Patrick Cahez
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Billet de blog 11 janv. 2019

Et si la France était majoritairement anarchiste ?

Le mouvement des gilets jaunes se caractérise par un refus des partis, des syndicats, d'avoir un chef, une organisation. N'est-ce pas les caractéristiques d'un mouvement anarchiste ? Les gilets jaunes ne seraient-ils pas alors le signe de la montée de l'adhésion grandissante à l'Anarchie que cristallise un rejet de la politique néolibérale ?

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Je pose une hypothèse brièvement formulée qui est à débattre et à vérifier.

Le résultat du second tour des élections présidentielles de 2017 montre qu'il y a eu, par rapport au nombre d'inscrits, 25.44% d'abstentionnistes, 6.35% de votes blancs (soit 8.52% des votants) et 2.24% de votes nuls (soit 3% des votants). L'ensemble des abstentions, des votes blancs et nuls représentent 34.03% des inscrits.

Les sondages indiquent que le soutien populaire au mouvement des gilets jaunes baisse. Le mouvement s'essouffle mais il est aussi possible de faire remarquer que la révolution française de 1789 ne s'est pas faite avec des sondages favorables qui confirmaient une adhésion majoritaire.

Il y aurait une adhésion stable au mouvement des gilets jaunes de 35% dans la population - à distinguer de la sympathie dans l'opinion qui baisserait.

Il serait intéressant de savoir s'il y a une corrélation possible de cette adhésion de 35% des sondés aux gilets jaunes avec les 34.03% d'inscrits qui se sont abstenus au second tour des élections présidentielles.

La proximité de l'importance des deux groupes de population peut interroger.

La caractéristique des gilets jaunes à refuser une structure et une organisation, un chef, parait permettre de les rapprocher d'une inspiration anarchisante, voire anarchiste.

L'abstention ne serait alors pas forcément le signe d'un désintérêt pour la politique mais au contraire celui d'une adhésion grandissante à une autre politique.

La montée de l'abstention indiquerait donc plutôt le succès croissant que rencontre la pensée anarchiste dans l'électorat ; bien plus peut-être qu'un glissement - de qui ? - vers l'extrême-droite, l'idiot utile du capital qui ne rechigne pas à la financer.

Croiser le niveau de l'abstention avec le mouvement des gilets jaunes pourrait montrer que les Français ne sont pas de droite ni de gauche.

Il n'y aurait donc pas de "en même temps" possible.

Le premier parti de France ne serait pas l'abstention - indicateur de l'échec politique - mais les anarchistes.

Il y a donc peut être une erreur d'analyse à se lamenter sur l'abstention - un reflux de la démocratie - que de reconnaître le succès d'une pensée libertaire - encore plus de démocratie - à l'opposé du modèle politique qu'il faut sauver et dont le mouvement des gilets jaunes montre le rejet.

Un succès de l'anarchie dans l'opinion serait susceptible d'aider à comprendre le caractère brouillon d'une contestation qui s'improvise et se renouvelle chaque jour, échappant aux grilles d'analyse politiques traditionnelles.

Une adhésion à l'anarchie peut expliquer le rejet du système.

D'où la difficulté d'un gouvernement bourgeois néolibéral - attaché prioritairement à l'optimisation des profits au préjudice du bien-être général et de la dignité - à appréhender et comprendre un soulèvement qui rejette l'autorité, les symboles de pouvoir et de richesses.

Ce pouvoir inadapté à la pensée anarchiste ne sait répondre que par l'escalade de la répression.

Le fourvoiement sécuritaire du nouveau monde renvoie à la brutalité du 19°s., à Cavaignac contre les Parisiens, à Thiers contre la Commune, la répression des Canuts à Lyon, l'armée contre les ouvriers à Fourmies...

Ce vieux-nouveau-monde-archaïque s'observe dans les milliers de personnes blessées ou mutilées.

Il s'observe aussi dans sa stratégie de propagande à disqualifier et stigmatiser un mouvement politique - les gilets jaunes sont de la politique - par sa criminalisation, par des charrettes de manifestants en comparution immédiates, des arrestations préventives.

S'il n'y a plus la possibilité de déporter les opposants en Nouvelle-Calédonie ; il y a la détention préventive pour détruire des vies professionnelles, familiales, sociales, de personnes jamais condamnées, ayant un travail, des enfants. Flétrir l'humain alors que les prisons n'ont jamais été aussi surpeuplées.

Des brutes diplômées tentent de justifier la régression sociale et sa violence en signalant avant tout une abdication, une incapacité, une incompétence démocratiques. Une inadaptation intellectuelle à la modernité.

Quant au renseignement, il est dans les choux. L'inconvénient d'un mouvement libertaire est qu'il faudrait pratiquement mettre un agent sur chaque personne pour anticiper. L'ère du smartphone permettant de changer d'idée toutes les cinq minutes n'arrange pas les choses. Un coup à Bourges, non Paris, et puis zut c'est Versailles, ou l'inverse impose au locataire de l'Elysée de nouvelles surprises. Les services de police n'y peuvent rien, à moins que la moitié de la France surveille l'autre.

Enfin, l'invocation du risque des "casseurs" et du "terrorisme" par le pouvoir pour dissuader les citoyens à exercer leur liberté d'opinion et leur rejeter la faute des dommages est inadmissible puisque c'est le refus persistant du pouvoir à entendre le mécontentement et à y répondre qui est la seule cause des manifestations. Le pouvoir ne peut donc pas invoquer de bonne foi le risque prévisible des "casseurs" et en rejeter ensuite la faute sur les citoyens pour se dédouaner de sa responsabilité politique à laisser pourrir une situation. C'est de l'instrumentalisation du risque d'émeute aux seules fins de manipuler et tromper l'opinion.

Un début de solution est très simple et très rapide. Il ne nécessite pas de référendum, de débat national, ...

Comme c'est très clairement demandé, Emmanuel Macron a le pouvoir de rétablir l'ISF et de supprimer le CICE afin d'alléger des taxes et des impôts qui pèsent sur les "contribuables captifs", c'est-à-dire ceux qui n'ont pas les moyens de se payer une situation de résident fiscal aux Pays-Bas.

Rétablir l'ISF et supprimer le CICE font 45 milliards d'euros d'économie pour l'Etat. Immédiatement.

Ces 45 milliards sont plus utiles à garantir le confort minimum du plus grand nombre, à leur garantir l'efficacité de leur accès aux droits fondamentaux que sont l'instruction, la santé, la justice, le logement, ... C'est dans la Constitution.

Alain Supiot rappelle dans ses cours au Collège de France qu' "Il n'y a pas de paix durable sans justice sociale".

La "théorie du ruissellement" est une escroquerie intellectuelle comme le démontre Arjuna Andrade dans sa chronique sur France culture : " Suppression de l'ISF : l'introuvable justification ".

C'est la preuve du mépris des gens que de les soumettre à des conditions de vie difficiles voire indignes en invoquant un mensonge.

Comment s'étonner alors que les Français deviennent anarchistes ?

A débattre avant les européennes.

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