Arrêt sur images peut améliorer sa critique des médias

Arrêt sur images proposent de bonnes chroniques mais tend un peu trop à se cantonner à la critique de l'info continue et oublier la dérive du discours et le manque de rigueur intellectuel qui y président. A tel point que la chaîne assimile des saltimbanques de l'info spectacle à des journalistes ou des éditorialistes. Une telle confusion participe directement à celle que tend de dénoncer A@I.

https://www.arretsurimages.net/chroniques/plateau-tele/les-editorialistes-decon-fi-nent-a-pleins-tubes

 

En publiant en titre " Les éditorialistes décon(fi)nent à pleins tubes " pour critiquer Praud, Pujadas, Calvi et autres, Arrêt sur images participe elle-même à la confusion qu'elle prétend dénoncer

Respectez les mots et leur sens s'il-vous-plaît. Ces gens ne sont pas des éditorialistes ni des journalistes. C'est manifestement évident.

Les écouter un petit instant suffit  pour se rendre compte de leur superficialité. Ils dissipent et épuisent l'esprit critique de l'auditeur par un bavardage inepte illustrant ce qu'est le degré zéro de l'intelligence.

Rien à voir par exemple avec Serge Halimi. Il écrit des éditoriaux avec des faits et développe une réflexion. Il n'en fait pas des tonnes. Deux colonnes, un huitième de page, une fois par mois seulement.

Praud, Calvi et autres entretiennent des préjugés et font la promotion d'un discours formaté - les éléments de langage. Ils ne développent aucune analyse critique ni réflexion. Ils meublent leur platitude désespérément ennuyeuse par des "toutologues" qu'ils invitent pour tenter de combler leur vide. C'est la même recette que celle des émissions de divertissement que proposent Hanouna, Ruquier, ...

C'est donc se moquer du monde que de parler d'éditorialistes ou même de journalistes pour faire croire qu'il s'agit d'information.

Les anglo-saxons sont plus respectueux du public en disant qu'il s'agit d'info spectacle (infotainment). Le droit à l'instruction a pour objectif de permettre à chaque personne de distinguer la nuance entre information et spectacle, auditeur - ou citoyen - et spectateur. Il ne semble pas que le droit à l'instruction soit une priorité. Preuve d'une mise en échec du droit à l'instruction, ces chaînes ne devraient pas être prises au sérieux. Le bons sens d'un esprit curieux et exigeant devrait conduire à chercher une autre source d'information. 

Alors s'il-vous-plaît, dans la critiques des médias en France, parlez éventuellement d'animateurs mais surtout pas d'éditorialistes ou de journalistes.

Ce sont des métiers différents qu'il faut distinguer, ne serait-ce que par respect pour les lecteurs qui s'intéressent à la critique des médias pour aiguiser leur esprit critique.

Ne pas participer pas à la confusion qui fait le succès d'un Eric Zemmour, historien autoproclamé, d'un BHL, philosophe qui n'a jamais écrit un seul ouvrage sérieux de philosophie ni développé un seul concept nouveau. Jusqu'où va se compromettre ainsi l'information en admettant ainsi n'importe qui et n'importe quoi ?

C'est justement cette dévalorisation du sens des mots qui permet aujourd'hui de faire croire à l'opinion qu'Emmanuel Macron fait de la politique.

Non, il ne fait pas de la politique - allez voir ce que cela signifie. Il annone éventuellement des décisions qui reposent sur un calcul comptable agrémenté de mépris et de brutalité, en invoquant tout aussi abusivement l'autorité - voir le sens du mot - et la légitimité - voir le sens du mot., Une fois revenu au sens exact des mots, le citoyen peut se rendre compte n'y a rien de politique.

Idem pour un nombre important de personnalités dont la recension journalistique entretient la confusion entre les propos d'une personne et leur conformité avec la matière qu'ils sont censé gouverner.

Bruno Le Maire ne maîtrise pas vraiment l'économie, Nicole Belloubet détruit la justice et énonce des arguments dont la matière même qu'elle est censée connaître dément, Christophe Castaner confond l'ordre public avec une violence institutionnelle plus proche du putsch que du droit constitutionnel, ou encore Cédirc O dont la connaissance des nouvelles technologies se limite aux GAFA.

Arrêt sur images doit donc réhabiliter le langage dans sa précision et redonner leur signification aux mot. Mettre un frein à cette inertie qui conduit à leur dévalorisation par l'acceptation tacite, la banalisation d'une assimilation abusive à des comportements qui sont à l'opposé de leur sens.

C'est le rôle confié à la chronique linguistique de Laélia Véron. Le papier tendant à assimiler des animateurs à des éditorialistes démontre cependant qu'elle mérite d'être plus impliquée pour améliorer la qualité du travail critique des médias d'Arrêt sur images.

C'est en étant rigoureux avec les mots et en affirmant cette exigence et ce respect du sens que les médias mettront fin à la mystification actuelle qui crée un doute très sérieux dans l'opinion à propos de la politique et rompt son adhésion aux formes démocratique des institutions.

Il ne ne faut donc plus accepter l'usage - la captation abusive - de n'importe quel mot à n'importe quelles fins, à commencer par celui de République. Ne pas laisser prospérer les imposteurs du langage.

Le rôle d'une presse démocratique est d'exercer un esprit critique aiguisé, en commençant par le discours. Il y a une erreur à ne se focaliser que sur leurs cohortes de saltimbanques médiatiques quand le mensonge s'affirme aussi ouvertement chez ceux qui ont qui ont capté le pouvoir et l'appareil d'Etat.

Bientôt une émission hebdomadaire de Laélia Véron ?

 

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