Un préfet de Vichy financier des patrons : André Boutemy

Révoqué à la Libération, l’ancien préfet est pris en charge par Ernest Mercier, le magnat de l’électricité, passionné de politique, fondateur avant guerre du Redressement Français. Villiers étant devenu le premier président du cnpf, le 21 décembre 1945, il installe Boutemy à la tête d’un Centre d’études administratives et économiques, que l’on appelle familièrement le Comité de Penthièvre.

http://books.openedition.org/pur/16329

L’équipe de Boutemy se compose d’anciens « chevaux de retour » de Vichy, tel le préfet Henry Cado, grand ami du secrétaire général de la police René Bousquet, et l’ex-préfet de Toulouse André-Paul Sadon. Leur rôle est de distribuer à bon escient les fonds patronaux, avec une obsession majeure : l’anticommunisme. Selon Georgette Elgey, l’équipe Boutemy aurait dépensé entre cinq et six milliards de francs de 1946 à 1952, dont un milliard pour la seule élection de 1951, à l’issue de laquelle on fait circuler à l’Assemblée une liste de 160 députés « chéquards ». « Il est exact que j’ai distribué beaucoup d’argent. Je ne me souviens plus de qui je le tenais, mais je me souviens fort bien à qui je l’ai donné », dira-t-il en février 1953, en guise de menace pour ceux qui lui voudraient du mal. Les archives ne nous donnent pas de chiffre global. En revanche, elles contiennent plusieurs lettres de solliciteurs, qui nous renseignent sur les familles politiques bénéficiaires et sur les montants des subventions patronales. À l’occasion des élections de juin 1946, il semble que l’anti-communisme soit la préoccupation majeure des bailleurs de fonds patronaux et de leurs interlocuteurs politiques. En témoigne une lettre émanant de la présidence du gouvernement provisoire, en date du 20 février 1946, et qui demande à Boutemy de « mettre la machine en place au plus tôt » car le « danger communiste est très grave ». En témoigne aussi ce « plan d’action politique » élaboré par les « Jeunesses radicales, les radicaux socialistes anti-marxistes, les socialistes paul-fauristes, des éléments de l’Alliance démocratique, et des représentants de la cgt », afin d’instaurer un « régime républicain (libéral) » et de « lutter contre le communisme », et présentant à Boutemy un devis détaillé : « 3 millions pour l’organisation du référendum (de mai 1946) et 100 000 francs pour les élections (de juin 1946), 250 000 francs pour les tournées de propagande, etc. ». Une autre lettre d’Alphonse Rio, ancien ministre radical de la III République, reçue le 28 octobre 1946, réclame 300 000 francs pour la liste du Rassemblement des gauches républicaines du Morbihan, en vue des élections du 10 novembre. Henri Lasseray, candidat dans la Sarthe sous l’étiquette du Groupe Indépendance, réclame lui aussi 300 000 francs. Deux autres lettres émanent des candidats du Parti républicain de la liberté, Patureau-Mirand dans l’Indre et Georges Picot en Seine-et-Oise, qui réclament des subventions mais sans en fixer le montant.

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Prolonger :

Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours - Editions la Découverte

Aux origines du Médef - France culture

Industriels et Banquiers Français sous l’occupation - Annie LACROIX-RIZ 2013 Armand Colin

Exposition collaboration 1940-1945 aux Archives nationales - France culture

Le roman vrai de la 3° et de la 4° république - collection Bouquins

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