L'utilisation politique à l'étranger de la crise des Gilets jaunes inquiète Paris

De Donald Trump à Erdogan en passant par un emballement sur les réseaux sociaux... la crise des Gilets jaunes en France intéresse beaucoup à l'étranger, voire un peu trop au goût des autorités, le gouvernement français parlant même d'"ingérence".

https://www.france24.com/fr/20181209-france-cybersecurite-gilets-jaunes-erdogan-trump-salvini-russie-twitter-macron-tweet

"Je dis à Donald Trump et le président de la République [Emmanuel Macron] le lui a dit aussi : nous ne prenons pas parti dans les débats américains, laissez-nous vivre notre vie de nation", a affirmé dimanche 9 décembre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à propos de la crise des Gilets jaunes, lors de l'émission Le Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI.

Car le président américain semble avoir pris un malin plaisir à souffler sur les braises des émeutes en France, tweetant que samedi était "un jour et une nuit très triste à Paris" où des heurts avaient lieu dans la capitale française. "Peut-être qu'il est temps de mettre fin à l'accord de Paris, ridicule et extrêmement cher, et rendre l'argent aux gens en réduisant les impôts", a suggéré Donald Trump, contempteur de cet accord international, une des nombreuses pommes de discorde avec Emmanuel Macron, ardent défenseur de l'accord.

The Paris Agreement isn’t working out so well for Paris. Protests and riots all over France. People do not want to pay large sums of money, much to third world countries (that are questionably run), in order to maybe protect the environment. Chanting “We Want Trump!” Love France.

  Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 8 décembre 2018

Erdogan, Salvini… les critiques se multiplient

"Le désordre règne dans les rues de nombreux pays européens, à commencer par Paris. Les télévisions, les journaux regorgent d'images de voitures qui brûlent, de commerces pillés, de la riposte des plus violentes de la police contre les manifestants", a quant à lui raillé le président turc Recep Tayyip Erdogan, régulièrement accusé en France d'atteintes aux libertés.

"Macron n'est pas un problème pour moi, c'est un problème pour le peuple français", a quant à lui asséné récemment le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini. Tandis que le théoricien américain de la poussée populiste Steve Bannon affirme que "Paris brûle" et que "les gilets jaunes (...) de France, sont exactement le même type de gens qui ont élu Donald Trump (...), qui ont voté le Brexit".

Réagissant sur LCI à cette série de critiques, la ministre française de la Santé Agnès Buzyn a qualifié ces réactions d''ingérence" étrangère dans les affaires françaises. "Je suis hors de moi quand j'entends ces politiques extrêmes qui profitent de la situation au lieu d'espérer l'apaisement. (...) C'est de l'ingérence, c'est des gens qui profitent d'une situation pour justifier leur propre politique qui est anti-climat, totalitaire", a-t-elle condamné.

>> À lire : Gilets jaunes : quand Trump et Erdogan donnent des leçons à Macron

Soupçons de manipulation russe sur les réseaux sociaux

Mais au-delà de ces commentaires publics, les autorités françaises se méfient d'éventuelles ingérences dans la crise par les réseaux sociaux. Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), un organisme rattaché au Premier ministre, coordonne les vérifications en cours, a expliqué à l'AFP une source proche du dossier. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a confirmé dimanche l'existence d'une enquête.

Les services français sont attentifs à la manipulation de l'information mais il est trop tôt pour se prononcer sur les allégations du quotidien britannique The Times, qui assure que des centaines de faux comptes alimentés par la Russie cherchent à amplifier la révolte des "gilets jaunes", indique une autre source proche du dossier. C'est un sujet qui nécessite des investigations lourdes et complexes, précise-t-on.

Selon The Times, qui cite des analyses menées par la société de cybersécurité New Knowledge, quelque 200 comptes Twitter diffusent des photos et des vidéos de personnes grièvement blessées par la police, des supposés "gilets jaunes", alors que ces images datent d'événements n'ayant rien à voir avec les manifestations qui se déroulent en France depuis plusieurs semaines.

Avec AFP

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