Le seul enjeu du débat Bourdin Plenel Macron : l’efficience du 4° pouvoir en France

Du marbre, des dorures, de la pompe et du prestige. Un décor dépouillé et sobre – comme Arrêt sur images - aurait été plus approprié pour se concentrer sur les questions. Les deux journalistes se compromettent dans un décor qui consacre l’autorité du politique plus qu’il ne garantit la qualité du débat.

Comment Plenel et Bourdin peuvent-ils cautionner une telle mise en scène du pouvoir ? Et pour le générique, ce sera Pomp and circumstance ou la Marche de Radetzky (fer de lance de la réaction qui suivit le Printemps des peuples) ?

L’action politique d’Emmanuel Macron est maintenant bien connue : autoritarisme, mépris des corps intermédiaires, blitzgrieg législatif, ventes des actifs publics, mutualisation des pertes et privatisation des profits, mépris des droits de l’Homme, régression sociale et précarisation des plus modestes au bénéfice de l’optimisation des profits, substitution du calcul au(x) droit(s).

L’augmentation des mouvements de contestation grippent cette superbe et le meilleur moyen d’y remédier est de disqualifier la presse qui relaie cette mauvaise actualité.

Ce ne sont pas les journalistes qui sont maîtres de l’évènement parce que c’est l’Elysée qui a choisi Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin.

C’est donc la presse qui répond à l’invitation – l’initiative - du politique et non l’inverse.

L’Elysée n’a pas choisi les deux têtes d’affiche au hasard. Il est probable qu’il l’ait préparée avant de la proposer.

Dans une telle hypothèse, l’enjeu de l’opération de dimanche soir n’est pas l’information de l’opinion mais de se prémunir de l’émergence d’un 4° pouvoir en France.

A cela s’ajoute que les bombardements de la Syrie font qu’il y a très peu de chance que les questions de politique intérieure à l’origine des mouvements sociaux et qui intéressent au premier chef l’opinion soit abordées. Emmanuel Macron est donc d’autant plus tranquille.

Le débat du second tour des présidentielles a montré la maîtrise d’Emmanuel Macron. Si ce débat est l’un des plus mauvais de l’histoire, Marine Le Pen s’en est très mal sortie. Et c'était le but.

Emmanuel Macron refait en quelque sorte le coup du débat du second tour de la présidentielle en communicant également par avance sur la dureté du débat. Il y avait peut-être mieux pour Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel que de remplacer Marine Le Pen. Ce sera la honte s’ils ne savent pas mieux faire qu’elle.

Ridiculiser deux journalistes en les humiliant en direct est un bon moyen de disqualifier la presse. La profession ne peut pas ignorer le mépris qu’éprouve le président pour elle.

Soit les deux journalistes dirigent le débat et imposent au président les questions de fond de la contestation sociale (régression sociale, violence institutionnelle, violation des droits de l’Homme, ...) pour l’obliger à y répondre, soit ils se feront avoir et c’est l’arbitraire politique qui sortira renforcé du Palais de Chaillot et vainqueur des médias.

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Mises à jour

Mediapart Live. Entretien avec Emmanuel Macron

15 avril 2018 Par La rédaction de Mediapart

Au terme de la première année de son quinquennat, Emmanuel Macron répond ce dimanche aux questions de Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. L’entretien est diffusé sur notre site, BFM-TV et RMC. Avant cela, Mediapart dresse le bilan d’un an d’action présidentielle. Et après, nos invitées décortiquent les réponses du président de la République.

Macron pris aux mots: le décryptage

16 avril 2018 Par La rédaction de Mediapart

Après l’entretien avec Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, nos invitées réagissent aux propos présidentiels.

Analyses du débat :

POLITIS : " Président des riches, plus que jamaispar Denis Sieffert

Inflexible avec les cheminots, sourd aux projets alternatifs de Notre-Dame-des-Landes, cassant à l’égard des étudiants, il s’est montré magnanime avec les grands délinquants de l’évasion fiscale.

ACRIMED : " Interview présidentielle : les éditocrates réclament la soupe ! " par Pauline Perrenot, jeudi 19 avril 2018

La double opération de communication du président de la République, qui l’a vu se faire interviewer à quelques jours d’intervalle par Jean-Pierre Pernaut dans une école élémentaire, puis par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel dans un théâtre parisien, a accaparé les journalistes politiques et les commentateurs de tout poil. Et plus encore qu’à l’accoutumée, c’est la forme des entretiens qui a monopolisé les « débats », au détriment du fond. C’est notamment la prestation de Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel – sur laquelle nous reviendrons dans un prochain article – qui a déchaîné les passions, les uns y voyant une victoire du journalisme, les autres décrétant qu’il s’agissait, au contraire, d’une terrible régression. Nous nous pencherons ici sur cette dernière thèse, en passant en revue quelques pleurnicheries nostalgiques des promenades delahoussiennes, et quelques beaux plaidoyers pour un journalisme d’apparat, faisant de la servilité une vertu professionnelle.

 

 

 

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