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Gilets jaunes : conséquence d'un manque d'aménagement du territoire et de salaires

Au prétexte de la dette - tout en favorisant l'optimisation des profits privés par des PPP - l'Etat a abandonné la politique d'aménagement du territoire et favorisé l'abandon des populations pauvres - parce que mal payées - reléguées en périphéries et aujourd'hui confrontées à une hausse insupportable du carburant. Une politique de bobos irresponsables.

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https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/prix-des-carburants/ce-n-est-pas-un-choix-c-est-une-absence-de-choix-ils-prennent-leur-voiture-tous-les-jours-pour-faire-de-courtes-distances_3026159.html

Frédéric Says interprète sur France Culture le mouvement des "gilets jaunes" comme un échec politique et un échec syndical.

Il est assurément un échec politique - notamment du pouvoir LREM - en considération de la poursuite et de l'aggravation d'une politique de régression sociale inconventionnelle, pourtant dénoncée depuis des années et poursuivie malgré sa dénonciation inscrite au Journal officiel par Martine Billard à l'attention de Xavier Bertrand, ministre du travail de l'époque ; lequel Xavier Bertrand s'est alors abstenu de répondre, au mépris du règlement de l'Assemblée nationale, et qui ramène aujourd'hui sa science sur les inégalités auxquelles il a très activement contribué (cf. la question de Martine Billard).

Cela ne peut pas être en revanche considéré comme un échec syndical.

Parce que le politique a agi de façon délibérée et persistante pour saper l'action syndicale - la réprimer violemment - quand elle dénonce l'absence d'augmentation des salaires.

La stagnation des revenus - leur baisse du fait de la politique d'Emmanuel Macron aux ménages les plus modestes - est d'autant plus injustifiée en considération des cadeaux politiques pour le capital qui se sont concrétisés par une hausse exponentielle des profits, laquelle continue malgré une soit-disant crise... qui ne l'est manifestement pas pour tout le monde. La crise n'existe que pour les ménages pauvres ou modestes et ce sont les capitalistes qui s'en plaignent. Eric Cantonna proposait de retirer son argent des banques pour se faire entendre.

Quant au défaut d'alternative à l'automobile, auquel prétend répondre aujourd'hui le gouvernement, il suffit de se rappeler les grèves de la SNCF cette année pour dénoncer la casse du service public, notamment la fermeture des "petites lignes", qui n'a reçu comme réponse que le mépris de la ministre des transports.

Un mépris à rapprocher des pressions exercées lors de l'enquête sur l'accident ferroviaire de Brétigny et la répression contre les travailleurs de la SNCF ; alors que l'action syndicale est un droit de l'Homme dont l'Etat a l'obligation de garantir l'efficacité. Cette contradiction établit un comportement politique parjure.

L'échec est donc politique, assurément. La voiture électrique est une absurdité environnementale. Le problème central du réchauffement climatique est le gaspillage, notamment, et pas seulement, énergétique.

L'échec n'est donc pas syndical, sûrement pas.

Aucunement, puisque les syndicats ont mobilisé et dénoncé ce qui se passait et alerté sur ses conséquences. La hausse des carburants n'entre pas pas dans la défense des droits collectifs et les syndicats n'ont pas cessé de dénoncer l'absence d'augmentation des salaires. Différentes ONG ont également dénoncé en vain la paupérisation de la population française, la dégradation des conditions de vie, la perte d'accès à l'instruction et aux soins, la discrimination.

Au pouvoir donc d'assumer seul les responsabilités de sa politique de destruction des services publics qui s'inscrit dans l'abandon d'une politique d'aménagement du territoire au seul bénéfice d'une optimisation immédiate des profits, dont l'effondrement des immeubles à Marseille donne une illustration des conséquences. Quelle honte !

C'est une politique du mépris et de l'indifférence à la souffrance humaine, identique à celle qui s'exprime dans la stigmatisation, le traitement inhumain et dégradant et le refoulement des migrants. Rien à voir avec Ricoeur.

Le calcul ne peut pas justifier le mépris du respect de la dignité humaine ou du bien-être général, qui est le but d'une société. Sans quoi la société n'existe pas puisque c'est sinon le règne du rapport de forces, la loi du plus fort, l'état de nature, la jungle.

Les "gilets jaunes" n'ont rien de surprenant.

Ils s'inscrivent dans un phénomène connu qui s'affirme des mouvement de refus de la fatalité et des abus comme #Metoo, les indignés, nuit debout, les ZAD, le mouvement du 15 mai, occupy wall street, les faucheurs de chaises, jeudi noir, ...

Les "gilets jaunes" ne sont donc que le résultat d'un politique obtus et borné, méprisant et distant, refusant le dialogue social - un véritable dialogue social ne peut pas se résumer à des "consultations". Cette stratégie du pouvoir démontre qu'il a choisi de rompre unilatéralement et volontairement avec les corps intermédiaires par lesquelles s'entretiennent l'adhésion et le lien social.

Le politique dédaignant les interlocuteurs sociaux et s'en en vantant, le mécontentements se développe donc en dehors des cadres représentatifs ; ce qui place la majorité dans la situation qu'elle a provoquée, celle de n'avoir plus d'interlocuteur et de ne pas pouvoir anticiper les réactions. L'arroseur arrosé.

Les "gilets jaunes" sont un épiphénomène, l'expression momentanée du mécontentement aux conséquences d'une action publique qui ne favorise que certains privilégiés et qui n'a ainsi plus rien de public, donc de légitime.

Prolonger :

Analyse des "gilets jaunes" par Béatrice Giblin Géographe, professeur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris 8), et directrice de la revue Hérodote

La société ingouvernable : une généalogie du libéralisme autoritaire Grégoire Chamayou La Fabrique, 2018

Lire également dans le Canard enchaîné du 14/11/2018 l'article " Fins de mois impossibles " en première page.

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