Jack London : " Le talon de fer "

«Quelques secondes plus tard, l’avant-garde de la colonne est passée devant nous. Ce n’était pas, à proprement parler, une colonne. C’était la populace qui déferlait dans la rue comme un fleuve de boue. C’était le peuple de l’abîme, enragé par la gnôle et les mauvais traitements, qui s’était enfin dressé d’un bloc et poussait son rugissement, assoiffé du sang de ses maîtres.» Dystopie visionnaire.

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Le Talon de fer (The Iron Heel, 1908) appartient au patrimoine littéraire mondial.

Francis Lacassin le désignait comme un « classique de la révolte ». Dans ce récit d’anticipation publié durant la période la plus créative de sa vie (soit juste avant Martin Eden), Jack London imagine la société future : révolte ouvrière, grève générale et… impitoyable répression. 

Roman socialiste à thèse, récit d’amour (la narratrice Avis Everhard relate la geste de son compagnon Ernest Everhard, un double de Jack London), ce texte a été lu comme une préfiguration de la société capitaliste poussée à sa forme extrême : le fascisme.

Cette dystopie. prémonitoire (cf. infra Mickaël Brient) précède de plusieurs années " M. le maudit " et " Metropolis " de Fritz Lang ; " La ferme des animaux " et "1984 " de Georges Orwell ; " Le meilleur des mondes " d'Aldous Huxley. 

Libertalia propose une nouvelle traduction complétée par les préfaces des éditions précédentes du roman (Anatole France, Trostky, Bernard Clavel)

Présentation de l'oeuvre par Mikaël Brient sur Littexpress (le blog).

Extraits de Wikisource :

Le héros principal Ernest Everhard est socialiste. Il est invité par un club de la société californienne, les Philomathes, dans le but de se moquer de lui. Un dîner de cons.

Ernest racontait comment il s’était élevé dans la société au point d’entrer en contact avec les classes supérieures et de se frotter à des hommes intronisés dans les hautes situations. Alors était venue pour lui la désillusion, et il la dépeignit en termes peu flatteurs pour cet auditoire. La nature grossière de leur argile l’avait surpris. Ici la vie ne lui apparaissait plus noble et généreuse. Il était épouvanté de l’égoïsme qu’il rencontrait. Ce qui l’avait étonné encore davantage, c’était l’absence de vitalité intellectuelle. Lui qui venait de quitter ses amis révolutionnaires, il se sentait choqué par la stupidité de la classe dominante. Puis, en dépit de leurs magnifiques églises et de leurs prédicateurs grassement payés, il avait découvert que ces maîtres, hommes et femmes, étaient des êtres grossièrement matériels. Ils babillaient bien sur leur cher petit idéal et leur chère petite morale, mais en dépit de ce verbiage, la tonique de leur vie était une note matérialiste.

« Une telle armée de la révolution, forte de vingt-cinq millions d’hommes, peut arrêter et retenir l’attention des classes dominantes. Le cri de cette armée, c’est — Pas de quartier ! — Il nous faut tout ce que vous possédez. Nous ne nous contenterons de rien de moins. Nous voulons prendre entre nos mains les rênes du pouvoir et la destinée du genre humain. Voici nos mains, nos fortes mains ! Elles vous enlèveront votre gouvernement, vos palais et toute votre aisance dorée, et le jour viendra où vous devrez travailler de vos mains à vous pour gagner du pain, comme fait le paysan dans les champs ou le commis étiolé dans vos métropoles. Voici nos mains : regardez-les ; ce sont des poignes solides ! »

Réponse d'un Philomathe :

« Nous n’avons pas de mots à perdre avec vous. Quand vous allongerez ces mains dont vous vantez la force pour saisir nos palais et notre aisance dorée, nous vous montrerons ce que c’est que la force. Notre réponse sera formulée en sifflements d’obus, en éclatements de shrapnells et en crépitements de mitrailleuses. Nous broierons vos révolutionnaires sous notre talon et nous vous marcherons sur la face. Le monde est à nous, nous en sommes les maîtres, et il restera à nous. Quant à l’armée du travail, elle a été dans la boue depuis le commencement de l’histoire, et j’interprète l’histoire comme il faut. Dans la boue elle restera tant que moi et les miens et ceux qui viendront après nous demeureront au pouvoir.»

 

 

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