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" Défection et prise de parole " par Albert O. Hirschman

Exit, Voice and Loyalty. Ces trois mots ont marqué les esprits, dès la traduction de l'ouvrage d'Albert O. Hirschman. Comment expliquer ce succès ? L'économiste américain offre une grille de lecture simple d'un problème quotidien. Sa question est la suivante : comment réagir si un bien ou un service baisse en qualité ? L'économiste répond : il suffit de faire défection (exit).

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Par exemple, si le sirop à la menthe que j'ai coutume d'acheter habituellement est devenu trop sucré à mon goût, j'en achète un autre, d'une marque concurrente. Et c'est parce qu'il existe un marché des sirops à la menthe que je peux faire défection sans problème.

Que se passe-t-il s'il n'existe qu'une seule marque de sirop mentholé, c'est-à-dire si l'entreprise productrice occupe une position de monopole ? Nouvelle réponse de l'économiste : les consommateurs sont captifs, ils ne peuvent rien faire. Ils n'ont que leurs yeux pour pleurer. Faux, soutient Hirschman : lorsqu'il y a monopole, les clients mécontents peuvent le faire savoir individuellement ou collectivement (voice).

Il existe donc deux moyens pour lutter contre la défaillance d'une entreprise : la défection (exit) et la prise de parole (voice). Et si les économistes ont systématiquement oublié le second, c'est parce qu'il appartient à la caisse à outils des politologues plus qu'à la leur.

Ici, Hirschman atteint son premier objectif : démontrer que l'exit n'est pas le seul moyen d'action contre la défaillance, la voice en est un autre. Ceci est particulièrement vrai pour les entreprises en situation de monopole (comme la SNCF ou EDF-GDF), mais c'est aussi le cas pour les biens durables. Supposons qu'un individu ait acquis une voiture qui fonctionne mal, il est fort improbable qu'il aille se précipiter chez un concurrent pour acheter un nouveau véhicule (exit). Il ira plutôt se plaindre (voice). Conclusion : la prise de parole n'est pas un épiphénomène, y compris dans la vie économique.

Hirschman poursuit sa démonstration : les deux outils, mélangés, peuvent se révéler d'une redoutable efficacité pour des individus mécontents. A ce stade de sa réflexion, il examine le comportement de membres d'organisations telles que des associations ou des partis politiques. Il constate que les entrées et les sorties n'y sont pas d'une fluidité extrême. Pourquoi ? C'est parce que les membres sont loyaux (loyalty), explique-t-il. Comme ils sont attachés à leur organisation, ils préfèrent protester (voice) plutôt que prendre la porte (exit) et ils vont renforcer le pouvoir de la voice en menaçant de claquer la porte. Ce comportement loyal a d'autant plus de chances de porter ses fruits que l'organisation craint de voir partir ses membres.

En partant de cette grille, Hirschman parvient à une grande richesse d'interprétation. Aussi son ouvrage trouvera-t-il écho au-delà du cercle des économistes, chez les politologues et les sociologues. Il sera aussi critiqué par ces derniers pour son économisme car être loyal, protester, ces choix ne peuvent être réduits à un arbitrage coûts/avantages. C'est oublier le rôle des idéaux, des croyances et des affects dans l'engagement.

" Défection et prise de parole " Albert O. Hirschman, 1970, trad. fr. 1972, rééd. Fayard, coll. « L'espace du politique », 1995.

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Les prémices dès 2013 des causes du départ de Charlotte Girard et de la tribune du Monde "Pour un big bang de la gauche" :

" Ce samedi soir, en début de soirée, Jean-Luc Mélenchon quitte à la hâte le pot offert aux invités, pour rejoindre, le visage fermé, le premier rang de la salle où se tient le congrès du Parti de gauche. Avant qu’il ne revienne à son siège, l’assistance criait : « Démocratie ! Démocratie ! » Objet de la rébellion : la remise en cause de la procédure d’élection du nouveau bureau national (BN) du PG. La méthode, une liste de soixante noms proposés par une nébuleuse commission de désignation, irrite les délégués. La possibilité laissée de rayer les noms de la proposition dirigeante, afin de voter par la suite pour un des 55 recalés, ne les a guère apaisés. " Quand le verrou saute (un peu) au PG 25 mars 2013 Par Stéphane Alliès

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