Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

234 Billets

2 Éditions

Billet de blog 12 juil. 2021

Cannes : illustration du journalisme de poisson rouge

Le film La fracture sélectionnée pour le festival de Cannes retrace l'action et la répression sanglante des gilets jaunes. Pio Marmaï, qui interprète un manifestant blessé, était interrogé par une journaliste pour savoir s'il avait un message à faire passer à Emmanuel Macron. La presse s'en sert pour justifier Castaner dénonçant abusivement un appel à la violence et oubliant sa responsabilité.

Patrick Cahez
Ligue des droits humains et Amnesty international Bruxelles ; MRAP Dunkerque ; SUD intérieur et Observatoire du stress de France Télécom Paris
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les rédactions s'entendent déjà à vendre le duel Macron Le Pen alors que les états-majors politiques savent qu'un tel deuxième tour de l'élection présidentielle n'intéresse pas 70% de l'électorat.

Cela donne déjà la mesure du risque d'abstention au second tour, si les rédactions s'abstiennent de trouver des candidats sérieux et des programmes qui corrigent efficacement les inégalités économiques et sociales. Aucun média ne propose à l'électorat un tableau synthétique de la situation économique et sociale ; alors que tous, ou presque, proposent des pages bourse pour les spéculateurs.

Il ne sera pas possible de jouer la surprise comme pour les régionales, dont les résultats devraient conduire à s'interroger sur la qualité du journalisme politique.

L'électorat a une exigence démocratique légitime de fond. Il ne se mobilise que s'il est pris au sérieux. S'il est respecté. Ce qui n'est pas le cas, comme le montre le traitement médiatique de la déclaration de l'acteur Pio Marmaï, décontextualisée et sans rappel historique des violences et des responsabilités politiques.

ACRIMED pose le diagnostic d'un "journalisme hippique".

Le festival de Cannes, dans la métaphore animalière, interroge s'il ne s'agit pas plutôt d'un journalisme de poisson rouge.  Bruno Patino, qui fut doyen de l’école de journalisme de Sciences Po Paris pendant 14 ans, qualifie cela de "civilisation du poisson rouge".

La question se pose logiquement en considération de la précipitation des médias à courir après les réseaux sociaux et à vouloir les gagner de vitesse ; au risque de se ridiculiser, ce qui révèle un mépris de l'information et du public.

L'interrogation est d'importance dans une période électorale.

Comme le montre la recension de la déclaration de Pio Marmaï, l'information est déconnectée de la réalité, sans recontextualisation ni mise en perspectives des dérives politiques (condamnations de l'exécutif des Nations Unies du Conseil de l'Europe et de l'UE pour sa répression sanglante des gilets jaunes, manifestation du 19 mai, loi sécurité globale, réforme des retraites, régression sociale et des libertés publiques ...)

Le 4° pouvoir serait-il aussi médiocre que les trois autres qu'il critique ?

Cela ne peut qu'amplifier le doute sur la profession des journalistes -  qui ont fait le succès de Macron - quant on relève l'écho important qu'ils donnent au propos de Pio Marmaï lors de la conférence de presse sur le film " La fracture " de Catherine Corsini ; tout en omettant de rappeler le bilan dramatique de la répression dont Christophe Castaner est responsable et que ces mêmes journalistes absolvent en lui donnant le beau rôle de dénoncer la violence :

Si Une société se juge à l’état de ses prisons (Camus), la démocratie s'apprécie par le sérieux de son information et de ses professionnels.

En l'état actuel, le journalisme est aussi de basse intensité (Cf. not. l'analyse de Julia Cagé). Il existe des exceptions, mais l'appréciation d'ensemble est très inquiétante dans la perspective de 2022. C'est d'autant moins admissible qu'un risque de 70% d'abstention en cas de duel Le Pen Macron au 2° tour est déjà annoncé.

Il n'y a pas de fatalité. Il n'y a que des abdications.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
Parlement : ce que peut espérer la Nupes
Et si la gauche devenait la première force d’opposition au Palais-Bourbon en juin prochain ? Un scénario plausible qui pourrait, dans une certaine mesure, transformer le paysage politique, explique Olivier Rozenberg, spécialiste de la vie parlementaire.
par Pauline Graulle
Journal
Ukraine : divisé, le monde occidental peine à dessiner une issue
Alors que le spectre d’un conflit long se précise, faut-il continuer, et jusqu’à quand, à livrer des armes à Kyiv ? Est-il encore possible de ménager une « porte de sortie » à Vladimir Poutine pour faciliter de futures négociations de paix ? Aux États-Unis comme en Europe, des dissensions commencent à affleurer sur ces sujets clés.
par Ludovic Lamant
Journal — Migrations
La guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Législatives : des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Remise des diplômes AgroParisTech : appel à déserter
Lors de leur cérémonie de remise de diplôme, huit jeunes ingénieur·es AgroParisTech ont appelé leurs camarades de promotion à déserter de leurs postes. « N'attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n'ont jamais fait qu'aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
par Des agros qui bifurquent
Billet de blog
Déserteurs : existe-t-il une sécession des élites diplômées ?
La prise de parole des étudiant·es de Agro Paris Tech a été l’occasion pour la presse de remettre en avant l’hypothèse d’une sécession de l’élite scolaire face à la crise écologique. Qu’en disent les sciences sociales ?
par Quantité Critique
Billet de blog
Bifurquer, c'est tout le temps à refaire (et ça s'apprend)
Je suis diplômée ingénieure agronome depuis décembre 2019. On m'a envoyé mille fois la vidéo du discours des diplômés d’AgroParisTech qui appellent à bifurquer et refusent de travailler pour l’agro-industrie. Fantastique, et maintenant ? Deux ans après le diplôme, je me permets d'emprunter à Benoîte Groulte pour répondre : ça dure toute la vie, une bifurcation. C'est tout le temps à refaire.
par Mathilde Francois
Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse