Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
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Billet de blog 11 oct. 2022

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Une présomption d’abandon de poste pour quitter un patron sans préavis ?

Macron Ciotti Bayrou et Philippe viennent de faire adopter un texte permettant au patron de licencier un travailleur en invoquant une présomption d'abandon de poste, au prétexte d'une absence non justifiée : le travailleur n'a pas envoyé son arrêt maladie en LRAR et l'employeur prétend ne jamais l'avoir reçu (par ex.). Cette presomption peut se retourner contre le patronat.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce nouveau texte amplifie la régression sociale, pourtant prohibée. Cette présomption illustre toute l'incohérence discriminatoire de la droite : Le salarié doit être mobile, mais pas trop. Seulement quand c'est le patron qui le veut. Jamais le travailleur.

Cette régression sociale s'accompagne d'une même amplification de l'arbitraire répressif et du recul des libertés publiques. Ce n'est pas fortuit :  « Macron a une conviction démocratique assez faible ».

Pour la droite, y compris le RN, il faut pouvoir licencier quand les employés ne veulent pas suivre la dégradation des conditions de vie qui leur est imposée. Mais par ailleurs, les mêmes s'étonnent qu'ils ne trouvent plus personne pour bosser presque gratuitement.

L'adoption de cette présomption d'abandon de poste porte une atteinte grave à la sécurité juridique du contrat de travail au seul avantage abusif de l'employeur. C'est inéquitable et la majorité ouvre un boulevard aux harceleurs. Les patrons de France Télécom en rêvaient, Macron le leur permet dorénavant.

La solution à cette nouvelle inéquité serait de supprimer le préavis de démission du salarié, dès lors que le patron a le droit de licencier de façon discrétionnaire, quand cela lui plaît, en invoquant une présomption d'abandon de poste, avec effet immédiat.

La disparition de la sécurité de l'emploi pour le travailleur doit également s'appliquer à l'employeur.

A l'opposition de proposer le droit du salarié à démissionner sans préavis. Ce ne serait que justice au nom du principe d'égalité, rétablir l'équilibre des parties au contrat de travail.

Consacrer une présomption d'abandon de poste pour mettre fin unilatéralement à un contrat de de travail revient aussi et réciproquement à reconnaître un droit du travailleur à quitter son emploi sans préavis.

Cette présomption est même de nature à encourage le travailleur à se chercher un autre emploi, mettre en concurrence les employeurs, et lui permettre de cesser de venir à celui qu'il occupe, dès qu'il en trouve un meilleur, laissant à l'employeur précédent le soin de tirer lui-même les conclusions que la présomption lui impose.

Les patrons sont en train de rompre la corde sur laquelle ils ne cessent de tirer.

C'est en cours avec la démission silencieuse et la grande démission ; nonobstant les difficultés d'embaucher, dont la fonction publique où, à force d'entendre les néolibéraux dire que c'est nul, plus personne ne veut y aller.

Aux syndicats d'accompagner les travailleurs dans cette évolution et les aider à utiliser à leur avantage la présomption d'abandon de poste en recouvrant une liberté essentielle, celle de partir, de quitter un bullshit job, un travail de merde, une insulte à l'intelligence, le mépris de la dignité.

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