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Billet de blog 8 sept. 2022

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CNR : un appel de Macron à une renaissance du macronisme ? Pour le comprendre

Jean Epstein publiait aux Editions universitaires en 1987* un ouvrage qui propose une analyse prémonitoire éclairant rétrospectivement le débat politique. Celles et ceux qui tentent encore d’en passionner les autres, y trouveront l'explication de certains ressorts de la rhétorique présidentielle. La lecture complète de l’ouvrage est recommandée. Je n'en cite qu'un extrait.

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Et si on parlait de tout et de rien avec pas grand monde ?

Si, pour Cécile Alduy : « Emmanuel Macron camoufle la violence sociale sous des expressions abstraites », Jean Epstein propose en fin d’ouvrage un canevas d’arguments, qui fait synthèse de son analyse, pour les cas d’urgence. Adapté en l'espèce au décryptage du macronisme et à sa mécanique rhétorique.

On ne peut en aucun cas parler clairement du macronisme sans remettre en cause les potentialités fondamentales d’un contexte plus global.

En effet, on ne risquerait dans le cas contraire de n’aborder que des données purement conceptuelles et générales ne pouvant en tous cas qu’être arbitraires, confrontées aux problèmes ponctuels posés par le macronisme.

Il convient donc d’emblée de déspécifier point par points les composantes à la fois subjectives et objectives des questions que soulève le macronisme, qui nous interpelle tous au niveau de notre quotidien, tant dans notre vécu individuel que dans notre rapport à l’ordre établi, ou ce que nous pensions qu’il était.

Cela est un préalable fondamental pour appréhender de façon synoptique le travail nécessaire des contradictions inhérentes à l’ensemble de la problématique que pose la compréhension d’une pensée complexe.

En un mot, ne pas rester coi et transcender la notion de non-dit.

Pour l’heure, afin d’objectiver au mieux les différents concepts que le macronisme ambitionne de fondre, il convient que nous appréhendions la distanciation pulsionnelle de base entre le senti et l’agi, afin de neutraliser d’emblée les épiphénomènes de surface, sources de dichotomie qui anéantirait la réussite d’un projet politique qui prône le «  en même temps ».

Ceci permettra de définir le cheminement dialectique d’analyse de l’objet macronisme, sans être à tout instant interpellés par quelques réminiscences, ne pouvant que créer le doute sur l’originalité et la rigueur du discours promouvant un « monde nouveau ».

Parler du macronisme, c’est donc avant tout définir les connotations d’une mécanique ajustable au vécu de l’être qui le porte, l’inspire et le transcende.

Parler du macronisme, c’est aussi, par un processus de feed-back, relativiser la cybernétique neutralisante parafonctionnelle de tout un système, comme l’illustre le combat difficile d’une start up nation à un Etat profond.

De ce fait, il faut au préalable faire la part des choses, pour séparer, distinguer, dans un contexte de réflexion l’auto-normé de l’arbitraire, les objectifs des moyens.

Ce n’est qu’à cette condition que les valeurs dominantes néo-positives du macronisme pourront s’affirmer, autant dans leurs composantes créatives que structurelles, face aux potentialités inhibantes de l’ancien monde.

En effet, comme l’indique la seconde remarque, il y a trop tendance, en règle générale, à considérer le non-dit comme acceptation – qui ne dit mot consent –, blanc-sein, au moteur organisationnel de destructuration des interpellations fondamentales.

Mais il n’est pas possible de nier qu’un groupe, comme chacun le sait bien, ne détermine son signifiant qu’à travers la réalité socio-modulaire de chacun de ses composants dont le macronisme se propose de les réduire, par simplification et efficacité.

Or, loin de toute transcendance étatique ou d’une quelconque problématique institutionnelle, se pose l’obligation de reconnaître que la configuration relationnelle d’une série d’éléments – nommés « groupes » pour simplifier car il est inutile de s’apesantir sur la notion – s’appuie essentiellement sur le non-dit individuel et interindividuel, motif de la dynamique dans l’analyse du signifiant et de justification des arbitraires de l’ensemble.

Il est important d’insister sur ce point, afin d’intérioriser pleinement l’impact – le choc – socio-culturel du constat qui révèle l’évolution de la pratique politique qu’incarne le macronisme.

C’est en fait le but de cette réflexion. Exprimer de façon verbalisante l’identité profonde du macronisme, qui ne peut pas se concevoir sans une conceptualisation sub-passive de la dichotomie entre la finalité de l’action – et son vécu – et l’action elle-même, resituée – et restituée – dans son contexte tour à tour aliénant ou libérateur – selon sa place qu’attribue l’ordre social – désécurisant ou récupérateur – ce que le macronisme excelle à faire en période électorale, notamment.

L’électorat est le premier concerné par ce constat : ainsi que le montre le schéma modulaire sous-tendant cette approche du macronisme, un milieu auto normatif interdit d’emblée tout droit à la différence, voire toute justification à la résistance à l’arbitraire, avec les conséquences qui s’observent.

Il serait bien sûr plus qu’aisé de faire référence à l’adaptabilité en amont ou à l’acculturation nécessaires pour éviter de faire assumer l’inertie de l’individu en corrélation avec les autres. Le macronisme ne peut s’y résoudre.

L’analyse pourrait s’arrêter là et, faisant abstraction tout ou partie de la notion de devenir, motiver la programmation linéaire de l’assujetti, le citoyen au sens du macronisme, sans aucune prise de recul possible par rapport à la réalité de son quotidien.

Une telle approche, dans un passé récent, a permis de constater le danger d’un tel fourvoiement.

Il ne faut pas l’ignorer.

Pour écarter tout malentendu, il faut préciser immédiatement que la conviction personnelle de l’analyste est qu’un tel cheminement dans la compréhension du macronisme serait totalement abstrait et ne pourrait en aucune manière offrir une réponse convenable au questionnement sur l’ensemble des rapports de l’assujetti à son quotidien.

A la lumière de ce qui précède, l’électorat doit comprendre pourquoi il est appelé dans l’urgence à transgresser les rapports de l’ancien monde, des données maintenant archaïques, et d’extérioriser par le discursif l’aliénation dont il a été victime jusqu’à présent et dont le macronisme projette de l’en libérer.

Ceci autant par la verbalisation des connotations conceptuelles auto-déterminées au niveau de la tripe que par une prise de conscience fondamentale, en dehors de cette dimension paradoxale des valeurs dominantes induisant la désagrégation des oppositions aux potentialités du macronisme. C'est l'essence de son discours.

C’est à ce prix qu’il est seulement possible d'appréhender toute la valeur de l'exécutif et de sa majorité.

* Petit guide de conversation usuelle pour changer le monde sans fatigue ou Comment se débarrasser des gêneurs - Jean Epstein, dessins de Zaü, Editions universitaires, Paris 1987

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