L’ordre international piétiné par ses garants - L’urgence de refonder le multilatéral

En violant les résolutions des Nations unies sur Jérusalem, les USA illustrent un des dangers majeurs de la géopolitique actuelle : l’affaiblissement des fondements de la légalité internationale, née en 1945 d’une certaine idée de la civilisation. La fin de la guerre froide offrait l’occasion de réaffirmer une règle commune mais les Occidentaux ont donné le mauvais exemple. par Anne-Cécile Robert

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/02/ROBERT/58353

Une petite musique médiatique habitue les populations à une certaine vision de la société internationale. Celle-ci semble se résumer à un chaos croissant (microconflits, vagues migratoires, etc.), marqué par des manifestations de violence aveugle (attentats, massacres de civils), où s’affirment des puissances cyniques, telles la Russie ou la Turquie, voire les États-Unis de M. Donald Trump. Ce chaos, particulièrement évident de nos jours, était en fait sous-jacent dès le début des années 1990. La chute du mur de Berlin a accrédité l’idée d’une époque totalement nouvelle, d’une « mondialisation heureuse » sous l’égide protectrice des États-Unis, illustrée par la guerre du Golfe en 1990-1991. Si cette intervention se prévalait encore du cadre défini par l’Organisation des Nations unies (ONU), les années 1990 montrent en revanche une tentative du pouvoir américain de forger autoritairement de nouvelles règles. La guerre du Kosovo en fut le laboratoire, ses promoteurs tentant d’officialiser un droit d’ingérence dans les affaires intérieures des États. Cette vision, rendue temporairement possible par l’effacement de la Russie et par la réserve de la Chine, a connu son apogée avec l’intervention en Libye en 2011, en même temps qu’elle révélait ses périlleuses contradictions.

Depuis 1945, l’ordre international a toujours été secoué de crises et de conflits. Mais les principes humanistes et sociaux issus des grandes conférences de l’après-guerre — celle de Philadelphie sur les droits sociaux, celle de San Francisco, créant l’ONU, sur la prohibition de la guerre — en étaient restés les fondations officielles. L’instabilité qui se développe sous nos yeux est en revanche mondiale, idéologique autant qu’économique. Si les krachs financiers de 1998 et 2008 avaient pu, dans certains lieux, être présentés comme des accidents de parcours, l’élection de M. Trump révèle une contestation paradoxale, mais emblématique, du dogme libre-échangiste à partir de son épicentre. D’autre part, l’impression de chaos provient à (...)

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