Les travailleurs «ubérisés» exposés à des risques pour leur santé

La montée en puissance des plateformes numériques qui mettent en relation des prestataires avec des particuliers expose davantage les travailleurs à certains risques, notamment psychosociaux, d'après une étude rendue publique vendredi.

http://www.lefigaro.fr/social/2018/01/12/20011-20180112ARTFIG00345-les-travailleurs-uberises-exposes-a-des-risques-pour-leur-sante.php

Les travailleurs «ubérisés» sont plus exposés que les autres à certains problèmes de santé. C'est du moins ce que révèle une étude réalisée par l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). Parmi les risques pointés, l'Institut met en avant l'isolement, car ces travailleurs n'ont plus de contacts quotidiens avec des collègues ou une hiérarchie, ainsi que la faible autonomie dans le travail, les tâches étant standardisées et fixées par un algorithme. «Un principe de prévention est d'adapter le travail à l'homme», or ici, «c'est plutôt l'homme qui s'adapte au travail», a expliqué Benjamin Paty, expert à l'INRS, lors d'une présentation de l'étude. Au total, quelque 200.000 travailleurs sont concernés en France, notamment dans les secteurs de la livraison, mais aussi de l'aide à domicile ou du bâtiment, rappelle l'INRS.

Un manque d'autonomie préjudiciable

Dans ce travail, l'institut s'est livré à un exercice de prospective en imaginant plusieurs scenarios d'expansion des plateformes d'ici à 2027 pour identifier les conséquences possibles sur la sécurité et santé au travail. Au-delà du sentiment d'insécurité professionnelle que peut engendrer la dépendance à une plateforme, le travailleur privé d'autonomie ne peut plus faire preuve d'innovation dans l'exécution de ses tâches, notent les experts. Celles-ci sont morcelées, ce qui entraîne une perte de sens préjudiciable.

«Le rapport de force est déséquilibré entre la plateforme qui fixe les conditions du service, et les travailleurs éclatés, fragmentés, qui ont du mal à se mobiliser»

Nicolas Amar, de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas)

Par ailleurs, l'absence de collègues accroît les risques car «on sait que les collectifs de travail jouent un rôle fort dans (leur) mise en visibilité», souligne l'étude. Comme l'absence de manager, avec qui le travailleur d'une plateforme aurait pu discuter, par exemple de sa charge de travail. «Le rapport de force est déséquilibré entre la plateforme qui fixe les conditions du service, et les travailleurs éclatés, fragmentés, qui ont du mal à se mobiliser», a par ailleurs souligné Nicolas Amar, de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas).

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Pourtant, selon l'INRS, les plateformes ont tout intérêt à faire attention à la santé de leurs travailleurs, qu'elles ont aussi besoin de fidéliser. Bref, à «s'intéresser davantage à l'amélioration de “l'expérience travailleur”» alors qu'elles sont aujourd'hui «focalisées sur “l'expérience client”». L'INRS suggère par exemple aux plateformes d'utiliser leurs outils de dialogue direct avec le prestataire pour faire de la prévention, organiser des formations collectives, ou encore intégrer aux algorithmes une dimension d'évaluation des risques.

 

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