Pour une vraie «banque de la démocratie»

Pour que l'idée de François Bayrou d'une «banque de la démocratie» soit conforme à son appellation, ne faudrait-il pas que cette banque ait le monopole des outils bancaires sociaux et solidaires et qu'elle soit ouverte au public, à commencer par les plus fragiles et les plus exposés au risque financier et économique qui contribue à la fragilité démocratique ?

Une " banque de la démocratie " est un concept véritablement démocratique si elle est ouverte à tous. Elle est sinon discriminatoire si elle n'est réservée qu'à un groupe de population. Il est difficile de soutenir que la discrimination est compatible avec une République qui proclame l'égalité et se veut démocratique.

La moralisation de la vie publique veut que l'idée d'une " banque de la démocratie " pour promouvoir la transparence démocratique impose donc à garantir logiquement la transparence financière au-delà de la seule activité politique. Cette transparence est pareillement - voir encore plus - indispensable à la protection des plus faibles du risque financier, que leur fait courir actuellement la confusion des activités de dépôts, de marché et d'assurance.

Ce risque - et l'inquiétude qu'il nourrit - est le principal facteur de la montée des extrémismes

Il serait donc très incohérent que ce qui serait vrai et s'impose au fonctionnement de la vie publique ne bénéficie pas à tous les acteurs dans leur vie privée.

Ce serait d'autant plus contradictoire que le concept de " banque de la démocratie " qui veut affirmer la démocratie ne se soucie pas de garantir les avoirs des plus modestes, qui sont les plus exposés à la crise, qui en souffrent en premier et sont ainsi livrés à l'avance aux démagogues.

La " banque de la démocratie " ne peut remplir efficacement son rôle de banque démocratique qu'en protégeant pareillement les élus et les électeurs.

Une banque démocratique garantit à la fois la transparence politique et la protection solidaire de l'Etat. C'est conforme au principe de fraternité. Elle laisse aux plus aisés la liberté de prendre des risques avec les institutions qu'ils veulent, pour des rendements élevés qui ne sont jamais proposés aux épargnants modestes.

Une telle conception de " banque de la démocratie " respecte donc pleinement les trois principes de la devise républicaine tout en garantissant leur effectivité.

La " banque de la démocratie " se doit donc d'être une institution protégeant les placements des plus fragiles et se limiter, pour ce faire, à l'action d'une banque de dépôts, afin que les fonds des déposants ne soient pas menacés par les aléas des marchés financiers. La " banque de la démocratie " contribue ainsi la sécurité des citoyens, au même titre que la police ou la justice.

A cet effet, et dans l'affirmation de sa nature démocratique, la " banque de la démocratie ", adossée à la Caisse des dépôts et de consignation, doit logiquement disposer du monopole des outils bancaires sociaux et solidaires, c'est-à-dire les livrets A, les livrets de développement durable , les livrets jeunes, les comptes et plans épargne logement, les prêts à taux zéro, les prêts à l'accession sociale.

Ce monopole pourraît être éventuellement délégué aux établissements financier véritablement coopératifs, ce que pourraît aussi être la " banque de la démocratie ".

 

_________________

 

Moralisation de la vie publique: les ambitions de François Bayrou Par Michel Deléan et Mathilde Mathieu

La présentation ce jeudi du projet-phare « pour redonner confiance dans la vie démocratique du pays » par le ministre de la justice, François Bayrou, a été quelque peu parasitée par l'affaire Ferrand. Des mesures importantes sont avancées, d'autres manquent. Revue de détail.

Lobbying: le gouvernement a édulcoré la réforme  11 mai 2017 Par Mathilde Mathieu

Les lobbyistes devront bientôt déclarer leurs activités dans un registre public. Mais le gouvernement [Cazeneuve, Valls, Hollande] a renoncé in extremis, sous la pression du Medef, à exiger de ces professionnels de l'influence qu'ils dévoilent leurs cibles – élus ou fonctionnaires.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.