L'oubli du Prix Nobel français de littérature contre la guerre en 1915

Les organisateurs des commémorations de la Paix, propices à l'évocation de Pétain ou Maurras, oublient étonnamment de rappeler le souvenir des gens raisonnables qui ont eu le courage de dénoncer l'hystérie collective de l'époque, comme Romain Rolland. Cet oubli de l'élève de Ricoeur révèle la superficialité de ses "itinérances" réduites à des errances brouillonnes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Romain_Rolland#Romain_Rolland_pendant_la_Grande_Guerre

Romain Rolland - conspué par la presse lors de son attribution du prix Nobel - paraît inspirer la science politique française - enfin un timide frémissement d'éveil à l'humanisme d'Erasme ? - quand Dominique Reynié affirme que la guerre de 14/18 est l'échec des Etats et de tous leurs gouvernants de l'époque, responsables de la 2° guerre mondiale :

" Il y a un manque qui me met mal à l'aise. (...)

En 1914, quelle qu'ait été la forme du régime, tous ont décidé la guerre. Cette espèce d'insensibilité de la décision d'aller à la guerre a la forme du régime - république, monarchie tsariste, monarchie parlementaire, empire - moi, m'interroge sur l'entité qui a décidé cela. Et j'y vois la figure de l'Etat, et dans sa prétention absolument terrible à la souveraineté, jusqu'à ce massacre de millions de jeune gens ; et ce sont au fond ces même entités qui mettent aujourd'hui en scènes des réconciliations mais nous n'avons jamais été fâchés entre nations. Ce sont des constructions d'Etats.

Les nations ne sont pas jetées les unes contre les autres, ce sont les Etats qui ont jeté leurs peuples les uns contre les autres. Ils n'étaient pas destinés à cela. Ils n'avaient pas le goût de cela. On a fabriqué cela de manière tout à fait appliquée, tout à fait systématique, et ce procès là, il n'est jamais fait. Tout se passe comme si des passions avaient soudainement embrasé des multitudes pour les amener à s'entre-tuer. Ca n'est pas du tout ce qui s'est passé.

Ce sont des Etats fous de leur souveraineté, qui sont protecteurs de ces peuples, qui les ont jetés les uns contre les autres. Et nous n'arrivons pas à faire le procès de cela. Au fond, tant que les chefs d'Etats et de gouvernements, années après années, mettront en scènes la "réconciliation", qui n'est pas la notion pertinente.

C'est de leur faute, pas ceux d'aujourd'hui bien sûr, ceux qui n'ont pas été à la hauteur de leurs charges en 1914 - et tous, aucun n'a été à la hauteur de sa charge en 1914 - c'est ça la grande question. Et cette guerre est d'autant plus à interroger sur ses causes profondes, que dans ses conséquences elle est terrible. Je crois (...) que c'était une guerre inutile qui a provoqué une guerre à laquelle il était impossible de ne pas participer, soit parce qu'il fallait combattre le nazisme, soit parce que la nazisme faisait de vous, quelque soit votre âge votre situation, une personne à persécuter.

Cette guerre (de 14/18) a enfanté une autre qui ne pouvait pas vous laisser de côté ; et c'est une grande faute politique, qui a été immense, qui a été commise. Bertrand Russell a tenté de la dénoncer, cette guerre. Cela lui a valu quelques mois de prison, dans une espèce d'impossibilité d'être entendu. Mais cette impossibilité, aujourd'hui encore, un siècle après, de s'interroger sur la responsabilité des Etats en tant que puissance qui prétend follement à la souveraineté me paraît être une grande question."

(source : France culture - L'esprit public 4/11/2018 -  « L’itinérance mémorielle et politique » d'Emmanuel Macron pour le centenaire du 11 novembre: errance ou renaissance ? à partir de 12'30")

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" Non ! Toute une jeunesse de France fut forcée de mourir ; il serait temps de l’énoncer, au bout de 100 ans et plus " (Antoine Perraud).

Tout le monde n'était pas pour la guerre et beaucoup alertaient depuis des années sur le massacre qu'elle allait produire (cf. par ex. Bertha von Suttner, Octave Mirbeau, Anatole France, ...).

Le précédent de 1870 est négligé dans l'explication de la guerre de 14-18, la "revanche" d'une guerre déjà "industrielle" au profit, notamment, d'Alfred Krupp, déclenchée par l'instrumentalisation de la bêtise nationaliste.

Sans l'esprit de "revanche", cet objectif politique, l'affaire Dreyfus n'aurait pas connu l'importance qu'elle a prise (une histoire d'espionnage sur le canon de 75 qui devait assurer la "victoire")

Sans négliger la tentation politique actuelle, c'est à cet objectif que l'école de la III° république et ses "hussards noirs" ont été affectés ; celui de convaincre les générations à venir d'accepter la levée en masse et permettre le massacre ; auquel ont participé très activement les affaires étrangères et la presse nationaliste dans la manipulation de l'opinion, selon Léon Schirmann : " Mensonges et désinformation, aout 1914, comment on vend une guerre ", éditions Italiques, Paris.

Cette mystification criminelle de l'opinion soulève la question du consentement et des vices du consentement démocratique.

La misère et la pénurie alimentaire imposées aux civils pendant la guerre sont également omises.

Cet aspect intellectuel, politique, financier et social n'est pas débattu ni abordé par l'itinérance sélective de l'exécutif qui pose la question de la faillite des Etats au préjudice de la paix et de leurs populations. 

 

Prolonger :

" Le Droit contre la guerre ", Olivier Corten, Editions Pédone, Paris, 

L'institution de la liberté - Muriel Fabre-Magnan - Hors collection, PUF 2018

Parcours 2 (1990-2017) - Jürgen Habermas - NRF Essais - Gallimard

" On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels " Anatole France L'Humanité 18 juillet 1922

" Première guerre mondiale et crise financière : des parallèles troublants " Harold James La Tribune 8 novembre 2013

" Bas les armes ! " Bertha von Süttner  Dresde 1889

GROUPE DE RECHERCHE ET D'INFORMATION SUR LA PAIX ET LA SECURITE 

Marché de l'armement : Les Américains, premiers vendeurs au monde

Pétain : son rôle dans l'usage d'armes chimiques lors de la Guerre du Rif

La guerre de 14-18 en dix chiffres

 

Médiapart :

Céline, Maurras, Chardonne: faire face 7 février 2018 Par Antoine Perraud

De récents cas mémoriels, Céline, Maurras et Chardonne, nous invitent non à patauger dans un passé nauséabond ni à le censurer, mais à l'examiner. Cap au pire, en toute connaissance de cause, avec recul critique et débat démocratique !

14-18, des commémorations très politiques

Le centenaire de l'Armistice de 1918 a une nouvelle fois relancé les débats autour des commémorations de la Première guerre mondiale. Emmanuel Macron a prévu un déplacement inhabituel de six jours, point d'orgue des manifestations officielles lancées en 2014 par son prédécesseur.

Not.

Après ses propos sur Pétain Les historiens jugent sévèrement Macron  10 novembre 2018 Par Ellen Salvi

Hommage à Pétain: Macron se déshonore tout seul 7 nov. 2018 Par Ellen Salvi

Centenaire de 14-18: l’embarrassant hommage au maréchal Pétain 17 oct. 2018 Par Ellen Salvi

Du mésusage par Emmanuel Macron de la boîte de Pandore de 14-18  8 nov. 2018 Par Antoine Perraud

14-18: Hollande a tranché au profit des baïonnettes  9 nov. 2013 Par Antoine Perraud

Le 11-Novembre comme métaphore d'un pouvoir fourbu  10 nov. 2014 Par Antoine Perraud

1914-2014 : Grande Guerre ou Grand Massacre ?  20 nov. 2013 Par Edwy Plenel

 

Centenaire du 11-Novembre : la géographie des « morts pour la France » - Le Monde

Archives. La Bretagne et la Corse font-elles partie des régions où davantage de vies ont été sacrifiées ? L’exploitation de la base de données « Mémoires des hommes » du ministère de la défense permet d’analyser qu’il y a bien eu inégalité devant la mort. Mais les raisons sont davantage socio-économiques que territoriales.

Des surmortalités à l'Ouest et sur les contreforts du Massif central. Carte réalisé à partir de l'étude d'Henri Gilles, Jean-Pascal Guironnet et Antoine Parent parue dans la Revue économique de mai 2014.

La France agricole avant la Grande Guerre.

 

Le massacre du 22 août 1914 - Le Monde

Foudroyée par la puissance de feu de l'artillerie allemande, l'armée française vit alors les heures les plus sanglantes de son histoire : 27 000 soldats sont tués dans la seule journée du 22 août

Le Jour le plus meurtrier de l'histoire de France, Jean-Michel Steg, éditions Fayard

27 000 Français sont tués le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l’histoire de France. C’est quatre fois plus qu’à Waterloo, autant que durant les huit années de la guerre d’Algérie. Avant même la bataille de la Marne, Verdun ou le Chemin des Dames. Où donc ces hommes ont-ils disparu ? Dans quelles circonstances ? Un nombre de tués en une seule journée, sans précédent dans l’histoire de France et sans exemple depuis, ne peut être une simple bizarrerie statistique. C’est l’ambition de ce travail d’apporter quelques explications. Ce cataclysme meurtrier au tout début du conflit traduit-il les conséquences de choix individuels et collectifs, tactiques, stratégiques ou organisationnels erronés, ou tout simplement malheureux ? Comment les militaires en viendront-ils à accepter que, face à la létalité du feu au XXe siècle, le soldat ne peut plus mener la guerre dressé sur le champ de bataille, comme il le faisait depuis l’Antiquité, mais doit désormais combattre enterré et dissimulé ? Pour le savoir, il faut suivre Jean-Michel Steg dans les Ardennes belges le matin 22 août 1914.

Étudiant à l’EHESS, Jean-Michel Steg travaille depuis trente-cinq ans dans le monde de la finance.

Du même auteur :

Ces Anglais morts pour la France (bataille de la Somme, 20 000 anglais tués en une seule journée)

La Fayette, nous voici ! (a/s bataille du Bois de Belleau à propos de laquelle Donald Trump a renoncé de porter hommage aux morts parce qu'il ne faisait pas assez beau temps).

 

 

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