Gaz lacrymogène : Des tranchées de 1914 à Notre-Dame-des-Landes

C'est une arme chimique, un gaz de combat, passée des tranchées à la voie publique pour le contrôle social et la mise en échec de la liberté d'opinion des manifestants contestant les abus du pouvoir qui, méprisant le cadre juridique de l'exercice de l'autorité dans une démocratie moderne, n'a plus de légitimité.

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/05/FEIGENBAUM/58627

Le droit international consacre le principe général de l'interdiction des armes chimiques. Le gaz lacrymogène est une arme chimique. Son usage devrait logiquement être interdit, mais également sa fabrication.

Le fascisme est l'apparence du droit. Il invoque l'ordre, pas la justice, pour justifier sa violence, l'usage d'une arme de guerre - un gaz de combat, une arme chimique - contre des civils.

" Quels dommages cause-t-il à ses victimes ? Quels problèmes pose-t-il en matière de santé publique ? Nul ne le sait, car personne ne s’en soucie. Dans aucun pays il n’existe d’obligation légale de recenser le nombre de ses victimes. Aucune obligation non plus de fournir des données sur ses livraisons, ses usages, les profits qu’il génère ou sa toxicité pour l’environnement. Depuis presque un siècle, on nous répète qu’il ne fait de mal à personne, que ce n’est rien de plus qu’un nuage de fumée qui pique les yeux. Quand des gens en meurent — l’organisation Physicians for Human Rights a par exemple comptabilisé trente-quatre morts liées à l’usage de gaz lacrymogène lors des manifestations à Bahreïn en 2011-2012 —, les pouvoirs publics rétorquent qu’il s’agit simplement d’accidents.

En réalité, le gaz lacrymogène n’est pas un gaz. Les composants chimiques qui produisent l’épanchement lacrymal — du latin lacrima, « larme » — portent les jolis noms de CS (2-chlorobenzylidène malonitrile), de CN (chloroacétophénone) et de CR (dibenzoxazépine). Ce sont des agents irritants que l’on peut conditionner aussi bien sous forme de vapeur que de gel ou de liquide. Leur combinaison est conçue pour affecter simultanément les cinq sens et infliger un trauma physique et psychologique. Les dégâts que le gaz lacrymogène occasionne sont nombreux : larmes, brûlures de la peau, troubles de la vue, mucosités nasales, irritations des narines et de la bouche, difficultés à déglutir, sécrétion de salive, compression des poumons, toux, sensations d'asphyxie, nausées, vomissements. Les "lacrymos" ont été également mise en cause dans des problèmes musculaires et respiratoires à long terme (2) "

(...)

Anna Feigenbaum

Chercheuse à l’université de Bournemouth (Royaume-Uni). Auteure de Tear Gas. From the Battlefields of World War I to the Streets of Today, Verso, Londres, 2017.

 

(1« Tear gas or lethal gas ? Bahrain’s death toll mounts to 34 », Physicians for Human Rights, New York, 16 mars 2012.

(2« Facts about riot control agents », Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, 21 mars 2013.

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