Brexit : Theresa May joue "les feux de l'amour" dans une Europe ridicule

Nouveau rebondissement digne des "feux de l'amour", le Brexit va peut-être encore être repoussé à une date la plus lointaine possible afin de permettre au gouvernement du Royaume-Uni - dont la majorité veut quitter l'Union européenne - d'organiser des élections européennes, dont le résultat pourrait invalider le référendum. Vous voyez bien qu'ils s'étaient trompés... So confused...

Les populistes sont déjà au pouvoir, puisque cela fait plusieurs mois qu'ils font tout pour mettre en échec le résultat d'un scrutin.

A ce mépris démocratique s'ajoute le ridicule.

Le Brexit devient une série américaine de vieux acteurs épuisant jusqu'à la trame le scénario. Une mascarade fatigante.

Theresa a hérité de David mais ne réussit pas à se débarssaser de Boris ni de ses amis irlandais passés pour la semaine alors que Jérémy, qui ne voulait pas entendre parler de Therasa, paraît soudain pris d'un doux sentiment pour elle... balblabla Les feux de l'amour au pays de Shakespeare.

Sans aucun esprit critique sur le ridicule de cette actualité incohérente et stupide, les chroniqueurs apportent chaque jour un nouveau pseudo rebondissement avec un mise en abyme pour le lendemain.

La tension dramatique est cette fois-ci relancée par l'idée de renvoyer aux calendes grecques le départ du Royaume Uni.

Theresa arrive avec une nouvelle demande de report. On refile cette demande antidémocratique  à Donald Tusk - puisqu'elle a pour effet d'annuler la conséquence d'un référendum et les engagements conventionnels et gouvernementaux : "Il n'y a de bonne pensée que si elle est exprimée en parole et de bonne parole que s'il elle est traduite en action" (Chesterton).

Donald Tusk sert de paravent aux abdications et aux lâchetés des dirigeants politiques des différents pays.

Cette énième palinodie porte vraiment à s'interroger sur l'utilité des élections, notamment aux européennes ?

En effet, un nouveau report aboutit à contourner le résultat du référendum du Brexit par l'organisation d'élections européennes au Royaume Uni dans l'espoir de voir les Britanniques voter en majorité pour des listes proeuropéennes.

Nier le référendum initial par un subterfuge électoral totalement étranger à la question initiale - quitter l'UE - aura le même effet que la remise en cause des résultats du référendum en France, aux pays-Bas en 2005 et en Irlande.

Ce sera un argument supplémentaire aux opposants de l'UE pour dénoncer l'artificialité démocratique des institutions.

 

Un nouveau report indiquera clairement qu'il n'y a rien de sérieux dans ce système politique européen qui dérape aux dépends des populations et du bien-être général à qui était destiné le projet européen.

Le changement de cap - la trahison - s'est manifesté avec l'affirmation de son faux principe de "concurrence libre et non faussé", puisque la concurrence n'est pas libre et qu'elle est manifestement faussée (par le dumping fiscal, l'inégalité des salaires et des conditions de travail, l'inexistence d'une égalité de droit sociaux, la spoliation et le trafic de matières premières, l'emploi d'enfants voire d'esclaves, ...).

A se demander si le monde occidental n'a pas fait que délocaliser le modèle à Nuremberg, pour satisfait le mercantilisme qui se défausse de ses responsabilité sur une prétendue demande des consommateurs. C'est toujours de la faute des individus, les malades coûtent trop cher, les vieux coûtent trop cher, les retraites coûtent trop cher, les étudiants coûtent trop cher, les chômeurs coûtent trop cher, les fonctionnaires coûtent trop cher, les salariés coûtent trop cher, les payvres coûtent trop cher, les étrangers coûtent trop cher, ... On en revient à la stigmatisation des associaux.

En revanche, la fraude fiscale, ça c'est normal (2000 milliards d'euros par an depuis des années...)

Comble de la propagande néolibérale qui met ses sous dans les paradis fiscaux - preuve qu'on ne manque pas d'argent -  ce ne seraient pas les riches qui exigeraient " la concurrence libre et non faussée" , mais la satisfaction du consommateur modeste soucieux d'optimiser son pouvoir d'achat (imposé, taxé et revenu net en baisse)...

Il y a un abus de langage à dire que la société est consumériste.

Elle ne l'est pas.

Non. Elle est mercantiliste.

Ce n'est pas le client qui fait de la pub, du marketing, ...

C'est un subterfuge de plus pour culpabiliser le consommateur - il bouffe mal, il pollue, il fume des clopes, il roule en diesel, il est factieux, il est sauvage, il porte un gilet jaune, ... - et détourner l'attention des véritables responsables et profiteurs d'un système voulant s'exonérer des conséquences néfastes de leur course aux profits.

Car le coeur de la question que pose le Brexit n'est pas le Royaume-Uni mais, comme l'avalanche de prévisions le démontrent, le business, la spéculation, l'ingéniérie financière.

Les "remainers" se moquent de l'avenir des britanniques, comme des européens (voir la mansuétude avec laquelle les gouvernments de l'UE entretiennent le dumping fiscal, dumping social, etc.)

Ce qui les inquiètent est de perdre la table de compensation des investisseurs mondiaux qu'était devenu Londres au coeur de l'UE (et qui rsique de partir aux USA)

 

La nouvelle initiative brouillonne de Theresa May est très peu pertinente et opportune

Les tergiversations chroniques de Theresa May transforment le brexit en opéra bouffe qui ridiculise l'Union européenne alors que les élections européennes sont lancées.

C'est totalement inopportun.

Cela fait le jeu des eurosceptiques et des brexiters qui, en cas de report, ne vont pas manquer de dénoncer le caractère antidémocratique du fonctionnement de l'Union et d'assimiler cette décision de report comme une marque d'attention aux affairistes, prenant à témoin la grande majorité de la population européenne qui souffre des inégalités sociales.

L'honnêteté commande de rappeler que le principal responsable de ce gâchis politique est David Cameron - un conservateur, qui a joué l'Europe autour d'une part de pizza lors d'une escale dans un aéroport - et qu'il s'est confortablement retiré aussitôt après la catastrophe qu'il a semée en refilant l'affaire à une femme qui essaye de se démener. Voilà un homme politique courageux !

 

Le Brexit n'est plus de l'actualité politique, c'est le portrait de groupe d'une bande de nuls.

Le traité de l'Union doit être modifié. Quant un Etat membre décide de quitter l'UE. Il le fait sans rien négocier. Il s'en va conformément aux dispositions de l'article 56 de la Convention de Vienne du droit des traités.

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