La littérature alerte l'opinion sur la dérive fascistoïde

Il sera difficile de dire " on ne savait pas ". Le débat très largement commenté depuis des années dans le cercle académique sur la responsabilité à propos des dérives s'en échappe pour investir l'actualité littéraire et interpeller les décideurs qui font n'importe quoi et inquiète les auteurs.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/lhistoire-entre-archives-et-fictions

A propos du prix Goncourt décerné à Eric Vuillard pour son récit "L'ordre du jour" et du prix Renaudot qui traitent du nazisme, François Hartog explique dans l'émission La Fabrique de l'Histoire  consacrée aux liens entre littérature et histoire que :

" Le lecture de romanciers, de textes littéraires permet de saisir ce qui est en train d'advenir. (...) L'écrivain, lui, il essaye de dire ce qui n'a pas été encore dit. Et en essayant de dire ce qui n'a pas encore été dit, il saisit, probablement pour les meilleurs d'entre eux, ce qui se trame dans nos sociétés. Et ces écrivains qui ont été primés, même s'ils parlent de moments du passé, saisissent quelque chose de notre contemporanéité " (vers 6'47")

Ajouter au frémissement de la dénonciation du fascisme dans l'actualité littéraire l'ouvrage de Lydie Salvayre (« Pas un jour ne passait sans que j’entende une bassesse, une invective, un propos xénophobe ou d’exclusion. Je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à faire mes petits romans, comme si de rien n’était. ») et celui de Philippe Sands (vidéo sur la rencontre avec l'auteur à la librairie Pédone à Paris) :

" Ce ne sont pas les trépassés qui viennent hanter mais les lacunes laissées en nous par les secrets des autres "

Sur l'ouvrage de Philippe Sands dans le Monde par Florence Noiville :

Essai. « Retour à Lemberg », de Philippe Sands

Ce n’est pas un manuel de droit, même si l’on y suit la naissance de deux concepts juridiques essentiels du XXe siècle, le crime contre l’humanité et le génocide, lesquels, avant 1945, n’avaient ni nom ni sanction. Ce n’est pas un ouvrage d’histoire, même si, avec celle de leurs inventeurs, Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, on plonge dans ce Monde d’hier cher à Stefan Zweig (1944).

Ce ne sont pas non plus des Mémoires même si, comme dans un thriller, on suit les traces mystérieuses du grand-père de l’auteur, Leon Buchholz, né à Lemberg en 1904, un homme qui avait enterré la première partie de sa vie, lorsque, sous la menace nazie, il avait dû fuir Lemberg, puis Vienne, jusqu’à Paris.

Qu’est-ce alors que ce Retour à Lemberg ? Un fascinant objet littéraire – fluidité du style et composition forçant l’admiration – extrêmement inventif, mêlant tout cela et bien d’autres choses encore, dont une réflexion très personnelle et complètement universelle, sur ce qui constitue le noyau dur de nos identités, l’idée d’appartenance, les traces indélébiles laissées par les secrets de famille et tous ces silences qui, à notre insu, nous hantent et nous façonnent.

Sands s’y montre sous les traits d’un visionnaire optimiste – nous ne sommes encore qu’aux débuts du droit international. D’un petit-fils bouleversé par l’émouvante histoire de sa famille maternelle. Et d’un juriste-écrivain-détective exceptionnel, nous obligeant à tourner fiévreusement chaque page de ce très saisissant ouvrage.

nb : on peut s'étonner du choix du titre en français par Albin Michel quand le titre original est bien plus explicite : East - West Street. On the Origins of Genocide and Crimes against humanity ,

Lemberg lors de la seconde guerre mondiale (Wikipédia)

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