Bravo Annegret Kramp-Karrenbauer !

Il n'y a pas de fatalité en politique, il n'y a que des abdications. Annegret Kramp-Karrenbauer donne une leçon de courage politique en préférant mettre un terme à sa carrière plutôt que de céder à la facilité et cautionner la dérive dans laquelle se compromettent des membres stupides et carriéristes de la démocratie chrétienne allemande. Les moins courageux peut-être ?

Il est très étonnant que l'aspect du courage et de la responsabilité politique dans la décision d'Annegret Kramp-Karrenbauer ne soit pas du tout chroniquée par une presse qui y voit une défaite personnelle*. Traiter ainsi l'information donne raison aux abdications morales et intellectuelles d'une droite - voire du centre - s'apprêtant à se recoucher dans le lit de l'extrême-droite, comme cela s'est déjà fait en 1933.

Il y a comme un manque très sérieux de sens critique et politique à se réjouir de cette décision éminemment responsable. Comme de la chroniquer et/ou la célébrer - voire se réjouir d'une victoire par K.O. - d'être une "chance" pour Friedrich Merz (gérant d'actifs chez Blackrock) à pouvoir tenter reconquérir une majorité à droite avec les voix de l'AFD. Friedrich Merz était le candidat de Wolfgang Schäuble pour les élections internes de la CDU.

Me tromperai-je en osant dire à contre courant " Bravo Annegret Kramp-Karrenbauer ! " ?

N'est-ce pas en effet plutôt à l'honneur de la politique et de la démocratie que de se féliciter qu'il y ait encore des personnes qui sachent dire "non !" - parce que l'essentiel est menacé - et sacrifier les paillettes ou les sirènes du pouvoir ?

Je suis très dubitatif du sens de la responsabilité politique de ceux qui se satisfont de cette décision en s'appesantissant sur des critiques personnelles. Serait-ce parce que, au-delà de leur personne, ils sont incapables de considérer autre chose, prendre la juste mesure des valeurs qui fondent une société démocratique moderne ?

N'y avait-il pas mieux à dire ou à commenter que de réduire cette décision à la défaite d'une femme ; alors qu'il ne s'agit en rien d'une quelconque abdication face à l'inertie terrible de la facilité à court terme ? Bien au contraire, c'est un refus de la fatalité, un acte politique responsable et courageux.

S'appliquer à critiquer à très mauvais escient la décision de Annegret Kramp-Karrenbauer est ce qui tue et étouffe l'intérêt de l'opinion pour l'action publique sacrifiée sur l'autel de quelques petites ambitions personnelles.

" Chapeau bas ", Madame.

Ce traitement médiatique à maltraiter une décision courageuse face à une dérive manifeste pose deux questions :

  • Où sont les " hommes " politiques ?
  • Où sont les journalistes "démocrates " ?

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Mise à jour :

L’extrême-droite comme symptôme

Le Journal des idées par Jacques Munier le 12/02/2020

En Allemagne, la montée de l’extrême-droite semble avoir mis fin à la période de stabilité politique qui caractérisait le pays au sein de l’Europe. (cf. Theodor Adorno, Jean-Claude Monod, John Dewey).

 

Prolonger :

Dominique PINSOL - Le Monde diplomatique Août 2017 page 2

Un journalisme vil et veule - L’art d’interviewer Adolf Hitler

L’histoire des médias a ses mythes. Celui du grand reporter toujours prêt à défier les puissants y occupe une place de choix. La réalité s’avère souvent moins romantique, surtout lorsqu’on se penche sur les années 1930. Les conditions dans lesquelles Adolf Hitler a été interviewé avant la guerre à plusieurs reprises par des envoyés spéciaux français révèlent le degré de servilité d’une certaine presse.

Daniel SCHNEIDERMANN - Editions du Seuil 2018 - Prix "journalisme" des Assises du journalisme de Tours

Berlin, 1933 - La presse internationale face à Hitler

Fondé sur un travail de sources considérable, la chronique passionnante de la vie quotidienne des journalistes occidentaux en poste à Berlin de 1933 à 1941. Un récit hanté de bout en bout par cette question : sommes-nous certains d’être mieux armés aujourd’hui pour rendre compte des catastrophes hors normes, pour nommer le Mal ?

Michaël FOESSEL - Editions PUF 2019

Récidive 1938

Tombé presque par hasard sur l'année 1938, un philosophe relève une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons aujourd'hui. L'abandon de la politique du Front populaire, une demande insatiable d'autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l'égard du droit et de la justice : l'auteur a trouvé dans ce passé une image de notre présent.
Récidive ne raconte pas l'histoire de l'avant-guerre. Il n'entonne pas non plus le couplet attendu du « retour des années 30 ». Les événements ne se répètent pas, mais il arrive que la manière de les interpréter traverse la différence des temps. En ce sens, les défaites anciennes de la démocratie peuvent nous renseigner sur les nôtres. Récidive est le récit d'un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-elle tant sur le présent ?

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