Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

229 Billets

2 Éditions

Lien 8 mai 2020

Déconfinement 11 mai - Frédéric Bierry : " C’est de la pure folie ! "

Le président du conseil départemental du Bas-Rhin considère que c'est " de la pure folie " que de mettre en œuvre le déconfinement dans les département classés en rouge, dont le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. Cf. aussi L'Opinion : Une modélisation d’épidémiologistes prévoit 85 000 morts en France avec le plan du gouvernement

Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

https://www.lalsace.fr/sante/2020/05/07/frederic-bierry-le-deconfinement-des-departements-rouges-c-est-de-la-pure-folie

Le texte de la réaction de Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin

"Une étude épidémiologique, connue de la Direction générale de la Santé et du gouvernement (dont les extraits ont été publiés par le journal L’Opinion le 30 avril) n’est toujours pas prise en considération. Ceci est particulièrement grave au moment où le Premier ministre vient de préciser les modalités du déconfinement.

 En effet, différentes hypothèses sur la sortie du confinement le 11 mai sont évaluées par cette étude. Les résultats sont terribles ! Si le déconfinement est généralisé même avec le port du masque, le testing et les gestes barrières c’est le retour imparable au débordement dramatique des services de réanimation ! Et 85 000 morts estimées par les épidémiologistes en France ! Toujours selon eux, pour éviter de saturer les hôpitaux et éviter le reconfinement, il faudrait protéger 75% des personnes les plus vulnérables jusqu’en février 2021 ! Mais là encore avec 30 000 morts estimées, le prix à payer est fort.

Cette étude démontre que le risque absolu est de subir une nouvelle catastrophe sanitaire avec de nouveaux morts. Seules de strictes règles sanitaires d’accompagnement adaptées aux territoires pourront être les garde-fous de la pandémie.

Le gouvernement annonce ce jeudi après-midi vouloir maintenir le déconfinement des départements rouges. C’est de la pure folie !

Prolonger :

Une modélisation d’épidémiologistes prévoit 85 000 morts en France avec le plan du gouvernement

photo_ivanne_nb.png?itok=B_IJSRjs

Ivanne Trippenbach  29 Avril 2020 à 16h12

Dans le scénario le plus sombre, la crise du coronavirus pourrait déboucher sur 200 000 décès si les gestes barrières ne sont pas respectés après le 11 mai. La protection des publics fragiles est la clé pour éviter le reconfinement

En guise d’avertissement, Edouard Philippe a glissé, mardi, au milieu de son discours sur le plan de déconfinement : «Hier, j’ai reçu du directeur général de la Santé des modélisations moins favorables. Parce que les comportements se relâchent. Parce que la baisse des hospitalisations est trop lente. » Il a appelé à une « extrême prudence ».

Les modélisations épidémiologiques convergent dans les palais de la République. L’une d’elles a circulé à Matignon dans la nuit précédant l’intervention d’Edouard Philippe : un document synthèse de huit pages élaboré par Public Health Expertise, société française spécialisée dans la modélisation des maladies, et une équipe d’épidémiologistes de l’AP-HP et de Columbia University spécialisée sur le Covid-19.

La note intitulée « Que donnera la stratégie actuelle du gouvernement ? » résume l’article scientifique « Lockdown exit strategies and risk for a second epidemic peak : a stochastic agent-based model of SARS-CoV-2 epidemic in France ». Basé sur la génération de modèles la plus évoluée, le document étudie l’impact d’un déconfinement progressif à partir du 11 mai, en prenant en compte le taux d’immunisation collective évalué par l’Institut Pasteur (5,7 %) et la capacité augmentée de lits de réanimation en France (14 000 dont 12 675 dédiés au Covid). Il fournit trois indications essentielles.

Premièrement, prolonger encore le confinement général, même avec une politique de testing efficace, n’apporterait pas de bénéfice sanitaire. Que l’on sorte le 11 mai ou en juillet, les courbes finissent par se rejoindre : les services de réanimation arrivent à saturation et, sans politique forte de gestes barrières, le bilan total pourrait atteindre 200 000 morts. Ce n’est pas ce qu’a choisi le Premier ministre, qui a rappelé mardi que « le respect des mesures de distanciation sociale prendra encore plus d’importance ».

Pour éviter que le nombre de morts dépasse les 30 000, il faudrait protéger toutes ces personnes vulnérables durant 38 semaines... jusqu’au 8 février 2021 !

Deuxième vague. Deuxièmement, le masque est un outil efficace. Si la population en est dépourvue, la mortalité pourrait toucher à terme 165 000 personnes, même avec les gestes barrières. Avec des masques, le bilan tombe à 85 000 morts. Toutefois, le modèle de l’AP-HP prédit que les services de réanimation arriveraient là encore à saturation, malgré la stratégie « masques, tests, distanciation physique ». Ce triptyque serait donc efficace, mais insuffisant à empêcher une deuxième vague épidémique.

infog-modelisation_de_la_mortalite_cumulee.png

Le troisième scénario aborde le cœur du problème. En isolant les plus vulnérables, c’est-à-dire les quelque 17 millions de seniors et de personnes atteintes d’un handicap ou d’une maladie chronique, la courbe s’aplatit et la saturation hospitalière est évitée. Pour éviter que le nombre de morts dépasse les 30 000, il faudrait protéger toutes ces personnes vulnérables durant 38 semaines... jusqu’au 8 février 2021 ! Mais si les autorités se contentaient de protéger 75  % des plus fragiles (ce qui représenterait tout de même 12 millions de personnes), la France pourrait traverser la crise sanitaire sans saturer ses hôpitaux. Les épidémiologistes concluent : « La protection des personnes vulnérables est la clé pour préserver le système de santé et éviter un reconfinement. »

« Le problème, c’est que cela a été écarté alors que c’est la meilleure des choses à faire, commente Martin Blachier, médecin spécialiste en santé publique et dirigeant de Public Health Expertise. En Allemagne, l’épidémie repart. En Corée, les gens vivent en pseudo-confinement, à deux mètres les uns des autres. En Suède, les médecins ont regretté de n’avoir pas isolé les seniors. Tout montre que la distanciation physique et la protection des publics fragiles sont capitales. Mais la décision de différencier la population est très politique. »

Emmanuel Macron avait fait savoir à la presse qu’il ne voulait pas de « discrimination » des seniors lors du déconfinement, mais des « recommandations »

Discrimination. Edouard Philippe n’a pas fait mention hier des plus vulnérables. Peut-être parce que le 17 avril, Emmanuel Macron avait fait savoir à la presse qu’il ne voulait pas de « discrimination » des seniors lors du déconfinement, mais des « recommandations ». L’Elysée avait voulu couper court aux avertissements devant des sénateurs du professeur Jean-François Delfraissy, selon qui « les personnes d’un certain âge, de 65 ou 70 ans » devraient « continuer le confinement ». Emmanuel Macron enterrait ainsi une perspective qu’il avait lui-même ouverte, face aux Français, dans son allocution du 13 avril : « Pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester, même après le 11 mai, confinées, tout au moins dans un premier temps. »

Mardi, Edouard Philippe, pris entre les injonctions du président de la République et les modélisations alarmistes des scientifiques, s’est ménagé une voie de sortie : si les indicateurs ne sont « pas au rendez-vous », a-t-il prévenu, le déconfinement n’aura pas lieu le 11 mai, ou alors « plus strictement».

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils et elles se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants.
par Caroline Boudet
Journal — France
« La droite républicaine a oublié qu’elle pouvait porter des combats sociaux »
« À l’air libre » reçoit Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, pour parler de la primaire. Un scrutin où les candidats et l’unique candidate rivalisent de propositions pour marquer leur territoire entre Emmanuel Macron et l’extrême droite.
par à l’air libre
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour prendre une photo de famille, tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire de la politique française », contrairement à ce que pensent ses participants.
par Ellen Salvi
Journal — France
La FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Penser la gauche : l'ubérisation des militant·e·s
Les mouvements politiques portent l’ambition de réenchanter la politique. Pour les premier·e·s concerné·e·s, les militant·e·s, l’affaire est moins évidente. S’ils/elles fournissent une main d’oeuvre indispensable au travail de terrain, la désorganisation organisée par les cadres politiques tendent à une véritable ubérisation de leurs pratiques.
par Nicolas Séné
Billet de blog
Escale - Le cinéma direct, un cinéma militant qui veut abolir les frontières
Briser le quatrième mur, celui entre cinéaste et spectateur·rices, est un acte libérateur, car il permet de se réapproprier un espace, une expérience et permet d'initier l'action. C'est tout le propos de notre escale « Éloge du partage » qui nous invite en 7 films à apprendre à regarder différemment.
par Tënk
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO
Billet de blog
Militer pour survivre
Quand Metoo à commencé j’étais déjà féministe, parce qu’on m’a expliqué en grandissant que les gens étaient tous égaux, et que le sexisme c’était pas gentil. Ce qu’on ne m’avait pas expliqué c’est à quel point le sexisme est partout, en nous, autour de nous. Comment il forge la moindre de nos pensées. Comment toute la société est régie par des rapports de forces, des privilèges, des oppressions, des classes sociales.
par blaise.c