décide d’y faire construire une maison et d’installer sa famille, les pires bruits se mettent à courir. Jusqu’à l’incendie.
par Lou Syrah
Journal — Extrême droite
Les « VIP » de Villepinte : l’extrême droite et la droite dure en rangs serrés
Parmi les invités du meeting de Villepinte, des responsables identitaires, des anciens d’Ordre nouveau et du Gud et des royalistes côtoient les cathos tradis de La Manif pour tous et les transfuges du RN et de LR. La mouvance identitaire s’apprête à jouer un rôle majeur dans la campagne.
par Karl Laske et Jacques Massey
Journal — Médias
« Le Monde » : Matthieu Pigasse vend la moitié de ses parts à Xavier Niel
Après avoir cédé 49 % de ses parts en 2019 au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, le banquier en cède à nouveau 49 % au patron de Free, qui devient l’actionnaire dominant du groupe de presse. En situation financière difficile, Matthieu Pigasse ne garde qu’une participation symbolique.
par Laurent Mauduit
Journal — Politique économique
L’inflation relance le débat sur l’augmentation des salaires
Avec le retour de l’inflation, un spectre resurgit dans la sphère économique : la « boucle prix-salaires », qui serait synonyme de chaos. Mais ce récit ancré dans une lecture faussée des années 1970 passe à côté des enjeux et de la réalité.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Le convivialisme, une force méta-politique
Vu d'ailleurs le convivialisme peut sembler chose bien étrange et hautement improbable. Parmi ses sympathisants, certains s'apprêtent à voter Mélenchon, d'autres Jadot, Taubira ou Hidalgo, d'autres encore Macron... Ce pluralisme atypique peut être interprété de bien des manières différentes. Les idées circulent, le convivialisme joue donc un rôle méta-politique. Par Alain Caillé.
par Les convivialistes
Billet de blog
La Chimère Populaire
Pourquoi certain·es d'entre nous se sont inscrit·es à la Primaire Populaire et envisagent désormais de ne pas y voter ? Un petit billet en forme de témoignage personnel, mais aussi d'analyse politique sur l'évolution d'un choix électoral - parce que la trajectoire de l'électorat est mouvante, n'en déplaise aux sondages ou aux Cassandre de tous bords.
par Albin Wagener
Billet de blog
Présidentielle : ouvrir la voie à une refondation de la République
La revendication d’une réforme institutionnelle s’est installée, de la droite à la gauche. Celle d’une 6° République est devenue un totem de presque toutes les formations de gauche à l’exception du PS. Ce qu’en a dit samedi Arnaud Montebourg rebat les cartes.
par Paul Alliès
Billet de blog
Et si nous avions des débats constructifs ?
La journée internationale de l'éducation de l'UNESCO, le 24 janvier, est l'occasion de rappeler que les savoirs et expertises de toutes et de tous sont essentiels pour nourrir les conversations démocratiques.
par marie-cecile naves